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Articles taggés avec: Smal Didier

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis, Emily Dickinson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Poésie, USA, Points

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis – Éditions bilingue, Emily Dickinson, présenté et traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Reumaux D’équainville, février 2022, 304 pages, 9,90 € Edition: Points

 

Autant y aller dans la joie et la bonne humeur : la traduction de Reumaux, assortie en fin de volume de « notules » (vous reprendrez bien un peu de thé, ma chère, et prout ?), est agaçante au possible. À une langue souple et directe, il oppose les rigueurs d’un français existant dans son seul esprit : il fait partie de ces traducteurs immodestes qui se veulent plus poètes que l’auteur qu’ils traduisent. Donc, Reumaux massacre – et ce n’est pas grave, de toute évidence, puisqu’on l’a laissé en remettre une couche avec Dylan Thomas (le mec qui est parvenu à traduire Do not go gentle into that good night par Ne saute pas à pieds joints dans cette bonne nuit mériterait qu’on l’interdise de traduction – mais bon, sachant que c’est Josée Kamoun, la responsable de l’illisible « nouvelle traduction » de 1984 qui a pondu un Dictionnaire amoureux de la traduction, le règne des faussaires est loin de son terme), et que tout le monde y a trouvé son compte – il faut croire que personne ne lit ce qu’il fait avant de publier, il doit avoir des potes…

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 15 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Russie

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko, traduit du russe par Denis E. Savine, L’Atalante, octobre 2019, 528 pages, 26,50 €


C’est par un désir politique et une insatiable curiosité pour l’Autre via la culture qu’on décide de s’intéresser à la littérature ukrainienne, autant l’admettre plus que volontiers, et c’est par goût pour la science-fiction qu’on se retrouve avec Vita Nostra en mains. Et puis tout explose, et puis on perd tous les repères, et puis on se demande, une fois le livre refermé, si l’on vient de lire un roman ou si l’on vient de vivre une expérience existentielle absolue, une incitation à purifier son esprit tout en l’autorisant à toute volte, tout en l’incitant à toute aventure, tout en lui recommandant d’oublier tout ce qu’il sait, de tout désapprendre pour enfin prendre son envol en tant que lui-même.

Pourtant, des livres qui secouent les neurones, on en a connu, et pas uniquement du côté de la science-fiction – souvenir d’avoir, durant la lecture de La Maison des feuilles de Danielewski, fait des rêves étranges et troublants au possible, où l’esprit se perdait dans des espaces eschériens. Mais Vita Nostra semble juste en total décalage.

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Le Livre de Poche

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Marina Boraso, Le livre de poche . Ecrivain(s): Anthony Doerr Edition: Le Livre de Poche

Si toute littérature est fantasmatique, si toute littérature est invention en rapport avec un manque ou un désir, alors le troisième roman d’Anthony Doerr (on laisse de côté des récits brefs bien que non négligeables) est un objet littéraire d’une eau rare, comme on parle d’un diamant, puisqu’il naît d’un fantasme autour d’un livre dont ne nous est parvenu qu’un écho, restreint et frustrant : Les Merveilles d’au-delà de Thulé, d’Antoine Diogène. Un résumé par Photius byzantin, un érudit du IXe siècle, et c’est tout – et peut donc s’enclencher la machine fantasmatique de Doerr, qui fait revivre cette œuvre perdue mais redécouverte « grâce à un scanner à balayage électronique » qui a permis de visualiser les « fragments du texte d’origine » copié sur un petit codex bien endommagé : « les ravages de l’humidité, les moisissures et le passage du temps s’étaient ligués pour agréger ses pages en un bloc illisible » - qui ne rêverait de semblable découverte ?

Il fait revivre le texte d’Antoine Diogène dans la structure même de son roman, divisé en vingt-quatre chapitres pour autant de livres dans l’œuvre du deuxième siècle de notre ère (croit-on…), chacun de ces chapitres s’ouvrant sur un extrait de la traduction de cette œuvre par Zenos Ninis, l’un des personnages du roman de Doerr.

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Robert Laffont

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Fabien Le Roy, Robert Laffont/Ailleurs & Demain, 455 pages, mars 2025, 22 € Edition: Robert Laffont


En bon français, La Mort de l’auteur est un chef-d’œuvre – autant annoncer la couleur en ouverture de critique, ça évite les malentendus. Chef-d’œuvre littéraire, avec un procédé narratif d’une simplicité absolue, que d’aucuns trouveront convenu au possible (on y revient plus loin), mais qui permet de donner au roman tout son sens, éblouissant, après avoir fait vivre des personnages, même ceux qui ne sont pas vivants au sens propre, durant quatre cents pages et plus – et ainsi donner au lecteur le regret d’une dernière page qui, bien que dénuée de tout tragique (le titre du roman est à prendre au sens humain, au sens de la fin d’une part de soi qui laisse la place à une autre part), exclut d’une vie, celle du personnage principal, complexe et à l’âme profonde, que le lecteur a appris à aimer. Mais chef-d’œuvre aussi au sens artisanal, puisque l’autrice, l’Américano-Nigériane Nnedi Okorafor, siglée science-fiction (ce genre qui « aborde la différence, permet de voir davantage, d’examiner la nature humaine et d’inventer demain »). et fantasy, affirme en interview avoir porté en elle le présent roman trente années durant – c’est-à-dire plus longtemps qu’a duré sa carrière littéraire, c’est-à-dire depuis qu’elle a vingt ans. C’est dire si elle l’a mentalement ciselé, peaufiné, fait grandir – jusqu’au moment de l’offrir au monde.

La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages/noir, Contes, USA

La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabienne Duvigneau, Rivages/Noir, mars 2019, 256 pages, 18 €

 

Parfois il est bon, peut-être en hommage à feu Maurice Dantec, cet homme qui sut déchirer le réel d’une plume majestueusement folle, de plonger loin, au plus profond, aux racines du mal. Étouffer quasi peut-être, craindre les paliers de décompression, mais y survivre afin de lire un texte fondateur. Ce choix correspond à celui de lire La Loterie de Shirley Jackson, cette nouvelle qui, publiée par le New Yorker le 26 juin 1948, valut à ce vénérable magazine non seulement un courrier des lecteurs assassin mais en sus une vague de désabonnements. C’est dire le choc que représenta cette brève nouvelle (environ trois mille trois cents mots, longueur Hemingway aurait-on envie de dire) qui débute pourtant sur des mots d’une banalité transcendante : « Le matin du 27 juin était clair et radieux, annonçant la chaleur d’une journée de plein été ; les fleurs s’épanouissaient à profusion et l’herbe était d’un vert luxuriant. »