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Fata Morgana

 

Les Éditions Fata Morgana sont une maison d'édition française de littérature et de livre d'art établie à Saint-Clément-de-Rivière dans l'Hérault.

 

 

Le Dieu cerf, Philippe Le Guillou (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 09 Décembre 2019. , dans Fata Morgana, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes

Le Dieu cerf, Philippe Le Guillou, novembre 2019, ill. Loïc Le Groumellec, 104 pages, 18 € Edition: Fata Morgana

 

Philippe Le Guillou se fait scribe de ce fragment d’une légende (presque) dorée. Et l’auteur de préciser : « récitant d’une geste dont je module, à mon tour, les accents et les échos, je ressens pleinement ce passage de l’orée, cet état de panique joyeuse que m’a toujours inspiré la seule profération du mot “lisière” ». Dès lors l’auteur invente la psychologie de son héros. Il vit à l’épreuve de celle-ci. Et habitant son personnage de l’intérieur, il l’imagine « rempli de cette frayeur religieuse qui gagne les nomades sacrés et les pérégrins… ».

Néanmoins l’auteur ne se laisse pas envahir totalement par ce sombre héros proche d’un lointain : « mon personnage appartient à l’Antiquité, c’est un vir que ne tourmentent ni la peur physique ni la fragilité si féminine, c’est un homme accompli, dans la splendeur de sa force, un guerrier, un chasseur ». Celui-ci troue l’éternité. Il montrerait facilement à l’assassin le chemin, et laisse au besoin monter la voix de l’animal. Il sait repérer au sol une trace même lorsque des ogres brouillent les cartes et des prélats moulinent leurs orgues à prières.

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 04 Novembre 2019. , dans Fata Morgana, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie, Correspondance

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille, septembre 2019, 48 pages, 12 € Edition: Fata Morgana

 

Cette lettre permet de comprendre la relation qui n’allait pas forcément d’elle-même entre Bataille et Char. D’un côté l’obscur des profondeurs, de l’autre une certaine clarté du paysage et de ceux qui l’habitent. D’un côté l’existentialisme et l’absurde, de l’autre les remugles messianismes du surréalisme « historique ».

Certes les deux se réclamaient de ce dernier mais selon une version dissidente plus juste que celle de Breton embrigadé dans certaines ruses et cécités. Ce dernier espérait beaucoup en Char mais n’attendait rien de Bataille. Les deux derniers éprouvent une sympathie mutuelle au nom à la fois d’une perception analogue des contradictions les plus vives qui régissent le monde et l’univers, et par ailleurs d’une douloureuse conscience de l’irrémédiable.

Les nouvelles révélations de l’être, Antonin Artaud (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 18 Mars 2019. , dans Fata Morgana, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Théâtre

Les nouvelles révélations de l’être, février 2019, 48 pages, 12 € . Ecrivain(s): Antonin Artaud Edition: Fata Morgana

 

L’introduction au néant

Dès 1937 – date de l’écriture de ce texte – Artaud inscrit de facto sa schize : « je ne suis pas mort, je suis séparé ». Ce « mort au monde » se trouve déjà incapable de parler en son nom et va commencer le cycle des rétentions en asiles psychiatriques.

S’inscrit déjà ici ce que les Cahiers terminaux finiront dans cette tentative de se débarrasser de la matrice de la tache de naissance, des vices de la chair et de l’esclavage qu’elle enclenche.

S’inscrivent les premières scènes (tragiques et fulgurantes) du « théâtre généralisé » de l’auteur. Elles sont la véritable introduction au néant. La mort n’est plus tenue à distance.

Se sent déjà comment la terre aspire l’être dont elle se nourrit jusqu’aux « crachats ». Artaud rentre directement en rapport avec les semences immondes qui sont les restes et les cendres. Comme plus tard dans les Lettres relatives aux Tarahumaras, il vit – ou subit – là mais sous un registre totalement opposé une « expérience organique ».

Par des traits, Henri Michaux (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 20 Décembre 2018. , dans Fata Morgana, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Par des traits, octobre 2018, 112 pages, 25 € . Ecrivain(s): Henri Michaux Edition: Fata Morgana

 

Vers un nouveau langage, Henri Michaux

Parlant des idéogrammes chinois, Michaux évoquait ce que ces « formes » généraient : « plutôt que choses, corps ou matières, montrant des groupes, des ensembles, exposant des situations. […] de lestes signes des paysages de branches fleuries et de feuilles de bambous qu’avaient vus en images et appréciaient » les paysans qui ne savaient pas lire.

A partir de là, Michaux, en deux livres, va à la recherche de ce paradoxal langage aussi neuf que premier. Les éditions Fata Morgana republient un des deux, Par des traits (1984). Comme dans l’autre livre de l’auteur sur le même sujet (Saisir), celui-ci rassemble pages de textes, de dessins abstraits, poèmes, essais, et groupes de signes graphiques à l’encre noire.

L’écriture chinoise n’y est jamais loin. Mais l’auteur propose, à partir d’une telle base, son propre « vocabulaire ». Michaux rêve d’un langage universel qui remplacerait les mots par les signes. L’objectif est de « saisir » de manière originale le monde et ses secrets là où le vocabulaire tomberait comme un fruit trop mûr.

Pavillon Moïana, Gilles Ortlieb

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 16 Mars 2018. , dans Fata Morgana, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Pavillon Moïana, février 2018, 40 pages, 10 € . Ecrivain(s): Gilles Ortlieb Edition: Fata Morgana

 

L’essence de la littérature est d’être obsessionnelle. Mais cette obsession n’est pas forcément celle du plaisir mais de la nécessité. Ortlieb crée ici dans un « présent gnomique », un soliloque hommage au frère. Hommage n’est d’ailleurs pas le mot : il s’agit plutôt d’une longue descente dans les affres de l’agonie. Nulle contemplation pour autant. Ortlieb permet d’entrer en ce qui ne se pense pas vraiment : non que les douleurs soient muettes mais intransmissibles : elles se constatent c’est tout.

Il se peut que pour l’exorciser, l’auteur reconstruise quelque chose du passé qui l’obsède. « Extériorisée » la douleur du mourant et de ceux qui l’accompagnent, ne laisse pas le lecteur en un état de passivité. Ni indemne. Si c’est le cas cela est grave. Car la réalité de la douleur se touche ici  travers la chair et jusqu’aux « os » quasi visibles à mesure que la vie s’efface.

Face à cette présence de l’inconcevable, Ortlieb confronte le lecteur au cœur d’une émotion aux dimensions terribles, là où l’illusion n’est plus possible. Le sac de « peau » montre sa pâleur intérieure au moment où l’échange devient sourd, indicible. Pour l’exprimer, le langage est ramené lui aussi à sa fibre. Il ne supporte pas d’effets de style. Aucune métaphore. Ortlieb sait qu’elle ne soigne rien, ne cautérise pas la plaie du réel.