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Où va l’argent des pauvres, Denis Colombi (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 28 Août 2020. , dans Payot, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Où va l’argent des pauvres, Denis Colombi, janvier 2020, 21 € Edition: Payot

 

Si l’auteur ne met pas de point d’interrogation à son titre, c’est probablement qu’il a trouvé une sorte de réponse quelque part doublement rassurante et angoissante : les pauvres ont-ils le droit ou même les facultés nécessaires à dépenser l’argent qu’on leur « donne » ? Mais l’argent n’est-il pas à tous et qu’en font donc les personnes si pas riches au moins « non pauvres » ? Répondre à la question c’est aussi repenser la consommation de la classe moyenne : « …les pauvres et l’argent. Deux sujets sur lesquels les considérations morales vont bon train, où l’on est plus prompt à prononcer un jugement qu’à chercher à comprendre. Deux entités marquées par un soupçon d’immoralité. Aux premiers, on reproche implicitement de ne pas être capable de se contrôler, de se retenir ou de faire les bons choix. Du second, on craint l’effet corrupteur, le pouvoir séducteur, et la transformation d’honnêtes travailleurs en oisifs professionnels… ».

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 15 Juin 2020. , dans Payot, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arts

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six, 160 pages, 20 € Edition: Payot

 

 

Si différentes soient-elles (l’une s’inscrit dans l’espace, l’autre se déploie dans le temps), la peinture et la littérature ont en commun de susciter des querelles d’attribution. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes : qu’un texte soit ou ne soit pas de Corneille, de Montesquieu ou de Zola n’a qu’un impact marginal. Tout au plus rend-il caducs les volumes d’Œuvres complètes publiés en Pléiade ou par d’autres grands éditeurs. En 1996, un chercheur américain avait proposé d’attribuer à Shakespeare un texte mineur connu de longue date, A Funeral Elegy (1612). Le débat s’était conclu par le rejet de cette hypothèse, mais avait permis (aurait-ce été le but ?) à Donald W. Foster de voir sa photographie dans les grands médias, posant en Hamlet, crâne en main et mortier sur la tête, obtenant ainsi un peu plus que le quart d’heure de célébrité promis à chacun, selon Warhol.

Les infiltrés, L’histoire des amants qui défièrent Hitler, Norman Ohler (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 15 Mai 2020. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Récits

Les infiltrés, L’histoire des amants qui défièrent Hitler, Norman Ohler, mars 2020, trad. allemand, Olivier Mannoni, 423 pages, 22 € Edition: Payot

 

« Que resterait-il aux hommes s’il fallait enlever aux mots, qu’ils ont mis des siècles à chérir, l’importance qu’ils leur prêtent ? » (Sous la lumière froide, Pierre Mac Orlan, 1945).

Le prologue est ici essentiel, ne le manquez pas ! Un véritable compte à rebours. La voix du narrateur, la voix-off, le pourquoi du livre et la nature de son existence. Jusqu’où faut-il porter, par loyauté, les actes de nos Anciens, leurs cicatrices, leurs crimes sous nos pas, comme autant de mains placées sous terre pour attraper nos chevilles et faire chavirer nos pas ?

L’éditeur précise « livre de non-fiction ». Soit. Le narrateur fixe chaque étape de l’histoire, quand l’histoire précisément a été délibérément effacée. Elle se raconte volontiers en roman et, en cette configuration, rencontre son meilleur témoin. Sans pour autant en adopter le ton. La forme est donc documentaire, visuelle, elle relèverait davantage d’un « docu-fiction ». La forme.

Les cinq sexes, Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants, Anne Fausto-Sterling (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 29 Novembre 2018. , dans Payot, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Les cinq sexes, septembre 2018, trad. anglais (USA) Anne-Emmanuelle Boterf, 92 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Anne Fausto-Sterling Edition: Payot

 

« Imaginez que les sexes se soient multipliés à l’extrême, sans limite à l’imagination. Ce serait un monde de pouvoirs partagés ».

Cette phrase au vu d’aujourd’hui paraît tout à fait visionnaire. Elle est tirée de cet essai intitulé Les cinq sexesqui ne date effectivement pas d’hier, il a été lancé en 1993, comme un pavé dans la mare, par Anne Fausto-Sterling, biologiste, historienne des sciences et féministe, ce qui lui a valu une notoriété mondiale dans le champ des études sur le genre.

Dans cette édition 2018, Les cinq sexes sont précédés d’une longue préface de Pascale Molinier, auteur et professeur de psychologie et suivis d’un texte publié en 2000 dans la revue The Sciences : Les cinq sexes revisités. Toujours par Anne Fausto-Sterling. En 7 ans, l’auteur constate des avancées, et on commençait enfin dans le milieu scientifique – mais tout juste – à écouter les personnes intersexuées elles-mêmes, et l’auteur cite notamment l’activiste américaine des droits des intersexes, Cheryl State. Le corps médical commençait à s’ouvrir à la remise en question de la chirurgie « correctionnelle » et systématique dès la naissance.

L’Héritier du nom, Alexander Münninghoff

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Biographie, Roman

L’Héritier du nom, janvier 2018, trad. néerlandais, Philippe Noble, 350 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alexander Münninghoff Edition: Payot

 

Né en Estonie, le philosophe Hermann von Keyserling a publié, entre autres livres, une célèbre Analyse spectrale de l’Europeet un recueil intitulé Voyage à travers le temps (Reise durch die Zeit). L’Héritier du nom, dont le sous-titre indique modestement « chronique familiale », constitue également, à sa manière, un voyage à travers l’Europe d’hier. Comme Keyserling, Alexander Münninghoff est originaire des Pays baltes, où son grand-père s’était installé en venant des Pays-Bas. Avec l’extermination de son importante communauté juive et quatre décennies de communisme, Riga (un peu comme Vienne) a perdu le caractère cosmopolite et commerçant que possédait cette vieille cité hanséatique avant la Seconde Guerre mondiale. Elle offrait alors l’hospitalité à des citoyens scandinaves, néerlandais et allemands (nous ne sommes pas loin de Königsberg, la ville natale de Kant). Il y était courant, du moins dans les strates supérieures de la société, de parler trois ou quatre langues.