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Le Garçon perdu, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Editions du chemin de fer

Le Garçon perdu (The Lost Boy), novembre 2017, trad. américain Etienne Dobenesque, 103 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Wolfe Edition: Editions du chemin de fer

Préambule : Mais que diable viennent faire ces dessins d’enfant qui gênent la lecture et ne signifient rien ? Quelle idée a donc surgi dans la tête des éditeurs ? Lecteurs, ne vous laissez pas distraire de ce bijou par ces sottises !


Petit livre miraculeux, qui prolonge avec délice la lecture du grand « Look Homeward, Angel », Le Garçon perdu est un objet littéraire peu commun.

Il est probablement possible de lire ce livre sans avoir lu Look Homeward, Angel. L’art de l’histoire courte, chez Wolfe, est d’une telle plénitude, d’une telle virtuosité que ces quelques cent pages suffisent à faire émerger brillamment des personnages magnifiques, un propos saisissant, en bref, un vrai roman. Néanmoins, pour ceux et celles qui ont gravi la « montagne » littéraire que constitue Look Homeward, le bonheur est total. C’est comme si, de manière très inattendue, on leur offrait un excipit de cent pages, un retour sur les lieux, avec les personnages auxquels on s’est tant attaché.

L’invention de la solitude, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Babel (Actes Sud), Roman, USA

L’invention de la solitude (The Invention of Solitude), Traduit de l’américain par Christine Le Bœuf. 295 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)

La virtuosité de Paul Auster à pied d’œuvre nous mène sur les traces de deux romans en un. En UN, c’est-à-dire qu’il y a unité étroite entre les deux, mieux encore que la fusion doit s’accomplir pour entendre vraiment cette œuvre de méditation sur les trois grandes affaires d’Auster en littérature : la mort, la mémoire et le hasard.

La première partie du livre est entièrement consacrée à la mort du père. Dès l’annonce du décès, le narrateur-Auster se donne une obligation absolue d’écrire sur le père. « Avant même d’avoir préparé nos bagages et entrepris les trois heures de route vers le New Jersey, je savais qu’il me faudrait écrire à propos de mon père. Je n’avais pas de projet, aucune idée précise de ce que cela représentait. Je ne me souviens même pas d’en avoir pris la décision. C’était là, simplement, une certitude, une obligation qui s’était imposée à moi dès l’instant où j’avais appris la nouvelle. Je pensais : mon père est parti. Si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui ». Ce « vite » entre virgules pose la question centrale du statut de ce travail de l’auteur-narrateur sur la mort du père. « Vite » – sinon je vais oublier moi-même. « Vite » parce que je risque de n’y même plus penser dans quelque temps si je tarde.

Comme Dieu le veut, Niccolò Ammaniti (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Italie, Roman, Le Livre de Poche

Comme Dieu le veut (Come Dio comanda, 2006), trad. italien Myriem Bouzaher, 531 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Niccolò Ammaniti Edition: Le Livre de Poche

 

C’est un roman noir. Très noir. Encore un dit-on ? Non UN roman noir, unique en son genre, par sa puissance lyrique, son style qui hache menu, ses personnages époustouflants, improbables, inoubliables. Ammaniti situe son drame dans une banlieue perdue de Turin, peuplée de ces êtres paumés qu’on peut trouver dans les banlieues perdues. Perdus à ce point rarement sans doute. Rino Zena et son jeune fils Cristiano, Quattro Formaggi (qui doit son surnom à sa passion pour les pizzas), Danilo et leurs satellites sont des marginaux d’une extrême pauvreté, qui vivent dans des lieux improbables, la tête bourrée de délires invraisemblables, petits délinquants à la petite semaine. Ce sont surtout des personnages au bord de l’idiotie maladive, dans la grande tradition littéraire des paumés de Steinbeck ou de McLiam Wilson.

Le « chef », c’est Rino Zena. Il est « nazi », affiche des drapeaux frappés de la croix gammée dans son taudis. En fait, c’est lui qui est frappé. Atteint de délires paranoïaques et mégalomaniaques. Le malheureux gamin qui lui sert de fils – le seul personnage à peu près normal de l’histoire – doit subir ce père, qu’il aime profondément. Curieux et impossible chemin initiatique que les pas de ce père.

L’Histoire d’un roman, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits

L’Histoire d’un roman, éd. Sillage, 2016, trad. américain Matthieu Gouet, 65 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Thomas Wolfe

 

Ce petit livre est une incroyable fournaise, celle qui brûle le cerveau, le corps, l’âme d’un écrivain enfoncé jusqu’au fond de l’Enfer dans sa création. La phrase que vous venez de lire n’est pas seulement une métaphore ; les feux de l’écriture ont réellement consumé Thomas Wolfe, mort à 38 ans de « tuberculose méningée », après 8 années d’une production folle de plusieurs millions de lignes d’écriture, dont ses deux éditeurs successifs, Maxwell Perkins et Edward Aswell, tirèrent 4 romans somptueux et quelques nouvelles.

Wolfe raconte l’incroyable aventure de son destin d’écrivain, à travers une sorte de « making of » de son premier roman* qui nous emmène dans le tourbillon de sa folie d’écriture. Car nous sommes au-delà de l’artisan/écrivain, celui dont se réclament bon nombre d’auteurs, y compris les plus prestigieux, comme Faulkner ou Flaubert. Non, nous touchons là à une forme délirante de scriptomanie. Tout – corps et âme – cesse d’être pour ne laisser place qu’à un déferlement, une cataracte impétueuse que rien – seule la mort – ne peut arrêter ou modérer. Toute vie, tout appétit, tout sommeil, sont suspendus à la création écrite.

Le temps de la haine, Rosa Montero (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Espagne, Roman, Science-fiction, Métailié

Le temps de la haine (Los Tiempos del Odio), septembre 2019, trad. espagnol, Myriam Chirousse, 354 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rosa Montero Edition: Métailié

Rosa Montero nous offre une suite aux aventures de Bruna, la belle Réplicante de combat, rencontrée deux fois dans Des larmes sous la pluie et le poids du coeur. Et donc une lecture réjouissante, qui nous projette dans un futur certes lointain (au-delà des années 2100) mais qui, du point de vue des références à notre monde, s’avère étrangement proche de nous.

La force de ce roman est d’abord de nous ramener vers une Science-Fiction comme nous n’en avons pas lue depuis belle lurette. Une Science-Fiction sans complexe, avec des robots, des voyages interstellaires, des utopies planétaires.

« Au-delà, les ténèbres interstellaires, éclaboussées par les étincelles des étoiles, des planètes éclairées par leurs soleils, les lunes, les nébuleuses, les galaxies lointaines. Ici, hors du filtre sale de l’atmosphère terrestre, l’immense majorité des corps célestes montraient un éclat redoublé et fixe, sans aucun clignotement, de durs boutons de lumière. Le cosmos ressemblait à une boîte à bijoux en velours noir rempli de diamants. Et sur sa gauche, ah, Bruna la voyait maintenant avec clarté, parce que son corps avait lentement tourné dans le vide, là-bas au fond il y avait la Terre, resplendissante, une boule de lumière hypnotisante, colossale en poids et dimension, son bleu intense tacheté par la crème fouettée des nuages. […]