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Articles taggés avec: Lerman Enriquez Alix

Ton frère, Minh Tran Huy (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 10 Juin 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Robert Laffont

Ton frère, Minh Tran Huy, Robert Laffont, Coll. Les Affranchis, mars 2024, 166 pages, 17 € Edition: Robert Laffont

 

On se souvient avec émotion de son précédent livre, Un enfant sans histoire, publié en 2022, où l’écrivaine française d’origine vietnamienne évoque avec désarroi mais force et courage son parcours de combattante de mère d’un enfant autiste sévère. Malgré des soins incessants prodigués par son époux et elle-même, son fils Paul reste muré dans un mutisme effroyable dont il ne semble plus possible de le défaire.

Avec son dernier livre, Ton frère, elle renoue avec cette histoire douloureuse, mais elle le fait d’une manière originale en adressant une lettre pleine d’humanité et de poésie à Serge, le petit frère « neurotypique » de Paul. À Serge, l’enfant inespéré, elle lui parle avec pudeur de la difficulté de vivre au quotidien avec ce grand frère « un peu spécial », qui semble enfermé dans sa gangue de solitude et de terreur.

Un geste vers le bas, Bartabas (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 29 Avril 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Gallimard

Un geste vers le bas, Bartabas, Gallimard, Coll. Blanche, mars 2024, 112 pages, 17 € Edition: Gallimard

 

Ce livre est le récit d’une rencontre et d’une amitié exceptionnelle entre Bartabas, célèbre écuyer, fondateur du théâtre équestre Zingaro, et Pina Bausch, grande danseuse allemande. Mais il est également le récit d’une autre rencontre, celle de cette même danseuse et d’un cheval nommé Micha Figa.

Bartabas révèle l’alchimie entre ces deux corps gracieux qu’un long travail d’entraînement a façonné sous le regard bienveillant de l’écuyer. Ce dernier décrit avec précision et enchantement ce corps-à corps sinueux, ce langage corporel habité par la grâce entre la danseuse et le cheval : « Il lui fait face, sabots plantés à l’aplomb de lui-même en signe d’interrogation. Question muette, à laquelle elle s’efforce de répondre avec les mots de son corps… Chez l’homme, comme chez l’animal, chaque geste dévoile un sentiment. Les sillages qu’ils creusent par le mouvement de leurs corps sont plus que des prières. Cette nuit, je sais que ce ne sont pas mes yeux qui ont vu, mais mon cœur qui a déterré un poème enseveli ».

La Nuit des fous, Anouk Shutterberg (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 18 Décembre 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

La Nuit des fous, Anouk Shutterberg, Récamier éditions, Coll. Noir, novembre 2023, 368 pages, 20 €

 

Lors d’un chantier mené à Dôle dans le Jura pour construire de nouveaux logements non loin de l’hôpital psychiatrique, cinq squelettes sont découverts en creusant la terre. Ces squelettes ont été placés dans des caisses en bois formant des parallélépipèdes parfaits et ont été disposés d’une manière étrange puisqu’ils ont été rigidifiés avec du fil de fer : « Devant eux, en contrebas, dans la terre remuée, ils distinguent une boîte carrée façonnée en bois. À première vue, un parallélépipède. Il a glissé sur le bas-côté, malencontreusement éventré par le bulldozer. Juste à côté, encore partiellement ensevelis, d’autres coffres. Difficile d’en déterminer leur nombre. Trois, quatre, cinq ? Dans la lumière voilée de cette fin de journée printanière, la caisse de bois, crevée, laisse échapper une découverte macabre. Quelques cheveux recouvrent un pas humain ».

Mille hivers, Renaud de Chaumaray (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 25 Septembre 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Mot et le Reste

Mille hivers, Renaud de Chaumaray, éditions Le Mot Et Le Reste, août 2023, 208 pages, 19 € Edition: Le Mot et le Reste

 

Sur une île privée presque déserte vivent en huis clos un vieillard mourant, homme d’affaires dans le milieu pharmaceutique, un colosse du nom de Tortu, gardien de l’île, ainsi que Dorothée, la fille unique du vieillard venue sur l’île pour soigner son père.

Sur cette île du golfe de Gascogne, s’est échoué un iceberg : « Le jour où l’iceberg s’échoua sur l’île les cerisiers du verger étaient tous en fleurs », ainsi commence le récit de Renaud de Chaumaray.

C’est Tortu, le gardien de l’île, qui découvre stupéfait ce mastodonte de glace, dont la présence sur le petit territoire insulaire relève de la pure magie : « La blancheur dévoila peu à peu un relief plus tourmenté qu’il ne l’aurait pensé, tout en saillies et en cavités. De discrets reflets bleus s’allumèrent par endroits, et le froid, comme un fluide dans lequel il aurait pénétré, l’attaqua par les jambes ».

Sur la terre des vivants, Deborah Levy-Bertherat (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 22 Mai 2023. , dans La Une Livres, Rivages, Les Livres, Recensions, Roman

Sur la terre des vivants, Deborah Levy-Bertherat, Rivages, avril 2023, 384 pages, 21 € . Ecrivain(s): Déborah Lévy-Bertherat Edition: Rivages

 

Sur la terre des vivants est une fresque familiale qui retrace, à travers le vingtième siècle, la destinée des arrière-grands-parents paternels de l’auteure, Elkan et Fiete Levy, gérants d’un hospice (Altenhaus) sur les rives de l’Elbe à Hambourg et parents d’une nombreuse fratrie.

Mais ce livre évoque plus particulièrement le destin rocambolesque de leur fille cadette Irma, femme rebelle, indomptée. L’ouvrage commence d’ailleurs par le récit de sa naissance en 1903, et s’achève au soir de sa vie. Petite sœur du grand-père Kurt, Irma Levy, survivante du camp de concentration, est animée d’un caractère bien trempé et tournera toute sa vie le dos aux conventions et aux traditions. Ainsi, elle refusera de se marier comme le veut la tradition juive et gardera toujours son esprit espiègle d’enfant malgré les épreuves terribles qui jalonnent son existence comme sa détention au camp de Theresienstadt, « … la forteresse est un vaste hôpital, un asile de fous et les vingt-neuf camarades du dortoir arrivent parfois à en rire. Entre elles, pour plaisanter, elles appellent Theresienstadt : “chez Marie-Thérèse” ou “chez l’impératrice”. Elles évitent le mot humiliant de ghetto ».