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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Une amie de la famille, Jean-Marie Laclavetine (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 15 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Gallimard

Une amie de la famille, Jean-Marie Laclavetine, Gallimard, coll. Blanche, mars 2019, 192 pages, 18 €

 

« Je suis né à quinze ans, confesse Jean-Marie Laclavetine dans Une amie de la famille. C’est un âge raisonnable pour expédier cette formalité : toutes les connexions sont établies, le cerveau fonctionne par à-coups violents, comme les muscles, alternant les surrégimes et les pannes techniques. L’esprit et le corps sont en alerte. À quinze ans l’aiguille du désir est en permanence dans la zone rouge du compteur, le pied appuie à fond sur la pédale d’accélération, aspirant dans la tuyauterie toutes sortes de liquides inflammables. Certains prétendent être nés bêtement dans une maternité, mais je n’y crois pas trop. Pour venir au monde, il faut tout de même autre chose que la dilatation d’un col et une paire de gants stériles dans un environnement vert d’eau éclairé par un scialytique, autre chose qu’une chambre fleurie peuplée d’adultes empotés, de peluches agréées bio, de gazouillis mièvres et de crèmes apaisantes. Il faut une bonne gifle, un coup de pied dans le ventre, une blessure bien sanglante, un événement irréfutable pour vous faire comprendre, soudain, que jusque-là vous n’avez pas vécu ».

Qui vive, Colin Lemoine (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 08 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Qui vive, Colin Lemoine, Gallimard, coll. Blanche, janvier 2019, 120 pages, 12,50 €

Écrire, c’est un mouvement sans cesse recommencé qui cherche à saisir ou à entourer, dans son avancée, dans son détour (nostos) sans cesse reconduit, cela même (celui-là même) qui s’est évanoui, qui s’est enfui, qui s’est enfoui, et qui, de facto, ne peut (plus) être saisi. C’est un mouvement de vie, de vivant, – un mouvement emporté par l’amour ; un mouvement que l’amour rend possible et même nécessaire.

« Je n’ai rien d’autre à te substituer, Alain, que ce livre », que ces poèmes en prose*, « que cette effigie, que ce portrait de toi, ce portrait, comme dit Pascal, qui “porte absence et présence, plaisir et déplaisir”. […] Il me faut venir à toi en ami, […] m’imposer une langue qui parle la tienne, une prosopopée qui te redonne la voix ».

Là est l’ambition avouable. Qui en cache une autre. Folle, celle-là. Belle comme tout. « [J]e veux par ce livre […] mettre ton corps », entier, – non comme une abstraction mais comme une chair et une âme mêlées, le cœur aurait-il cessé de battre, le sang de circuler –, « dans mon souvenir ». Et, ailleurs : « Je voudrais coaguler ta sève, ton sang, ton urine, ta sueur et ton sperme évaporés, minéraliser tes fluides constellés, toute cette fuite du temps. Je voudrais te fossiliser, te pétrifier. Ces pages sont une pierre et une prière, vers le ciel et dans la terre ».

Les moments forts (34) « Les noces de Figaro » à Prague (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Quel bonheur d’écouter Mozart dans le théâtre où a été donnée la première de Don Giovanni, le théâtre Nostitz (quand bien même le compositeur s’est plaint des retards apportés à la mise en scène, des difficultés rencontrées avec le personnel du théâtre de Prague, avec la troupe de Bondini « qui n’est pas aussi habile que celle de Vienne pour monter un tel opéra »).

Ce bonheur semble être partagé par tous, praguois ou touristes ! Et ce depuis le premier jour ; comme l’écrit André Tubeuf, « Prague […] va […] faire [à Mozart] la surprise bouleversante de raffoler de son Figaro, qu’on chante partout, et qu’on sifflote quand on ne le chante pas […]. Mozart a été fêté à Prague […] ».

À l’écoute de cette représentation des Noces de Figaro (bien que soient perfectibles les travaux vocal, instrumental – fausses notes d’un bassoniste à la fin de l’ouverture –, scénique), du fait de la jouissance des spectateurs, de celle des chanteurs (chacun s’amuse, à sa manière, chacun célèbre le hic et nunc), l’on ne peut que se remémorer ce passage du Mozart de Jean Blot :

Les Moments forts (28) - Aménophis III, le Pharaon-Soleil siégeant au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 29 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

L’art préféré du peintre Francis Bacon ? L’expressionnisme ? Que nenni. L’art égyptien. Francis Bacon l’a dit, à plusieurs reprises, lors d’entretiens [1] : « je pense que l’art égyptien est de loin le plus grand qui soit jamais apparu ». « Par exemple ces deux grandes sculptures, Rêhetep et sa femme, au musée du Caire, sont pour moi les œuvres les plus merveilleuses qui existent ». « [L’]art égyptien […] est un art traditionnel dans le sens que j’appellerais religieux. Les figures sont extrêmement vivantes et réalistes, […] avec ces visages peints […] où vous avez une présence extraordinaire. Je voudrais que ma peinture soit présente […] ».

Cette présence, pour Malraux, c’est la beauté. Ainsi qu’il le confie dans son discours prononcé à Paris le 8 mars 1960 pour sauver les monuments de Haute-Égypte, en réponse à l’appel de l’Unesco (nous soulignons) : « La beauté est devenue l’une des énigmes majeures de notre temps, la mystérieuse présence par laquelle les œuvres de l’Égypte s’unissent aux statues de nos cathédrales ou des temples aztèques, à celles des grottes de l’Inde et de la Chine – aux tableaux de Cézanne et de Van Gogh, des plus grands morts et des plus grands vivants – dans le Trésor de la première civilisation mondiale ». Et Malraux clôt ainsi son discours, passage qu’il réutilisera tel quel dans ses Antimémoires : « Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort ».

Nietzsche au Paraguay, Christophe Prince, Nathalie Prince (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 25 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Flammarion

Nietzsche au Paraguay, Christophe Prince, Nathalie Prince, février 2019, 384 pages, 19,90 € Edition: Flammarion

 

Nathalie Prince confie au sujet de son travail avec Christophe Prince : « Nietzsche est partout, chez toi et chez moi. Chez nous. On est entrés dans ses textes quand on était étudiants, en prépa lettres. On est entrés dans sa biographie quand on était professeurs. On est entrés dans sa tête. Découvrir, ensemble, les dernières lettres de Nietzsche, nous a bouleversés en même temps, il y a à peu près cinq ans. […] Et ces lettres nous ont accompagnés sans relâche : nous avons suivi les souffrances de Nietzsche, son chemin de solitude, sa maladie intimement. […] L’histoire de la sœur nous intriguait : les dernières lettres de Nietzsche faisant état de l’emménagement d’Elisabeth au Paraguay et du succès qu’elle exhibe, nous nous demandions ce que diable elle était allée faire dans cette galère, avec les vinchucas et les Indiens. L’histoire est romanesque, et elle est vraie : la sœur de Nietzsche s’embarque en 1886 avec son mari pour aller fonder une colonie allemande au cœur du Paraguay ».