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Seuil

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935.

Maison très respectée dans le milieu de l'édition, entretient de bons rapports avec ses auteurs. Elle a notamment publié les œuvres de Jacques LacanRoland BarthesPhilippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar MorinMaurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

Amazonia, Patrick Deville (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Amazonia, août 2019, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Patrick Deville Edition: Seuil

 

Peut-on parler de « roman » à propos de ce livre ? Jacques Lacan se demandait un jour dans quelle encyclopédie on pouvait trouver l’encyclopédie qui contient toutes les encyclopédies. Peut-être est-ce là la tentative (pathétique) de Deville.

Commençons par dire que, de la plume de Deville, on ne doit pouvoir compter que 15 à 20% (au mieux) de ce livre. Le reste, tout le reste, est visiblement un assortiment de copiés/collés venus d’œuvre diverses, de livres d’histoire, de livres de voyages, de biographies etc. Une sorte de macédoine – hélas des plus indigestes – de bouts d’œuvres plus ou moins connues, essentiellement obscures, dont la longue liste mise en fin d’ouvrage ne dit à aucun moment quel morceau vient de quelle œuvre – ce qui constitue une bien étrange conception du référencement littéraire.

Régulièrement, on a même droit à des pages entières du genre Wikipédia et son éphéméride. Pardon d’avance pour la relative longueur de la citation mais elle s’impose, d’autant que Deville y avoue au début toute la méthode de son travail (« je reprenais ces histoires assemblées autour d’Iquitos »). Il s’agit donc ici de l’année 1860.

Les petits de Décembre, Kaouther Adimi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 28 Août 2019. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, La rentrée littéraire

Les petits de Décembre, août 2019, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

Dans son quatrième roman, Les petits de Décembre, la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi s’empare d’un fait divers de son pays datant de 2016, le détournant et l’enrichissant pour construire une fable dont les héros sont trois enfants d’une dizaine d’années. Elle explore ainsi avec acuité les rouages et les maux de la société algérienne actuelle, soulignant le poids de l’histoire, notamment de la décennie noire, et dénonçant avec fantaisie et humour l’emprise d’une gérontocratie militaire arrogante et corrompue sur des Algériens asservis, résignés et timorés s’en faisant les complices. Et elle met tout son espoir dans la soif de justice de cette jeune génération affranchie de la peur qui n’a pas connu la terreur islamiste, dans ses capacités de révolte et de résistance.

L’histoire se déroule à Dely Brahim dans la banlieue ouest d’Alger, dans cette « cité du 11 décembre 1960 » appartenant à l’armée et réservée à des familles de militaires ou d’anciens moudjahidines, dont le nom rappelle ces gigantesques manifestations qui se levèrent à Alger et dans les grandes villes du pays pour réclamer l’indépendance, véritable soulèvement populaire contre le colonialisme.

Des vies possibles, Charif Majdalani (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 18 Juin 2019. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des vies possibles, janvier 2019, 185 pages, 17 € . Ecrivain(s): Charif Majdalani Edition: Seuil

 

Rien n’est écrit d’avance, nous le savons ; mais le pensons-nous vraiment ? Le sens des vies ou des choses grandes ou petites, individuelles ou collectives est a posteriori ; et encore, c’est une interprétation – variable, changeante – de l’esprit humain. L’homme est désorienté ou même en proie à la peur s’il ne donne pas sens et cohérence à l’enchaînement aléatoire des « petits incidents, des hasards minuscules, des accidents insignifiants ». Ainsi médite Raphaël Arbensis vers la fin de sa vie alors qu’il met la dernière main à son introduction à l’Histoire universelle d’al-Hamadani.

« En regardant sa femme enceinte, Raphael sent l’immensité de son bonheur. Il remonte le fil de sa vie pour essayer de trouver le moment où la trajectoire vers ce bonheur a débuté, sans y parvenir : c’est sans doute sa maladie à son arrivée à Saïda qui lui a permis de se trouver un jour en présence de Mariam, mais il n’aurait pas été malade à Saïda s’il n’était pas venu en Arabie, et il ne serait pas venu en Arabie s’il n’avait pas connu Dupuy, avec qui il ne serait pas associé s’il n’avait été dans le désarroi après l’embuscade de Vicence, et peut-être alors que son bonheur n’aurait pas été concevable s’il n’avait perdu son bras… ».

Révoltée, Evguénia Iaroslavskaïa-Markon (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 20 Mai 2019. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Biographie, Récits

Révoltée, trad. russe Valérie Kislov, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Evguénia Iaroslavskaïa-Markon Edition: Seuil

 

« Mon autobiographie » est le récit hallucinant d’une vraie « révoltée » contre les abus d’une société communiste et qui va le payer très cher. Le parcours de cette jeune Russe, née en 1902 et exécutée en 1931, appelle tous les qualificatifs : extraordinaire, terrifiant, naturaliste en diable, affolant de vérité.

Dès l’adolescence, Evguénia s’oppose, se rebelle, se voit exclue du secondaire ; elle est une âme qui bout sans cesse, exalte la franchise, décourage les tièdes. Entre Moscou et Leningrad, sa vie connaît une foultitude de soubresauts.

Epouse du poète Alexandre  Iaroslavski (1896-1930), elle explique dans son autobiographie comment elle en est arrivée à défier tous les pouvoirs. Dès les années 20, le couple connaît nombre d’intimidations, d’exils (voyage à Berlin, Paris), d’arrestations, d’assignations à résidence. Le poète terminera son parcours dans les camps des îles Solovki. Sa femme, condamnée, sera exécutée. Elle avait vingt-neuf ans.

Le Récidiviste, Alain Fleischer (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 10 Mai 2019. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Récidiviste, janvier 2019, 352 pages, 21 € . Ecrivain(s): Alain Fleischer Edition: Seuil

 

« Avant d’avoir vu passer, dans une rue de la ville de Brno en Moravie, le jeune Léo que j’ai été il y a trente ans, j’aurais pu me dire en regardant une photo de moi à cette époque : cet être n’existe plus, il a disparu, il n’est nulle part, il est mort, sa matérialité physique s’est volatilisée, comme les cendres d’un corps après incinération, et pourtant je suis là, issu de lui, et relié à lui par le fil ininterrompu, invisible, d’une même existence, dans une suite continue de jours et de nuits, au point que, bien éloigné de cet individu-là, je suis encore lui ».

Le Récidiviste est l’éblouissant roman de cette vision, le roman des souvenirs qui se matérialisent sous l’œil du narrateur. Il se voit, se croise dans une rue, tel qu’il était, l’adolescent qu’il fut se reflète dans son regard, alors qu’il est en recherche d’un tueur récidiviste László Kovács. Son histoire pourrait devenir un roman. Comme un éclat, dans cette rue de Brno c’est le Temps retrouvé qui lui saute aux yeux, et sa quête, son enquête, sa recherche, vont être saisies par ce passé, cette présence saisissante, troublante, étourdissante, un passé qui s’invite au présent. Léo est là devant lui, Léo et ses seize ans que trouble la belle Mila, l’amour adolescente qui a embrasé sa vie. A son contact, il a affûté, comme on le dit d’un couteau, sa vie et ses passions.