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J'ai lu (Flammarion)

J'ai lu est une maison d'édition française à Paris créée en 1958 par Frédéric Ditis à la demande d'Henri Flammarion.

Sa ligne éditoriale est très variée : romans de littérature générale, science-fictionfantastiquefantasybande dessinéemanga (abandonné), roman policier,roman d'amour. Elle publie essentiellement en format poche, mais a aussi édité la collection Millénaires (53 titres, maintenant arrêtée) au format 130 x 200 et en grand format le cycle de La Tour sombre de Stephen King ainsi que la collection Nouveaux Millénaires initiée en 2011.

Depuis 2004, elle fait partie du groupe Flammarion.


(Source Wikipédia)

Stoner, John Williams (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 06 Octobre 2020. , dans J'ai lu (Flammarion), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Stoner, trad. américain, Anna Gavalda, 380 pages, 7,60 € . Ecrivain(s): John Williams Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

William Stoner est une sorte de prototype de l’anti-héros. Sa personnalité réservée, son ambition limitée, sa nature bienveillante et calme en font un personnage romanesque peu propice aux grandes envolées épiques. Et, en effet, ce roman n’a rien de l’épopée : les événements y sont d’une grande banalité, les rencontres peu colorées, les gens n’y sont guère extraordinaires.

Alors la question se pose : pourquoi et comment ce roman devient-il fascinant dans les mains du lecteur ? Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : dans cette banalité d’une vie racontée, se niche… quoi ? La littérature. Par deux entrées, l’une est dans le talent narratif de John Williams, l’autre dans le basculement du personnage de Stoner qui – fils de paysans pauvres et petit étudiant en agronomie à l’université de Columbia-Missouri – va un jour, provoqué par un professeur de littérature lors d’un module de lettres – découvrir le dédoublement radical que propose l’œuvre littéraire, une sorte d’évasion de soi, d’élévation puissante qui propulse le brave garçon dans des mondes qu’il ne soupçonnait pas.

L’enfant-mouche, Philippe Pollet-Villard (par Lionel Bedin)

Ecrit par Lionel Bedin , le Vendredi, 14 Septembre 2018. , dans J'ai lu (Flammarion), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’enfant-mouche, août 2018, 480 pages, 8 € . Ecrivain(s): Philippe Pollet-Villard Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

L’enfant-mouche est l’histoire de Marie, une petite fille livrée à elle-même, sans attaches (orpheline aux origines troubles) qui va devoir survivre dans un monde compliqué : le monde des adultes dans une campagne sinistre en temps de guerre.

Mais le premier personnage que l’on rencontre est Anne-Angèle, infirmière militaire dans un dispensaire à Casablanca. Elle a 60 ans, ne croit ni en Dieu, ni au Diable, qui dit que « être inquiète, réfléchir, ça ne sert à rien » et « seule la réalité compte ». Elle sera la tutrice de Marie tout au long de cette histoire. Marie, dont le lecteur fait la connaissance à Paris à l’été 1944, a 12 ans. Elle est renfermée, instable. Sa mère est-elle vraiment cette Faustina, stripteaseuse dans un cabaret louche ? Après divers événements, Anne-Angèle et Marie sont contraintes d’aller vivre dans un village de la Marne.

Extension du domaine de la lutte, Michel Houellebecq

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 10 Juillet 2017. , dans J'ai lu (Flammarion), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Extension du domaine de la lutte, 155 pages, 5,20 € . Ecrivain(s): Michel Houellebecq Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

Houellebecq, la flaccidité corrosive

Le travail est un divertissement comme un autre, certes institutionnalisé, ennobli, sacralisé. Il distrait l’homme de sa condition de mortel et adoucit l’amertume de sa médiocrité. Par son utilité professionnelle, l’homme s’érige en artifice, dépasse sa nature, prend de la hauteur et s’expose par là-même à la possibilité d’une chute. C’est la menace qui pèse sur le narrateur cafardeux d’Extension du domaine de la lutte, premier des six romans écrits par Michel Houellebecq et publié en 1994.

Le narrateur, un cadre informaticien de 30 ans, est parvenu à gagner son titre de rouage dans l’appareil économique, à décrocher un rôle dans la vaste comédie humaine. Il a cependant conscience d’une anomalie. Comme s’il flottait dans un costume trop grand pour lui. Il sent que quelque chose cloche dans son existence bien léchée, morne et solitaire : « Généralement, le week-end, je ne vois personne. Je reste chez moi, je fais un peu de rangement ; je déprime gentiment ».

Petite Philosophie de l’Amour, Alain de Botton

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 06 Avril 2017. , dans J'ai lu (Flammarion), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Petite Philosophie de l’Amour, trad. anglais Raymond Las Vergnas, 318 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Alain de Botton Edition: J'ai lu (Flammarion)

A l’heure des réseaux sociaux, il est réjouissant de relire la Petite Philosophie de l’Amour (1993), premier roman de l’Anglais Alain de Botton (1969) : c’est comme s’offrir un bain de jouvence moderne dans une romance d’une époque qui semble à la fois tellement proche et tellement éloignée. Proche par certaines de ses préoccupations, par le mode de vie du narrateur et son aimée, Chloé ; éloignée par le temps et la façon dont il s’écoule, par la possibilité encore offerte de ne pas vivre dans l’instantanéité. Un roman serait à écrire sur l’amour au temps des communications fusant dans l’éther à toute vitesse ; ce n’est pas encore le cas pour cette histoire-ci.

Cette histoire-ci est donc narrée par un jeune homme moderne, qui prend l’avion pour se rendre de Paris à Londres et, contre toute probabilité (le calcul est effectué : une chance sur 5840,82), rencontre une jeune femme pour laquelle il a le coup de foudre. De cette rencontre inopinée naît une romance, racontée à la première personne en vingt-quatre chapitres aux titres programmatiques, puisque l’on va « Du Fatalisme Romantique » aux « Leçons de l’Amour » en passant par « De l’Authenticité », « Du Marxisme » (Groucho, pas Karl) ou encore « De la Peur du Bonheur ». Comme le montre l’intitulé de ces chapitres, cette romance est l’occasion pour Alain de Botton de poser quelques réflexions sur l’amour, sur le couple, sur l’attachement que l’on éprouve envers autrui.

La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés, Paolo Bacigalupi

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 17 Mai 2016. , dans J'ai lu (Flammarion), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles

La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés, octobre 2015, traduit de l’anglais (USA) par Sara Doke et al., 412 pages, 8,40 € . Ecrivain(s): Paolo Bacigalupi Edition: J'ai lu (Flammarion)

Parmi les auteurs que chérit, voire vénère l’amateur de science-fiction se dessinent deux catégories principales : les grands auteurs de science-fiction, ceux qui maîtrisent avant tout l’art des narrations à hypothèse, et les grands auteurs qui écrivent de la science-fiction, ceux qui sont des stylistes se frottant aux mêmes narrations. Sur foi des dix nouvelles rassemblées dans La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés (publié en 2008 en anglais sous le titre Pump Six and Other Stories – juste une différence de choix pour la nouvelle donnant son titre au recueil), on élit Paolo Bacigalupi (1972) dans la seconde catégorie. Que ce recueil ait reçu le Prix Locus dans sa catégorie importe finalement peu ; il survivra dans les mémoires au-delà d’un quelconque palmarès, même si on peut féliciter les lecteurs du magazine Locus pour leur clairvoyance.

Ce qui saute aux yeux, à la lecture de neuf des dix nouvelles, c’est à quel point Bacigalupi est le digne héritier des meilleurs romanciers cyberpunk : ses nouvelles, même les plus éloignées de notre présent en apparence (La fille-flûte et Peuple de sable et de poussière, une des nouvelles les plus extraordinaires jamais lues, à titre personnel – on y reviendra), semblent avant tout des extrapolations pas même monstrueuses de ce qui nous environne, de ce qui fait notre quotidien, ses inquiétudes en tête ;