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Métailié

 

Les Éditions Métailié ont été fondées en 1979, avec un capital permettant de financer la fabrication de trois livres. Les dix premières années ont été pour Anne Marie Métailié, sa fondatrice, des années de formation sur le tas et de construction des structures d'un catalogue qui, d'abord orienté vers les sciences sociales avec les collections Traversées, dirigée par Pascal Dibie, et Leçons de Choses, dirigée par Michael Pollak et Luc Boltanski, s'est tourné progressivement vers la littérature étrangère avec pour commencer le Brésil, Machado de Assis et Carlos Drummond de Andrade, et le Portugal avec Antonio Lobo Antunes, José Saramago et Lídia Jorge.

Au terme de ces années d'apprentissage, l'entrée de la maison dans le système de diffusion du Seuil et la publication d'un inconnu dont le bouche à oreille fera un best-seller - Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour - créent les conditions d'une meilleure présence en librairie et une stabilisation de la maison qui lui permet de s'ouvrir à de nouvelles découvertes et de nouveaux paris.

 

Deux petites filles, Cristina Fallarás

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Espagne

Deux petites filles (Las niñas perdidas, 2011), traduit de l’espagnol par René Solis, 216 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cristina Fallarás Edition: Métailié

 

Deux petites filles de moins de cinq ans ont été enlevées dans Barcelone. Inutile de les chercher car l’on sait déjà que l’on ne peut plus rien pour elles : l’une retrouvée morte, l’autre dont une vidéo témoigne du peu d’espoir qu’elle soit encore en vie. Les circonstances ont été telles que c’est sans doute beaucoup mieux pour elles. La journaliste et détective privée Víctoria González, elle-même enceinte jusqu’au cou, a été payée pour enquêter sur ce crime monstrueux qui révulse les plus endurcis des enquêteurs.

La Fallarás (comme elle se désigne elle-même sur twitter) nous entraîne dans la part la plus sombre et obscure de Barcelone, plus noire que le noir, à la rencontre de ceux qui survivent malgré le mal, ou peut-être par le mal. Un univers où personne n’est blanc, absolument personne. Où ne semblent survivre que celles et ceux qui ont plongé au plus profond, au risque de s’y noyer et de n’en jamais revenir. Dans ce monde-là, les idéaux n’ont guère de place car la réalité les a déchiquetés et éparpillés en mille morceaux, il y a bien longtemps. Qu’il s’agisse d’idéaux d’amour, de famille, de justice… aucun n’a résisté.

L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, Luis Sepulveda

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 22 Octobre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles

L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, avril 2015, 133 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

L’Ouzbek muet constitue le titre de l’une des nouvelles de cet opus avec, comme dans les autres histoires clandestines qui le composent, pour toile de fond les années 1960 où la politique occupait une place prépondérante, au Chili et dans les pays environnants, où la jeunesse partageait « le beau rêve/d’être jeunes sans en demander la permission » (dédicace de la première nouvelle de ce recueil, Le soldat Tchapaïev à Santiago du Chili). Une jeunesse militante – camarades des Jeunesses Communistes du Chili, de la Fédération des Jeunes Socialistes – en lutte dans une révolution ardente contre l’impérialisme américain, la montée du libéralisme capitaliste.

Originaire du Chili, Luis Sepύlveda connaît le décor de ces histoires émouvantes qu’il met en intrigue, et le charme de ce recueil tient à ce que l’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour, de Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, de La Folie de Pinochet, entre autres, nous rapporte ici des récits de vie teintés parfois d’une drôlerie décalée par rapport à la gravité et l’extrême dangerosité des faits, avec une tendresse délicate et touchante. Récits de vie rapportés par l’intermédiaire de témoins, par le truchement de témoignages oraux, retranscrits souvent près d’un demi-siècle plus tard.

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 19 Octobre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, La rentrée littéraire

Opération Napoléon, octobre 2015, 350 pages, 20 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Indridason invente l’Histoire. 1945. Un avion est pris dans une tempête. Crash. Le glacier islandais imprononçable Vatnajökull ensevelit l’engin. Et nous voici en 1999. Au miracle climatique, l’avion ressort le bout du cockpit. Les Américains qui voient tout désormais le repèrent sur leurs écrans de contrôle sophistiqué. Une section est envoyée sur place au mépris des autorités islandaises suffisamment colonisées. Des secouristes locaux, testant des snow-mobiles dernier cri, découvrent des soldats US et leur campement autour de l’épave. C’est parti. Que contenait cet avion allemand ? Des américains, des allemands, de l’or refondu en lingots, de la drogue, des documents secrets ? Un peu de tout ça et rien de tout ça. L’intrigue est campée, glaciale.

Ce livre est dangereux. Il pourrait donner du grain à moudre aux véhémentes victimes des pseudo-théories du complot. On y croit, on s’y croit, on y est. Parano. Indridason ficèle cette histoire de toutes pièces. Or, rien d’historique. Tout est imaginé. Et ça tient la route comme dans l’histoire officielle, genre les dossiers de l’écran désormais archives sur INA.fr.

Tout ce qui m’est arrivé après ma mort, Ricardo Adolfo

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 12 Octobre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman

. Ecrivain(s): Ricardo Adolfo Edition: Métailié

 

Tout ce qui m’est arrivé après ma mort est une farce sur l’exil, aussi drôle que pathétique, dérangeante aussi, car l’auteur brouille un peu les pistes, ce qui lui permet de montrer comment chacun de nous, quel qu’il soit, bien installé dans sa peau de lecteur-voyeur-ricaneur, pourrait lui aussi un jour basculer et devenir le clown de sa propre histoire. Car à vrai dire notre identité, notre assurance, nos certitudes, ne tiennent qu’à un fil et si ce fil est coupé, quand tous les repères disparaissent, que l’on ne comprend plus personne et que personne ne nous comprend, et que l’on devient quantité négligeable, un immigré donc, une statistique, une ombre, alors on peut se perdre très facilement. Se perdre dans une ville étrangère et surtout se sentir étranger à soi-même. Un exil plus pernicieux encore.

Brito est un personnage clownesque. Doublement perdu avec son épouse et son tout petit garçon, dans une ville sur l’île, et on devinera au bout d’un moment qu’il s’agit de l’Angleterre, et loin du pays, qu’on sait être le Portugal, où Brito était postier.

Scipion, Pablo Casacuberta (2ème article)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 17 Septembre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Scipion (Escipión), janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 264 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

Ne vous fiez pas à la couverture qui pourrait laisser supposer un roman noir. S’il y a bien de la noirceur dans ce Scipion, ce n’est pas celle propre au genre. Scipion, c’est l’histoire d’un fils qui s’est toujours senti rejeté, presque méprisé par un père encensé, lui, par les milieux intellectuels. Un père auquel il s’est opposé, auquel il a tenté d’échapper mais qui va irrésistiblement l’attirer à lui par-delà la mort. Un fils que son père historien, admiré pour son œuvre concernant la Rome antique, a prénommé Aníbal ! Aníbal, en référence directe à ce général qui mena ses éléphants à travers les Alpes. Un père prestigieux, honoré, reconnu, le Professeur Brener, qui veut faire son fils à son image. Qui attend de lui de grandes choses, mais seulement celles que lui-même attend. Avec un tel père, l’issue est prévisible : opposition, refus, rejet, rupture… Voilà plusieurs mois que le père est décédé. C’est par hasard que le fils l’a su, et il n’a accès à rien sur l’héritage, uniquement géré par sa sœur. Jusqu’au jour où… la maison paternelle où on lui concède un bref accès… trois boîtes comme seul héritage… un livre incontournable… et une note manuscrite, adressée du père au fils… et le monde d’Aníbal bascule.