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Les Délices de Turquie, Jan Wolkers (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 05 Juillet 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays nordiques, Roman, Belfond

Les Délices de Turquie, Jan Wolkers, juin 2021, trad. néerlandais (Pays-Bas) Lode Roelandt, 188 pages, 14 € Edition: Belfond

 

« J’étais vraiment dans la merde depuis qu’elle m’avait plaqué. Je ne travaillais plus. Je ne mangeais plus. Toute la journée, je restais allongé entre mes draps sales et je collais le nez sur des photos d’elle à poil, si bien que je pouvais m’imaginer voir frémir ses longs cils surchargés de rimmel lorsque je me branlais ».

Ce sont là les premières lignes du roman de Jan Wolkers. Elles donnent le ton d’un texte dont la trame est somme toute banale : le narrateur se fait plaquer par sa femme, il est malheureux parce que toujours amoureux, jusqu’à l’accompagner dans ses derniers moments. En revanche, c’est bien le ton qui donne au texte sa saveur. Est-il osé ? Certes. Est-il cru ? Parfois aussi. Est-il tendre ? A l’évidence oui.

Ce roman, paru aux Pays-Bas en 1969, et en 1976 pour sa première édition chez Belfond, et réédité à plusieurs reprises, est soutenu par une écriture qui recèle une fougue qui ne s’embarrasse pas du superflu, mais qui ne fait pas non plus l’économie du détail, croustillant si besoin est, morbide quand il le faut, et qui vise à foudroyer les méandres d’une société où les non-dits et l’hypocrisie règnent.

Ella Fitzgerald, Il était une voix en Amérique, Steven Jezo-Vannier (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 30 Juin 2021. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Biographie, Essais, Le Mot et le Reste

Ella Fitzgerald, Il était une voix en Amérique, Steven Jezo-Vannier, mai 2021, 367 pages, 24 euros Edition: Le Mot et le Reste

Beaucoup a été dit et écrit sur Ella Fitzgerald. Un livre de plus pourrait-on dire, quel intérêt… Pourtant, intérêt il y a pour qui s’intéresse à la musique, aux mouvements sociaux qu’elle a traduits en créant des courants et des genres musicaux ; et pour qui s’intéresse aux musiciens, l’intérêt ici réside dans le détail d’une vie que « hasard et nécessité » ont vouée à la musique. The first lady of song avait une tessiture exceptionnelle qui lui a permis d’exercer son art dans le jazz, mais aussi le swing, le bebop, avec les plus grands musiciens (la photo de couverture de 1947 la montre en compagnie de Dizzy Gillespie et de Ray Brown), le blues, le rythm and blues et le gospel. Ella Fitzgerald ne s’est jamais laissé enfermer dans un style. Elle n’accorde pas plus d’importance aux frontières artistiques qu’elle n’admet de barrières culturelles, sociales ou raciales. Elle chante pour tout le monde, riche ou pauvre, Noir ou Blanc. A ses yeux, la musique, comme le public, ne doit souffrir d’aucune ségrégation. La musique n’a pas de couleur dira-t-elle en 1963. Des styles musicaux différents donc, qui traduisent aussi son engagement. « Ella était là bien avant le black power, les protest song et la révolution rock. Son truc à elle, c’est le soft power. Elle utilise l’essence universelle de la musique et son pouvoir fédérateur pour abattre les murs ».

Carnivale, Nicole Caligaris (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 19 Mai 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Verticales, Roman

Carnivale, janvier 2021, 388 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Nicole Caligaris Edition: Verticales

 

Certains fleuves, en France comme ailleurs, recèlent, malgré un calme apparent, des tourbillons dont la particularité est d’entraîner le nageur vers le fond, avant de le propulser à la surface. Pour qui n’est pas n’est pas averti, le danger est réel, le sentiment de ne pouvoir lutter contre l’élément liquide, masse mouvante dont la force annihile tout effort.

Ce sont ces sentiments, contradictoires et puissants que provoque la lecture de ce texte. Le tourbillon tout d’abord, puisque Nicole Caligaris déploie des phrases parfois très longues, dans lesquelles ce qui s’apparente à des digressions produit en définitive une espèce de kaléidoscope où se superposent plusieurs degrés du récit. Mais la trame est présente, les éléments du puzzle se mettent progressivement en place, l’auteure ne perdant jamais le fil d’une construction dont les apparences peuvent laisser supposer le contraire. La trame se dessine ainsi, au fil des appendices que sont ces « digressions », les images d’abord floues se précisent et les différents protagonistes affichent les liens qui, au premier regard, étaient plutôt distendus.

Mon frère Robert Johnson, Dans l’intimité de la légende du blues, Annye C. Anderson (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 04 Mai 2021. , dans Rivages, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Mon frère Robert Johnson, Dans l’intimité de la légende du blues, Annye C. Anderson, mars 2021, trad. Nicolas Guichard, 172 pages, 19 €

Les éditions Payot-Rivages Rouge ajoutent à cette collection dédiée au blues et au rock ce témoignage qui, s’il n’est pas strictement littéraire, éclaire d’un jour particulier la vie du légendaire bluesman Robert Johnson. On connaît peu de sa vie, sinon qu’une légende, tenace au point que littérature et BD s’en sont abondamment emparés, voudrait qu’il rencontrât le diable pour lui vendre son âme…

Robert Johnson est né le 8 mai 1911 dans le Mississipi, où il meurt le 16 août 1938 dans des circonstances troubles. Malgré sa très courte vie qui ajoute à la légende, il va devenir le bluesman le plus influent de l’histoire de cette musique. Et le contrat « signé » avec le diable explicite cette importance.

Alors qu’il allait s’endormir, le diable lui serait apparu à un croisement de routes (crossroads), aurait pris sa guitare pour l’accorder, et se serait évanoui. De ce pacte avec le diable seraient nés les fameux 29 titres que le bluesman a créés et enregistrés, titres qui ont inspiré de nombreux musiciens tels que Jimi Hendrix, Jimmy Page, Brian Jones et Keith Richards des Rolling Stones, Eric Clapton…

The Rolling Stones Rock and Roll Circus, Édouard Graham (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 15 Avril 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Essais, Le Mot et le Reste

The Rolling Stones Rock and Roll Circus, Édouard Graham, janvier 2021, 173 pages, 17 € Edition: Le Mot et le Reste

 

Il y a tout d’abord la photo de couverture, qui tient toute la couverture dont une partie de la quatrième. Ce sont les Stones, déguisés dirait-on, entourés de John Lennon, Yoko Ono, Eric Clapton, Marianne Faithfull… Cette photo date de décembre 1968 et montre une partie de celles et ceux qui participeront à ce drôle de cirque, qui va mêler musique rock et cirque sur une idée de Mick Jagger.

L’auteur consacre donc son livre à cet épisode de l’histoire du rock qui aboutira à deux jours de répétition et de scènes filmés, dans le but d’en proposer à la télévision le résultat filmé, pour promouvoir la sortie de l’album Beggars Banquet. L’idée est de réunir ce qu’il y a alors de plus traditionnel en matière de spectacle, le cirque, et de plus novateur, le rock.

Plusieurs pages sont consacrées au contexte qui précède ces deux jours de tournage en studio où l’on dressera un chapiteau. En Angleterre, les émissions de télé sont nombreuses qui sont consacrées aux musiciens de rock, et qui rencontrent un fervent public, les « sixties » étant cette période très féconde qui verra éclore des groupes aussi importants que les Beatles, les Stones, les Who, les Yardbirds, pour ne citer que les plus importants.