Identification

Inculte

 

Nées en septembre 2004 autour de la revue inculte et son collectif d’écrivains, traducteurs et essayistes, les éditions inculte ont construit en neuf ans un catalogue original et singulier.

 


300 millions, Blake Butler (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 21 Janvier 2019. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

300 millions, janvier 2019, trad. (USA) Charles Recoursé, 550 p. 24,90 € . Ecrivain(s): Blake Butler Edition: Inculte

Il ne faut pas croire tout ce qui est écrit. Les mots inscrits noir sur blanc dans les pages d’un livre ne sont pas forcément les mots que l’on croit lire. Les mots ont aussi un pouvoir. Ils peuvent même être dangereux et, quand on s’en rend compte, il est trop tard. Si toutefois on s’en rend compte.

Gretch Garvey est une espèce de méta Charles Manson qui recrute des jeunes disciples pour l’aider à accomplir son grand dessein : anéantir toute la population américaine et permettre l’avènement de Darrel, la voix qui parle dans et à travers lui. Mais les policiers sont sur le coup. Quand ils l’arrêtent, ils découvrent une maison remplie de cadavres que les disciples de Gretch Garvey lui ont amenés et qu’il a en partie mangés.

Au début du roman, c’est Gretch Garvey qui parle et le texte est annoté par Flood, un policier. D’autres personnes interviennent, glissent par-ci par-là un mot, une remarque, précisent et rectifient certaines situations ou comportements. Dans la maison ont été retrouvées des malles pleines de vidéos. Pour les policiers, elles représentent des indices qui vont leur permettre de comprendre ce qui s’est passé et peut-être aussi de découvrir comment Gretch Garvey a réussi à convertir tous ces jeunes gens. Mais en visionnant les bandes, les policiers se retrouvent contaminés et tuent leur famille avant de se suicider. Ce n’est que le début de l’épidémie.

Bouche creusée, Valérie Cibot

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 16 Février 2018. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Bouche creusée, janvier 2018, 128 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Valérie Cibot Edition: Inculte

 

Elle court, et même parfois très vite. Elle s’infiltre partout et se trouve tout de suite à son aise. Dans les maisons, dans les salons de coiffure et dans les boulangeries. Elle est de toutes les conversations. Elle devient de plus en plus forte et bourdonne dans toutes les oreilles. Elle élargit son répertoire. Elle sait aussi faire mal. Elle blesse. Elle tue. Ou bien, elle pousse quelqu’un à manger de la terre, bouchée après bouchée.

Un homme qui mange de la terre, qui se met l’une après l’autre des poignées dans la bouche : c’est par cette image très forte que commence le premier roman de Valérie Cibot. Pourquoi l’apiculteur se livre-t-il à ce geste désespéré ? Parce qu’elle l’a détruit. Qui est « elle » ? La rumeur. La rumeur qui dit qu’il aurait été un peu trop proche d’un étranger. Les commérages se sont transformés en une hystérie collective, la violence s’est déchaînée. L’apiculteur n’en peut plus.