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Métailié

 

Les Éditions Métailié ont été fondées en 1979, avec un capital permettant de financer la fabrication de trois livres. Les dix premières années ont été pour Anne Marie Métailié, sa fondatrice, des années de formation sur le tas et de construction des structures d'un catalogue qui, d'abord orienté vers les sciences sociales avec les collections Traversées, dirigée par Pascal Dibie, et Leçons de Choses, dirigée par Michael Pollak et Luc Boltanski, s'est tourné progressivement vers la littérature étrangère avec pour commencer le Brésil, Machado de Assis et Carlos Drummond de Andrade, et le Portugal avec Antonio Lobo Antunes, José Saramago et Lídia Jorge.

Au terme de ces années d'apprentissage, l'entrée de la maison dans le système de diffusion du Seuil et la publication d'un inconnu dont le bouche à oreille fera un best-seller - Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour - créent les conditions d'une meilleure présence en librairie et une stabilisation de la maison qui lui permet de s'ouvrir à de nouvelles découvertes et de nouveaux paris.

 

L’Ange déchu, Chris Brookmyre (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 27 Septembre 2021. , dans Métailié, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres

L’Ange déchu, Chris Brookmyre, mars 2021, trad. anglais (Ecosse) Céline Schwaller, 375 pages, 22 € Edition: Métailié

 

Dans un lieu isolé de l’Algarve au Portugal se trouve un groupe de trois maisons semblables mais de dimensions différentes. Deux d’entre elles sont occupées en 2018 par la famille Temple venue en pèlerinage disperser les cendres de celui qui fut longtemps le patriarche de la petite communauté, Max Temple. C’était un chercheur et un professeur de psychologie britannique reconnu ; y compris dans la sphère médiatique, pour sa méthode dé-constructionniste des thèses complotistes. Bretteur redoutable, il mettait à mal derrière le petit écran, pour le plus grand plaisir des spectateurs, les partisans des idées du complot. Ses livres caracolaient en tête des meilleures ventes sur les marchés y compris étrangers. Son épouse, Celia Wilde, avait eu son heure de gloire dans un série télévisée de science-fiction où elle jouait les superwoman à demi-dénudée. Marion, Rory, et Sylvie devenue Ivy Roan à la mort de sa fille Niamh, sont leurs trois enfants. Dans « la maison d’à-côté » logent Vince, un avocat canadien, Kirsten, son épouse, Aaron et Amanda, la jeune baby-sitter chargée de s’occuper de ce dernier.

Le Cul de Judas, António Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Août 2021. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman

Le Cul de Judas (Os Cus de Judas, 1979), trad. portugais, Pierre Léglise-Costa, 219 pages, 9 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Métailié

 

A qui parle le narrateur de ce roman ? À une femme, au bar d’un hôtel lors d’une nuit lisboète ? Oui mais qui est-elle ? Une rencontre coquine ? Ce qui importe c’est sa fonction dans la politique narrative du roman. Elle est l’Autre c’est-à-dire, dirait Lacan, le discours inversé du parlant. Le narrateur s’entend, s’écoute, en lui parlant. Elle est dépositaire du flux de conscience, elle est juste un récepteur.

Ne faites pas attention, le vin suit son cours et d’ici peu je vous demanderai en mariage : c’est l’habitude. Quand je suis très seul ou que j’ai trop bu, un bouquet de fleurs en cire de projets conjugaux se met à pousser en moi, à la façon d’une moisissure dans les armoires fermées et je deviens gluant, vulnérable, pleurnichard et totalement débile ; je vous avertis : c’est le moment pour vous de filer à l’anglaise, avec une excuse quelconque, de vous enfourner dans votre voiture avec un soupir de soulagement, de téléphoner ensuite, de chez le coiffeur, à vos amies pour leur raconter, entre deux rires, mes propositions sans imagination. Cependant, et jusque-là, si vous n’y voyez aucun inconvénient, je rapproche un peu plus ma chaise de la vôtre et je vous accompagne pour un verre ou deux (p.33).

La Pierre du remords, Arnaldur Indridason (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 29 Juin 2021. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

La Pierre du remords, février 2021, trad. islandais, Éric Boury, 320 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Marta, cheffe de la police, est appelée sur une scène de crime. Sur place, elle découvre, allongée derrière la porte d’entrée, dans son appartement mis sens dessus dessous, une septuagénaire qui d’après les dires du légiste aurait été étranglée et étouffée avec un sac en plastique. Elle appelle Konrad, un ex-collègue dont la carte de visite est en vue, posée sur un meuble. Ce dernier vient retrouver Marta qui le questionne au sujet de cette carte. Après un moment d’hésitation, il se souvient que cette femme, Valborg, sachant qu’il avait travaillé dans la police, avait fait appel à lui il y a quelque temps pour retrouver un fils qu’elle aurait eu quarante-sept ans plus tôt suite à un viol. Konrad aurait à cette époque décliné cette proposition de travail. Aujourd’hui, cette femme retrouvée morte, il éprouve du remords, il pense qu’elle partageait le même sentiment, et se sent très concerné par la disparition de l’enfant.

Dérives des âmes et des continents, Shubhangi Swarup (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 10 Mai 2021. , dans Métailié, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Roman

Dérives des âmes et des continents, Shubhangi Swarup, mars 2020, trad. anglais (Inde) Céline Schwaller, 368 pages, 22 € Edition: Métailié

Au cœur des voix et des sensations se cache une prémonition de ce qui va se produire. Toute évolution est guidée par l’instinct primordial. Celui qui nous rend libres d’explorer les géographies incertaines du désir, pour finalement découvrir le bonheur de la mortalité. L’instinct nous conduit tous vers le lac primordial. Flottant telles de simples cellules isolées, attendant que la vie cesse.

 

Tectoniques des plaques et tectoniques des existences, Dérives des âmes et des continents est un bien étrange et déroutant roman, avec un soupçon de conte et de magie et une grande érudition scientifique : les sciences de la Terre. Il prend racine dans les îles d’Andaman encore habitées de quelques ethnies autochtones et où les Britanniques avaient construit le plus grand et sinistre bagne politique du monde au XIXe siècle. Des îles qui ont été frappées en 2004 par un tsunami des plus meurtriers suite à un des séismes les plus puissants jamais enregistrés. Un jeune couple de mariés s’installe sur une des îles – dans les années 50 on suppose – dans une ancienne demeure coloniale pleine de fantômes.

La Maison muette, John Burnside (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 19 Avril 2021. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

La Maison muette, mars 2021, trad. anglais, Catherine Richard-Mas, 202 pages, 8,50 euros . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

À la recherche mortifère d’une langue-mère

Dès l’incipit de ce premier roman de John Burnside, publié à Londres en 1997, l’horreur froide d’une folie banalisée par une rhétorique raisonnée, pragmatique, qui va dérouler toute sa perversité dans le reste du roman, au travers de la relation des événements qui depuis l’enfance jusqu’à ses trente ans ont conduit le narrateur au meurtre de deux jeunes jumeaux, s’exprime dans un style tout autant dessicatif que poétique.

Relation d’une enfance sous le joug d’une mère captatrice et castratrice, figure médéenne d’une femme qui charme et enferme son fils, le narrateur, dans un monde psychique peuplé de contes, de légendes, avec son lot de sorcières et de créatures malfaisantes à l’image de Jenny Greenteeth, supposée habiter les rivières où elle noie les enfants et pratique des rites sacrificiels. Une mère, qui pendant les vacances scolaires emmène son fils chercher des cadavres d’animaux sauvages, développant en lui une curiosité morbide, un intérêt pour l’observation des corps en décomposition, lui donnant le sentiment que tout le processus avait un aspect curatif « comme si l’animal était régénéré ou purifié » au terme de son dessèchement.