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Inculte

 

Nées en septembre 2004 autour de la revue inculte et son collectif d’écrivains, traducteurs et essayistes, les éditions inculte ont construit en neuf ans un catalogue original et singulier.

 


Le rapport sexuel n’existe plus, Philippe de Jonckheere (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 31 Mai 2021. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le rapport sexuel n’existe plus, Philippe de Jonckheere, février 2021, 300 pages, 18,90 € Edition: Inculte

Qu’un homme puisse éjaculer à la vue d’une pantoufle ne nous surprend pas, ni non plus qu’il s’en serve pour ramener le conjoint à de meilleurs sentiments, mais personne assurément ne peut songer qu’une pantoufle puisse servir à apaiser la fringale, même extrême, d’un individu.

Jacques Lacan (1901-1981, psychanalyste français)

Entre autofiction et séance de psychanalyse étalée sur près de 300 pages, dans Le rapport sexuel n’existe plus, l’auteur est son propre personnage, endossant son propre nom et une partie en tout cas de sa vraie vie. Le fait que le récit prenne place en 2022 et s’achève en 2024 invente une distance temporelle avec ce qui semble pourtant être un véritable journal intime. Récit à visée thérapeutique pour guérir la douleur d’une déception amoureuse, dont l’auteur – cinquantenaire, se décrivant lui-même comme obèse et obsédé par l’arrivée de l’andropause qui vient alourdir le bilan d’une vie sexuelle de plus en plus fantasmatique – n’arrive pas à se défaire. Autoflagellation, autodérision, décorticage hyperlucide de son manque de lucidité, c’est grâce à son grand humour que l’auteur/personnage se rattrape toujours et parfois in extremis avant la chute dans le pathétique.

Le Silence des carpes, Jérôme Bonnetto (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 29 Mars 2021. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Silence des carpes, Jérôme Bonnetto, janvier 2021, 300 pages, 18,90 € Edition: Inculte

 

Jérôme Bonnetto nous livre ici un remarquable roman, aussi drôle que fin et touchant. Remarquable sur le plan littéraire et savoureux pour le lecteur qu’il entraîne avec virtuosité dans l’aventure de son narrateur : Paul Solveig, informaticien, qui pour échapper à la pente dépressive qui le guette, joue son destin au dé après avoir trouvé une photo qu’un pseudo plombier tchèque a laissé tomber dans sa cuisine. Apprenant par ce dernier qu’il s’agit d’une photo de sa mère disparue pendant le régime communiste, Paul Solveig s’organise expressément pour partir sans date de retour vers une Moravie dont il ignore tout. Certes sous le prétexte de rechercher des traces de la mère et de son photographe, dont la touche artistique le trouble beaucoup, mais aussi et surtout pour fuir la réalité d’une séparation avec Pauline, qui est sur le point de le quitter après 10 ans de vie commune. Fuir avant même d’en avoir la certitude.

Cow-Boy, Jean-Michel Espitallier (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 05 Juin 2020. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Cow-Boy, Jean-Michel Espitallier, janvier 2020, 132 pages, 15,90 € Edition: Inculte

 

« Il y a trop à regarder, à apprendre, à explorer, il y a trop à faire, ici. Il y a trop à vivre. Avec tout ça, pas une minute à soi pour rêvasser. De toute façon, les hommes qui s’occupent des vaches sont rarement de la catégorie des rêveurs, sauf dans les livres où il est question d’hommes qui s’occupent des vaches ».

Cow-Boy est le roman de ce regard, de cet apprentissage, de l’exploration du Nouveau Monde par Eugène, le grand-père de l’écrivain, parti aux Amériques avec son frère Louis, au début des années 1900. Des Alpes à la Californie, Eugène le Cow-Boy devient le héros du roman de son petit-fils. Jean-Michel Espitallier savait peu de choses d’Eugène, de son voyage, de son arrivée là-bas, de son travail avec les vaches, de sa vie, et de son retour tout aussi énigmatique. De tout cela, il a fait un roman éblouissant, qui donne vie à ce grand-père des ranches et des plaines.

Nos corps érodés, Valérie Cibot (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 04 Juin 2020. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Nos corps érodés, mars 2020, 124 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Valérie Cibot Edition: Inculte

 

Les Anciens ne voulaient pas non plus y croire. Dans la mythologie grecque, Cassandre avait hérité d’Apollon le don de voir l’avenir. Mais comme elle n’avait pas cédé à ses avances, il avait jeté sur elle une malédiction : ses prédictions ne seraient jamais crues, y compris par les membres de sa famille. Le deuxième roman de Valérie Cibot, Nos corps érodés, peut apparaître comme une variation sur ce mythe de Cassandre, avec l’histoire de Mona qui revient dans l’île où elle a grandi, là où avait été installé le Mur de l’Atlantique lors de la deuxième guerre mondiale. Elle s’installe dans la maison de sa grand-mère, décédée il y a peu.

Le don de Mona, ce sont ses connaissances en géologie, grâce auxquelles elle a obtenu un poste à la mairie. « Si je n’avais pas été géologue, spécialiste de l’érosion, je ne serais pas revenue ». A peine arrivée, elle va tout de suite pouvoir appliquer son savoir à la pratique. Elle se rend compte en effet que l’océan s’est beaucoup trop rapproché. « Si nous ne réagissons pas, ce qui nous attend c’est l’exil ». « Rien n’est encore survenu, mais très vite il sera trop tard ».

La certitude des pierres, Jérôme Bonnetto (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 02 Mars 2020. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La certitude des pierres, Jérôme Bonnetto, janvier 2020, 192 pages, 16,90 € Edition: Inculte

 

Ségurian est un village isolé et perché dans la montagne, dont le saint patron est St Barthélémy, fêté comme il se doit tous les 24 août, avec la sortie du saint en procession et la traditionnelle préparation et dégustation bien arrosée de la soupe au pistou. Tout un symbole si on pense au massacre du même nom et nul doute que l’auteur ne l’a pas choisi par hasard.

Ségurian est un village de chasseur et les chasseurs forment un clan avec un chef qui est aussi le chef, de père en fils, d’une entreprise familiale de construction qui a bâti une bonne partie du village : ce sont les Anfonsso. Joseph Anfonsso est donc un chef : chef de famille, chef d’entreprise, chef des chasseurs. Et plus tard, il passera la main à son propre fils Emmanuel. Tout est bien qui tourne bien, immuablement, dans ce village refermé sur lui-même.