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Articles taggés avec: Crahay Delphine

Le Berger de l’Avent, Gunnar Gunnarsson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Vendredi, 07 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Zulma

Le Berger de l’Avent, Gunnar Gunnarsson, novembre 2019, 87 pages, 6,95 € Edition: Zulma

 

 

Un cœur simple

C’est une histoire très mince. C’est à peine une histoire. C’est une histoire pourtant, à laquelle rien ne manque – et où rien n’est de trop.

Comme chaque année depuis vingt-sept ans, le premier dimanche de l’Avent, Benedikt se met en route avec Léo, son chien, et Roc, son bélier. Il s’est donné pour mission de ramener les moutons égarés dans les montagnes, ceux qui se sont égaillés lors des rassemblements d’automne, pour les sauver. Lestée de provisions, de vêtements et de matériel, la « trinité » se met en marche, sous un ciel menaçant qui rendra son expédition plus périlleuse que de coutume.

Encore vivant, Pierre Souchon (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 28 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Rouergue

Encore vivant, août 2017, 250 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Pierre Souchon Edition: Le Rouergue

 

Sempervirens

Pierre est un « zinzin carabiné ». Un cramé de la cafetière, au dernier degré. Il appartient à la grande confrérie des déphasés, des déglingués, des démantelés. Son nom d’initié ? Bipolaire. Il le sait. Il prend ses médicaments et se soigne, parce qu’il est hors de question d’y retourner. Il n’y survivra pas. Pas encore.

Il y retourne, pourtant. À l’hôpital psychiatrique. Parce qu’après avoir trouvé un emploi et s’être marié, il a cru que cela irait – et son médecin avec lui. Plus de cachet. Alors, après une cavale de quelques semaines, on le trouve perché dans les bras d’une statue de Jean Jaurès, perché là où ni le bon sens ni la raison ne peuvent l’atteindre. On le retrouve et on le coffre, ce forcené, cette chair à camisole, ce ciboulot infundibuliforme. Et ça recommence.

Encore vivant est un récit autobiographique. Pierre Souchon, journaliste, nous convie à un voyage en vésanie en compagnie du meilleur guide qui soit : l’un d’entre eux, l’un de ceux qu’on embarque, de gré ou de force, dans la nef des fous.

De pierre et d’os, Bérengère Cournut (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 20 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Tripode

De pierre et d’os, Bérengère Cournut, août 2019, 219 pages, 19 € Edition: Le Tripode

 

 

Le chant d’Uqsuralik

Le roman s’ouvre sur une fracture : celle de la banquise, qui sépare Uqsuralik, jeune Inuit, de sa famille et de son enfance. Son père a tout juste le temps de lui lancer, par-dessus la faille, un maigre viatique : une peau, un harpon qui se brise et se perd dans l’eau, une dent d’ours en amulette. Armée du couteau en demi-lune qui n’avait pas quitté sa poche, bientôt rejointe par sa chienne Ikasuk et quatre jeunes mâles plus prédateurs que protecteurs, elle se met en route, aiguillonnée par la nécessité de survivre : d’abord trouver un abri et de la nourriture, et s’imposer comme cheffe de la meute pour ne pas finir dévorée. Ensuite, rejoindre d’autres Inuits pour entrer, un jour, dans une nouvelle famille. Puis devenir femme, amante, mère, et enfin chamane.

Dans la mansarde, Marlen Haushofer (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Babel (Actes Sud), Langue allemande, Roman

Dans la mansarde, Marlen Haushofer, août 2019, 222 pages, 7,80 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

« Il est difficile d’imaginer à quel point

nous avons rendu notre univers étriqué et misérable »

 

Un drôle d’oiseau

Dans la mansarde commence et se termine un dimanche, au réveil, dans le lit conjugal de la narratrice qui rend compte, à chaque fois, d’une de ces sempiternelles et oiseuses chamailleries de vieux couple, devenues rituelles et qui en étayent l’édifice branlant et fissuré. Entre ces deux matins, une semaine comme les autres, à un détail près : un épisode éprouvant de son passé ressurgit inopinément, sous la forme d’enveloppes jaunes déposées dans sa boîte aux lettres et qui contiennent chacune une partie du journal intime qu’elle avait écrit à cette époque, frappée d’une soudaine surdité, elle avait été envoyée quelques mois dans une cabane forestière, sous la surveillance d’un garde-champêtre peu amène.

Bleuets, Maggie Nelson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Essais, USA

Bleuets, Maggie Nelson, Editions du Sous-sol, août 2019, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 112 pages, 14,50 €

 

Du bleu au cœur

Etes-vous déjà tombé amoureux d’une couleur ? Maggie Nelson, oui, et c’est le sujet de Bleuets, bref et dense ouvrage traduit et publié par les Editions du sous-sol, dix ans après sa parution aux Etats-Unis, en 2009. Mêlant essai et autobiographie, il raconte l’histoire d’une passion, d’une fascination, d’un envoûtement même, qui a suscité l’« illusion choisie » que chaque objet bleu serait un « buisson ardent » ou un « code secret » à décrypter. L’auteure, après avoir mené tous azimuts une quête des bleus, se propose d’expliquer ce que cette couleur signifie et représente pour elle, à côté de ses significations et connotations admises. Son livre prend la forme de 240 fragments, de longueur irrégulière, au contenu hétéroclite mais reliés par un fil céruléen parfois ténu, parfois lâche, mais jamais coupé. Les épisodes autobiographiques, qu’ils concernent ou non la déliquescence d’un amour qui, pour être né avec la cueillette de bleuets, n’a rien d’un conte bleu, nous ont semblé d’un intérêt inégal – peut-être parce que, ne connaissant pas Maggie Nelson, nous n’entretenons pas – ou pas encore – avec elle cette intime et ancienne familiarité qui nous lie aux écrivains aimés, et qui rend curieux de leur vie aussi bien que de leur personne.