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Editions du Typhon

 

Basées à Marseille, les éditions du typhon rassemblent des œuvres de fiction traversées par des souffles puissants.

Ces textes d’auteurs européens et d’ailleurs nourrissent deux collections :

– Un volet de traductions inédites, de rééditions et de premiers romans intitulé « Après la tempête ».
– Suivi d’une collection d’histoires de fantômes « Les hallucinés ».

Ce qui lie ces collections est une volonté de faire dialoguer le présent et le passé autour d’une interrogation qui hante le monde :
que faire des spectres ? Car seule la littérature, par l’écriture, sait accueillir ces peurs nourries par notre propension à les refouler.
Le volet « Après la tempête » entend proposer des auteurs qui, bien qu’éloignés dans le temps et l’espace, se retrouvent à être habités par une ambition commune : sonder les êtres après des périodes de conflits.

Notre seconde collection « Les hallucinés » présente, sur un mode métaphorique, ceux que le monde refuse et qui viennent alors franchir la barrière des songes. Les fantômes, les apparitions des mondes gothiques, sont ces « sans-parts », ces oubliés qui contraignent,
en apparaissant, à penser ce qui disparaît. Ces textes rappellent ainsi l’impermanence du monde.

Le projet de nos éditions se situe donc là : proposer des textes, des auteurs du passé et d’aujourd’hui qui font vivre mille vies en une.
Par la guerre sourde menée aux mots, ces œuvres ont la capacité d’ouvrir le réel, de décloisonner les discours imposés par les doctes, de réveiller les sources du désir – de la mélancolie à la joie –, que l’esprit de sérieux, que l’idéologie, que la tentation du repli avaient asséchées. Les éditions du typhon s’attachent ainsi à une littérature qui part du conflit pour tendre lucidement et passionnément
vers la vie.

 

La Petite apocalypse, Tadeusz Konwicki (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 13 Mars 2020. , dans Editions du Typhon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

La Petite apocalypse (Mala apokalipsa, 1979), Tadeusz Konwicki, février 2020, trad. polonais, Zofia Bobowicz, 328 pages, 18,90 € Edition: Editions du Typhon

 

Quand on boit beaucoup, c’est souvent le lendemain que c’est le plus difficile. « Une cigarette à jeun n’arrange certainement pas la santé, mais cent grammes de vodka par-dessus, c’est la mort certaine. Après tout, ce ne serait pas plus mal » (p.33). Le narrateur est en pleine déprime, il fume cigarette sur cigarette, boit de l’alcool plus que de raison. D’ailleurs, le matin où l’on fait sa rencontre, il se réveille avec une sévère gueule de bois. Il est aussi écrivain qui a eu un jour du succès, mais ça fait un moment qu’il n’a pas écrit une seule ligne. Ce matin-là, il n’a pas le temps de récupérer ses esprits que deux de ses amis viennent chez lui. Ils lui font une étrange proposition. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait une proposition, mais plutôt un commandement : « Que ce soir, à huit heures précises, tu te fasses brûler vif devant le comité central du Parti ».

Le narrateur est d’abord un peu incrédule, mais se laisse très (trop ?) vite convaincre. Son spectaculaire sacrifice pourra contribuer à saper le régime, expliquent ses comparses. Et pas n’importe quel régime, mais le régime communiste polonais, sous domination soviétique, quelques années avant la montée en puissance de Solidarnosc.

Et frappe le père à mort, John Wain (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans Editions du Typhon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Cette semaine

Et frappe le père à mort (Strike the Father Dead, 1962), mai 2019, trad. anglais Paul Dunand, 394 pages, 19 € . Ecrivain(s): John Wain Edition: Editions du Typhon

 

« La musique adoucit les mœurs », prétend le proverbe. Mais encore faut-il s’entendre de quel type de musique il est question. Car quand un père est féru de musique classique et son fils de jazz, la musique est plutôt source de heurts, de tensions. Ou elle ne fait qu’envenimer une situation déjà bien explosive. Et entre Jeremy et son père, Alfred, la musique n’est qu’un élément parmi d’autres de la discorde qui les oppose sous les yeux d’Eleanor, tante du premier et sœur du second, vieille fille dépassée par les événements, mais témoin privilégié pour donner un autre point de vue sur la situation.

Alfred est un professeur de grec à l’université, tendance rigide et arc-bouté sur des principes. Il mène une existence austère, entièrement dévouée à son travail. Pour lui, « un bon fils est un fils qui sait la grammaire grecque ». Or, Jeremy en a plus qu’assez de travailler ses versions et ses thèmes. Il a dix-sept ans et il rêve de musique. Depuis qu’il a découvert le jazz, Jeremy a cette musique « dans le sang ». Alors que pour son père, « jouer ou écouter du jazz avait quelque chose de déshonorant, un peu comme la masturbation ». Il la considère comme une « musique discordante, monotone et populaire », « une voie de perdition ».

Eltonsbrody, Edgar Mittelholzer (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans Editions du Typhon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Eltonsbrody, février 2019, trad. anglais (Guyana) Benjamin Kuntzer, 250 pages, 20 € . Ecrivain(s): Edgar Mittelholzer Edition: Editions du Typhon

 

Eltonsbrody est le nom d’une maison – une grande maison située à l’écart de tout et de tous sur l’île de la Barbade, dans les Caraïbes.

« Staden, où se dresse Eltonsbrody, considéré comme une “colline”, est en réalité une sorte de plateau dont le sommet relativement égal plonge en ondulations délicates vers le sud et l’ouest. Côté mer, il s’effondre plutôt abruptement en saillies et escarpements déserts (…). Eltonsbrody (…) était une bâtisse de deux étages, aux murs de calcaire gris décrépits. Elle avait été érigée, à en croire la date gravée au-dessus de la porte d’entrée, en 1887. En dépit de son isolement au cœur de vastes étendues cernées de rares champs de canne côté terre, et de la descente escarpée côté mer, Eltonsbrody, telle que je l’avais vue pour la première fois en ce jeudi saint de l’année 1958, ne paraissait pas menaçante ».

Billy le menteur, Keith Waterhouse (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 12 Mars 2019. , dans Editions du Typhon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Billy le menteur (Billy Liar, 1959), janvier 2019, trad. anglais (Angleterre) Jacqueline Le Begnec, 242 pages, 17 € . Ecrivain(s): Keith Waterhouse Edition: Editions du Typhon

 

Le problème, quand on ment, c’est qu’il faut avoir de la mémoire. Il faut se rappeler à qui on a raconté une histoire à coucher dehors. Par exemple, à qui on a fait croire que sa sœur est à l’hôpital, gravement malade, alors qu’on n’a pas de sœur. Ou bien à qui on a dit que son père était officier de la marine et à qui d’autre qu’il était cordonnier. Les mensonges peuvent embellir la vie. Ils peuvent par exemple servir de munitions pour se faire valoir auprès des jeunes femmes. Mais quand on les additionne, ils peuvent aussi compliquer l’existence et obliger à gérer des situations de plus en plus périlleuses.

Quelques années après la deuxième guerre, dans une petite ville du nord de l’Angleterre. Billy Fisher n’est plus un enfant, mais pas encore tout à fait un adulte. Il a un travail, mais habite encore chez ses parents – et avec sa grand-mère – qui ont toujours le droit de lui interdire de sortir. C’est un peu un « Tanguy » des temps anciens. Billy a des ambitions qui pourraient être qualifiées de mesurées. D’un autre point de vue, on peut dire qu’il prend le temps de vivre.

Billy le menteur, Keith Waterhouse (par Fedwa Bouzit)

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Jeudi, 07 Mars 2019. , dans Editions du Typhon, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Billy le menteur, Keith Waterhouse, janvier 2019, trad. anglais Jacqueline Le Begnec, 239 pages, 17 €

 

Billy le menteur de Keith Waterhouse m’a réellement surprise. Le titre simplet pourrait laisser suggérer une histoire banale, voire un roman jeunesse. Mais dès les premières pages, on se rend compte qu’il s’agit en fait d’un récit sombre, servi d’un humour désespéré et drôlement addictif. Publié d’abord en 1960, Billy le menteur est un roman culte au Royaume-Uni. La plume de Keith Waterhouse s’inscrit dans une vague littéraire des années cinquante apparue dans le nord du pays, et que la critique avait désignée de « jeunes hommes en colère ».

On a bien l’impression d’avoir affaire à un jeune homme en colère avec Billy Fisher, le personnage principal. Mais on ne saurait le réduire à cette couche primaire, qui n’est probablement que le symptôme d’un malaise plus complexe. Billy Fisher habite la ville fictive de Stradhoughton, dans le Yorkshire. Au seuil de l’âge adulte, il habite chez ses parents avec lesquels il se chamaille tous les jours, il travaille dans une compagnie des pompes funèbres où il passe le plus clair de son temps à composer des poèmes satiriques, et en fin de journée il courtise des femmes qui toutes l’irritent d’une façon ou d’une autre : Barbara avec ses manières prudes et sa manie de manger des oranges à longueur de journée, Rita avec son langage ordurier et Liz avec ses vêtements froissés et poussiéreux.