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Editions du Sous-Sol

 

Créées en 2011 par Adrien Bosc, les excellentes éditions du Sous-Sol ont contribué à faire connaître aux lecteurs français la "narrative non-fiction", ce genre très couru aux Etats-Unis, qui mêle journalisme et littérature. La maison d'édition est forte aujourd'hui d'un important et passionnant catalogue en la matière, composé de classiques de la non-fiction tels que Nellie Bly ou Guy Talese, et d'auteurs contemporains, de William Finnegan à Maggie Nelson en passant par David Grann. Le Sous-Sol publie également des romans, et on a salué cette rentrée la parution du fantastique "Notre part de nuit" de l'argentine Mariana Enriquez.


Le Pain perdu, Edith Bruck (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 04 Février 2022. , dans Editions du Sous-Sol, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Italie

Le Pain perdu, Edith Bruck, Editions du sous-sol, janvier 2022, trad. italien, René de Ceccatty, 176 pages, 16,80 € Edition: Editions du Sous-Sol

 

Il y a une bibliographie d’Auschwitz, de Dachau, des autres camps, de la Shoah. Des ouvrages essentiels, comme ceux de Robert Antelme, de Primo Levi, d’Imre Kertész, de Jorge Semprun, signalent des récits directement éclairants sur cette période. Témoignages bouleversants aussi. On est avec Le Pain perdu dans le même ordre d’idées, dans la même qualité d’approche.

Bruck, née en 1931 en Hongrie, dans une famille juive, est déportée à treize ans à Auschwitz et connaîtra d’autres camps, des années terribles d’émigration forcée, de déni humain, avant de s’installer, un jour, en Italie.

D’une famille nombreuse, six enfants qui ne survivront pas tous à la guerre, Edith relate avec réalisme, acuité, âpreté ces années-là qui pourront un jour renseigner utilement toutes celles et tous ceux qui ne sauront plus rien de la période nazie et de ses conséquences funestes.

Toute la famille a été embarquée un jour où la mère avait réussi à faire lever le pain. Il n’aura pas eu le temps de connaître le four et de rassasier ces pauvres exclus par le régime dans leur propre pays, du seul fait d’être juifs.

Alegría, Manuel Vilas (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 29 Avril 2021. , dans Editions du Sous-Sol, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne

Alegría, Editions du Sous-sol, janvier 2021, trad. espagnol, Isabelle Gugnon, 400 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Manuel Vilas Edition: Editions du Sous-Sol

 

« Je crois que pour la première fois j’ai contemplé la beauté de l’existence humaine, vu ce que cela signifiait d’exister, vu que j’existais, vu le vent, les arbres, je les ai tous vu exister. J’ai vu comment les pierres, les chemins, l’eau des rivières existaient ».

« Il faut toujours se préparer aux plus grosses déceptions qu’on puisse imaginer, au sein desquelles il faut laisser une place à la joie, oui, à la joie ».

Alegría, comme si nous chantions le bonheur de lire ce qui s’écrit dans la joie. Alegría, c’est cet instant final de la fiesta flamenca, ce fin de fiesta, qui est au flamenco, ce que la vuelta (1) est à la tauromachie, même joie partagée, mêmes frissons et même sentiment de joie partagé avec ce qu’il convient de retenue. Manuel Vilas transforme ce sentiment, cette Alegría, en un récit, une autobiographie où la langue se livre, comme se livrent ses souvenirs. Manuel Vilas poursuit une œuvre unique qui a débuté en traduction française avec Ordesa, chez le même éditeur et servi par la même traductrice (2). Alegría est le roman de la vie de l’écrivain qui se déroule sous nos yeux, entre Madrid, Barcelone, New York, Chicago, Barbastro, sa ville de naissance, où flamboie encore la flamme de ses parents.

"Old M. Flood, Un récit", Joseph Mitchell et "Arrêtez de me casser les oreilles", Un recueil des récits, Joseph Mitchell - Editions du Sous-Sol (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 15 Avril 2020. , dans Editions du Sous-Sol, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits

Edition: Editions du Sous-Sol

Old M. Flood, Un récit, Joseph Mitchell, Editions du sous-sol, février 2020, trad. Lazare Bitoun, 127 pages, 16 €

« Dès qu’il arrive dans Fulton Street, le spectacle de ce pandémonium le revigore. Il rejette les épaules en arrière, renifle l’air salé et se frotte les mains. La puanteur de ces commerces de poisson n’a rien de désagréable. “Je vais vous révéler un secret très précieux, m’a-t-il dit un jour. L’odeur du marché aux poissons de Fulton Street vous guérira d’un rhume en vingt minutes. Aucun de ceux qui travaillent dans le marché n’attrape jamais de rhume. Ils ne savent tout simplement pas ce que c’est” » (Old M. Flood).

Joseph Mitchell n’est pas un chroniqueur comme un autre, il a une manière unique de saisir et de se saisir de situations, de dessiner des portraits d’hommes et de femmes croisés, dans la rue, les restaurants, les bars, les marchés (aux poissons), et de les transformer en personnages de roman par l’art du style. Joseph Mitchell saisit sur le vif ce qu’il voit, et le transforme en épopée urbaine foisonnante, entre 1944 et 1946. Old M. Flood possède cette puissance évocatrice, cette haute valeur littéraire qui rend ce récit étourdissant.

Bleuets, Maggie Nelson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans Editions du Sous-Sol, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA, Biographie

Bleuets, Maggie Nelson, Editions du Sous-sol, août 2019, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 112 pages, 14,50 € Edition: Editions du Sous-Sol

 

Du bleu au cœur

Etes-vous déjà tombé amoureux d’une couleur ? Maggie Nelson, oui, et c’est le sujet de Bleuets, bref et dense ouvrage traduit et publié par les Editions du sous-sol, dix ans après sa parution aux Etats-Unis, en 2009. Mêlant essai et autobiographie, il raconte l’histoire d’une passion, d’une fascination, d’un envoûtement même, qui a suscité l’« illusion choisie » que chaque objet bleu serait un « buisson ardent » ou un « code secret » à décrypter. L’auteure, après avoir mené tous azimuts une quête des bleus, se propose d’expliquer ce que cette couleur signifie et représente pour elle, à côté de ses significations et connotations admises. Son livre prend la forme de 240 fragments, de longueur irrégulière, au contenu hétéroclite mais reliés par un fil céruléen parfois ténu, parfois lâche, mais jamais coupé. Les épisodes autobiographiques, qu’ils concernent ou non la déliquescence d’un amour qui, pour être né avec la cueillette de bleuets, n’a rien d’un conte bleu, nous ont semblé d’un intérêt inégal – peut-être parce que, ne connaissant pas Maggie Nelson, nous n’entretenons pas – ou pas encore – avec elle cette intime et ancienne familiarité qui nous lie aux écrivains aimés, et qui rend curieux de leur vie aussi bien que de leur personne.

Le Diable et Sherlock Holmes, David Grann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans Editions du Sous-Sol, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles

Le Diable et Sherlock Holmes, Editions du Sous-Sol, mars 2019, nouvelles traduites de l’américain, 452 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Grann Edition: Editions du Sous-Sol

 

Autant le dire d’emblée, ce volume de novellas de David Grann n’a que très peu de rapports avec le pensionnaire du 221b Baker Street à Londres. Certes, la première histoire – qui nous place au cœur des descendants et des fanatiques du détective – raconte la quête aventureuse des documents précieux de Sir Arthur Conan-Doyle. On peut aussi dire qu’une autre nouvelle, Un crime parfait, évoque de loin les énigmes que Sherlock avait à résoudre et ses méthodes d’enquête. Mais pour tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le lien avec Sherlock Holmes nous a échappé. Par contre, nous avons du pur David Grann, et c’est déjà formidable.

Grann est un cas très particulier dans ce qu’il faut bien appeler la littérature. C’est qu’il n’en fait pas. Si l’on estime que l’acte littéraire est création, fiction, alors les histoires qui sont racontées ici – et plus généralement dans tous les livres de David Grann – ne sont pas littérature car elles sont vraies et rapportées telles qu’elles ont eu lieu, jusqu’au moindre détail. Aucune part à la fiction, rien à voir avec l’exofiction par exemple qui prend des faits réels pour les romancer, les remodeler au gré de l’auteur.