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Anthologie de la littérature grecque, de Troie à Byzance (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 01 Décembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Bassin méditerranéen, Folio (Gallimard)

Anthologie de la littérature grecque, Gallimard Coll. Folio classique, octobre 2020, édition Laurence Plazenet, trad. grec ancien, Emmanuèle Blanc, 944 pages, 12,30 €

C’est précisé ci-dessous (si ! si ! allez-y voir !) : le rédacteur de ces lignes porte tatoués sur l’avant-bras droit les deux premiers mots de l’Iliade en grec. Est-il pour autant un distingué helléniste ? Que nenni ! D’abord, il serait douteux que Jacqueline de Romilly ou Jean-Pierre Vernant aient porté semblable ornementation ; ensuite, il s’agit d’un simple proclamation de foi, tant dans la puissance de ces mots spécifiques que dans l’appartenance à un héritage culturel – qui ne signifie en rien l’exclusion d’autres héritages culturels, merci de ne pas tout confondre et voir des opinions fâcheuses là où il n’y en a pas.

Pourquoi la Grèce ?, demandait Jacqueline de Romilly, et elle répondit à cette question dans un bel essai éponyme – dont il serait malséant de plagier les plus belles pages. La bienséance recommande juste l’honnêteté : parce que c’est de là que tout vient pour un vaste pan de la culture occidentale (réponse intellectuelle), parce que c’est de là que proviennent les plus belles histoires pour dire l’Homme (réponse sensitive). Ou du moins c’est là qu’elles ont été mises en forme, en mots, de la plus belle façon qui soit.

L’Art d’aimer, Erich Fromm (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 08 Septembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Art d’aimer, Erich Fromm, Belfond/Pocket, 2016, trad. anglais (USA) Jean-Louis Laroche, François Tcheng, 192 pages, 6,50 €

 

La pandémie en cours aura des conséquences économiques et sanitaires formidables, dont l’ampleur est à peine mesurable – combien de pauvres en plus, combien de morts encore, des quantités statistiques qui sont autant de vies humaines perdues. Elle a une autre conséquence, à tout le moins aussi formidable mais moins évoquée : l’éloignement humain, le manque de contacts physiques devient la norme sanitaire. Confinement, gestes-barrières, masques empêchant la communication non verbale, tout cela nous isole encore plus, tout cela nous dissocie comme définitivement de l’Autre, au seul profit des industries technologique (le « réseau social » et la visio-conférence comme palliatifs acceptés aux contacts physiques, et la consommation comme seul mode existentiel) et pharmaceutique (il serait intéressant de prendre connaissance des chiffres de la consommation d’anti-dépresseurs depuis mars 2020). Ainsi, combien de fois avons-nous entendu ou lu ces mots terribles : « Je me sens encore plus seul qu’avant », « Je n’ai plus touché qui que ce soit depuis des mois », voire « Le confinement a donné une raison officielle à ce que je vivais déjà » ?

Aladin et Sindbad chez Libretto (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 01 Septembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Roman d’Aladin, Phébus/Libretto, 2002, trad. arabe, René R. Khawam, 222 pages, 8,70 €

Les Aventures de Sindbad le Marin, Phébus/Libretto, 2001, trad. arabe, René R. Khawam, 256 pages, 9,50 €

 

Nous avons été dupés, dans notre grande majorité, et nous dupons de même nos enfants et nos petits-enfants. Cette duperie a pris et prend pourtant place à un moment de grande intimité, de grande confiance, celui de l’histoire avant d’aller au dodo. Que de versions avons-nous subies et faisons-nous subir, d’autant que l’industrie éditoriale s’en est mêlée (ah ! l’invention de la littérature enfantine !…) après que Walt Disney a déjà fait des ravages, de contes édulcorés, remaniés, arrangés à une sauce censément destinée à plaire aux enfants du XXIe siècle. Notre seule excuse est que ce n’est pas nous qui avons commencé, Perrault l’emperruqué poudré avait déjà commis quelques remaniements à destination de la Cour de Louis XIV, car il fallait plaire, et lorsqu’on veut plaire, on ment.

Le Fond du port, Joseph Mitchell, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 21 Décembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Le Fond du port, Joseph Mitchell, Editions du Sous-Sol, octobre 2017, trad. américain Lazare Bitoun, 256 pages, 22 €

 

Joseph Mitchell (1908-1996) est un auteur américain, plus précisément un journaliste pour le New Yorker de 1938 à son décès, après avoir écrit pour diverses publications new-yorkaises à partir de 1929. Joseph Mitchell est une légende, et des « blurbs » en quatrième de couverture annoncent la dévotion de Martin Amis (« Voilà ce qu’aurait pu écrire Borges s’il avait été originaire de New York ») et Janet Malcolm, collaboratrice aussi du New Yorker (« Les autres livres de Joseph Mitchell – Le Merveilleux Saloon de McSorley, Old Mr. Flood, Le Secret de Joe Gould – sont superbes, mais ils sont au Fond du port ce que Tom Sawyer et Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur sont à Huckleberry Finn »). C’est peu dire qu’on sourit d’aise à l’avance en ouvrant Le Fond du port, recueil d’articles publié en 1959.

Le Maître de Ballantrae, Robert Louis Stevenson, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 12 Décembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Le Maître de Ballantrae, Robert Louis Stevenson, Gallimard/Folio, juin 2000, trad. anglais Alain Jumeau, 368 pages, 7,20 €

 

Un topos facile : dans l’œuvre de Robert Louis Stevenson (1850-1894) éclate une fascination certaine pour le mal, pour la part sombre de l’âme humaine, et voilà que s’embraye une lecture psychologisante s’appuyant sur la biographie de l’auteur, à toute fin utile, et voilà qu’un thésard s’en tire avec les honneurs, et voilà qu’un éditeur peut participer à la déforestation et encombrer les librairies. Certes, tout cela est bien beau, mais c’est faux.

Stevenson n’éprouve pas de fascination pour le mal ; il montre un homme complexe qui peine à s’avouer ses zones d’ombre, et il refuse de l’en juger. Car au fond, qu’est Mister Hyde si ce n’est un Docteur Jekyll sans surmoi, puisque tout lecteur attentif de la nouvelle les concernant aura constaté que le second possède en fait des caractéristiques (a)morales présentes chez le premier, mais décuplées, mais centuplées, et dépourvues de tout vernis de bienséance ?