Identification

L’Invité du miroir, Atiq Rahimi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 03 Avril 2020. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

L’Invité du miroir, février 2020, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

 

Le Rwanda : miroir de l’humanité

Après le roman Les Porteurs d’eau*, Atiq Rahimi publie chez le même éditeur son nouveau livre : L’Invité du miroir.

En 2018, l’écrivain-réalisateur Atiq Rahimi se trouve au Rwanda pour adapter à l’écran Notre dame du Nil*, roman de Scholastique Mukasonga. Prix Renaudot 2012, le roman relate l’histoire d’adolescentes rwandaises au lycée Notre-Dame du Nil dans les années 1970 ; la haine raciale finit par bouleverser le calme de l’établissement et l’innocence des jeunes filles ; ainsi le roman retrace le schéma complexe du génocide de 1994.

Le récit, L’invité du miroir, est un ensemble de notes et dessins, de poèmes et collages, qu’Atiq Rahimi consignait dans ses carnets lors du tournage du film.

L’Exposition, Nathalie Léger (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Janvier 2020. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Exposition, Nathalie Léger, janvier 2020, format Poche, 160 pages, 9 € Edition: P.O.L

 

L’enfance de l’art

Ressort en format Poche le premier livre de Nathalie Léger paru aux éditions P.O.L en 2008. L’auteure fait preuve déjà de son goût et de son intérêt pour les « images » oubliées comme elle le réalisa aussi dans Supplément à la vie de Barbara Loden.

À l’occasion d’un projet d’exposition sur La Ruine, la narratrice relate sa rencontre inopinée avec une héroïne oubliée du second Empire : la comtesse de Castiglione. Elle en remonte l’histoire à partir d’un recueil de photographies retrouvées dans sa bibliothèque. Adulée pour sa grande beauté mais aussi pour sa prétention et sa triste fin, cette femme a entretenu un rapport étrange avec sa propre image. Elle avait dérisoirement confié le sens de sa vie à la photographie. Adepte narcissique de son reflet, elle n’a cessé de se faire capter par l’appareil photographique. Celui-ci au fil du temps renvoie moins la beauté qu’une solitude. Elle transparaît dans une suite de portraits qui rendent compte des émerveillements comme des échecs d’une existence.

Les Porteurs d’eau, Atiq Rahimi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Porteurs d’eau, janvier 2019, 288 pages, 19 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

 

Vivre c’est errer

Après un roman inspiré par Crime et châtiment de Dostoïevski (1), Atiq Rahimi publie son nouveau roman Les Porteurs d’eau. Divisé en 30 chapitres, le roman raconte deux récits différents l’un de l’autre, mais reliés par un fait commun : la destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les Talibans en 2001, en Afghanistan. Le pays était noyé dans une troisième phase de guerre civile.

Le premier récit est celui de Tamim, un Afghan exilé à Paris. Agé de 45 ans, il change de nom suite à sa naturalisation : il devient Tom. Le jour de la destruction des Bouddhas, Tom décide de changer de vie et choisit un autre exil : il quitte Paris en laissant sa femme et son enfant, pour s’installer définitivement avec son amante à Amsterdam, une ville où ne viennent « que les hommes perdus afin de se retrouver » (p.191). En route, sa mémoire le taraude de pensées et de questions sans réponses : ses origines, ses parents et ses ancêtres, Kaboul, ses vérités et ses mensonges.

L’Homme hors de lui, Valère Novarina (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Théâtre

L’Homme hors de lui, septembre 2018, 160 pages, 014 € . Ecrivain(s): Valère Novarina Edition: P.O.L

 

Le nouveau drame de la vie

L’Homme hors de lui reprend la mise en abîme vertigineuse du travail et de la destinée de l’acteur dans la langue et sur la scène absurde, désordonnée du monde. Valère Novarina a décidé de publier ce drame au milieu d’une petite forêt de noms, en partie dérivée d’un « Nominaire » en constitution, pour créer un îlot théâtral cerné par le flot des noms qu’il a commencé et poursuit depuis des dizaines d’années. Fait pour le théâtre, ce texte – comme ceux de Beckett – nourrit tout autant le lecteur qui le lit hors du monde et en un voyage autour de sa chambre. Mais, et à l’inverse de ce que le titre indique, celui-là se retrouvera plus en lui par un flot verbal aussi drôle que cérémonial.

Novarina reste le magicien de la langue et il doit être toujours placé au sommet des littératures francophones. Il est celui qui nous interpelle : « Gens du réel, cessez de vous prendre pour des agents de la réalité ! ». Et pour nous secouer, un homme entre, déroule, scande une cosmogonie de mots qui convoque les brins d’herbe et les supermarchés, les chiffres de hasard et les jeux d’enfant, les pierres et les bêtes, la mort et la vie, le souffle de la parole.

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, Pierre Patrolin (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 05 Octobre 2018. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, octobre 2018, 172 pages, 17 € . Ecrivain(s): Pierre Patrolin Edition: P.O.L

 

La rivière sans retour

L’écriture est une maladie dont on ne guérit pas : Duras l’avait dit, Patrolin le confirme. Il prouve que celui qui s’y engage est ravi, capturé et que rien n’y fait. Son livre devient en conséquence l’histoire d’une fiction qui s’écrit et le roman de l’impossible arrêt de l’écriture.

Ces deux « fils » se tissent, s’entremêlent en ce qui tient d’un échec et d’un désastre. Et d’une réussite. On croit d’abord que la décision d’arrêter d’écrire est au centre de l’histoire, des histoires. Mais c’est l’inverse qui se passe. Entre bordure et absence il existe bien plus que des didascalies du silence mais son perpétuel débordement. Le « comment-taire » est impossible : ne demeure que son commentaire.

Rien ne se passe – du moins en ce qui concerne le désir d’arrêter le cours de la rivière sans retour où tout baigne (héroïne et feuilles de papier). L’écriture se voudrait barrage, elle n’est que typhon au sein de ce qui tient d’une mise en abyme, d’un éblouissement, de la nécessité fatale de l’écriture et de son travail de résistance.