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A propos de Penser le XXe Siècle de Tony Judt, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 22 Octobre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

Penser le XXe Siècle, Tony Judt (avec la collaboration de Timothy Snyder), Héloïse d’Ormesson, juin 2016, trad. anglais Pierre-Emmanuel Dauzat, 528 pages, 24 €

 

Cher Léon-Marc,

Nous sommes bien d’accord sur une règle rédactionnelle de base, que j’applique d’ailleurs depuis mes premières critiques musicales, il y a plus de vingt ans : une critique ne s’écrit pas à la première personne. Quand bien même elle présente une opinion personnelle, celle-ci doit tendre à une forme d’objectivité par l’emploi des pronoms personnels et s’appuyer sur des éléments concrets puisés dans l’œuvre critiquée. Dans le même ordre d’idée, j’interdis d’ailleurs à mes élèves d’écrire l’infâme « l’auteur nous dit que » : primo, l’auteur ne s’adresse pas à « nous » spécifiquement ; secundo, il ne dit rien, à la limite, il écrit. Bref. Ces prolégomènes sont destinés à attirer votre bienveillance, Léon-Marc, parce que je vais faillir à cette règle dans les largeurs, et que, vous qui avez personnellement connu Tony Judt (1948-2010), ainsi que vous me l’avez fait savoir dans un échange de mails récent, comprendrez bien que lire un livre tel que Penser le XXe Siècle, ce n’est pas juste être confronté à des idées ; c’est, si on a un quelconque fond de sensibilité, voir ses certitudes, son mode même de pensée vaciller ; c’est une expérience personnelle, en somme, et je ne peux pas feindre la neutralité et l’objectivité dans l’évocation de ce livre particulier.

Clochemerle, Gabriel Chevallier

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 10 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Livre de Poche

Clochemerle, 384 pages, 6,30 € . Ecrivain(s): Gabriel Chevallier Edition: Le Livre de Poche

Gabriel Chevallier (1895-1969) est avant tout pour moi l’auteur de La Peur (1930, son second roman), dû à un intérêt particulier pour les récits de la Première Guerre mondiale – et je tiens La Peur pour l’un des plus puissants. Seulement, j’aime aussi la littérature ayant pour cible la bêtise humaine, avec Madame Bovary en plein dans le mille, et Clochemerle (1934) a pour réputation d’en faire partie, et bonne encore.

Confirmation : ce roman est un chef-d’œuvre humoristique, et un vrai. La preuve par l’absurde ? Ce n’est pas un hasard s’il a rencontré du succès aussi en anglais, en espagnol ou en allemand : Chevallier excelle dans la formulation « à chute », ces fins de phrase qui font sourire, autrement dit il pratique un humour qu’on pourrait qualifier d’universel puisqu’il résiste à la traduction.

L’histoire est connue : durant l’été 1923, le petit village de Clochemerle, dans le Beaujolais, est mis sens dessus dessous suite à une décision du maire, Barthélémy Piéchut : installer une pissotière à l’entrée d’une impasse juste à côté de l’église… De cette décision liée à des ambitions politiques (ah ! le progressisme comme religion politique !…) découleront toute une série d’événements rocambolesques dont l’apogée sera ni plus ni moins que l’envoi de la troupe pour y mettre bon ordre… à ceci près que la présence de celle-ci mènera à un surcroît de violence…

Brève Histoire de Sept Meurtres, Marlon James

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 08 Octobre 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Amérique Latine, Les Livres, Albin Michel, Roman

Brève Histoire de Sept Meurtres, août 2016, trad. anglais (Jamaïque) Valérie Malfoy, 864 p. 25 € . Ecrivain(s): Marlon James Edition: Albin Michel

 

 

Dire qu’on aime le reggae est parfois problématique ; des sourires en coin naissent, des clichés surgissent, faits de bandes vertes, jaunes et rouges, de cigarettes améliorées, d’une certaine indolence. Le mieux est de hausser les épaules et ne pas tenter d’expliquer que cette musique est bien plus complexe qu’un quelconque ramassis de clichés, et qu’on peut écouter Bob Marley sans nécessairement prononcer son prénom de façon alanguie, la bouche pâteuse, mettre de côté les paroles de ses chansons ou omettre qu’il est l’arbre qui cache une forêt sinueuse au possible. Le reggae n’est pas une musique de fumeurs de joints, c’est une musique fine et intelligente qui, à l’image de la soul par exemple, reflète aussi des réalités sociales parfois terribles, surtout dans sa composante roots, durant la seconde moitié des années soixante-dix (pour simplifier à outrance). On se retrouve ainsi à danser sur des chansons telles que Peace & Love In The Ghetto, de Johnny Clarke, ou Tribal War, de George Nooks. La première de ces deux chansons dit ceci entre autres :

6 Moments Musicaux, Hoffmann et al.

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 30 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Arts, Les Livres, Folio (Gallimard)

6 Moments Musicaux, Hoffmann et al., janvier 2016, 240 pages, 7,10 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Tout l’art de l’anthologie réside en deux points essentiels : choisir un thème probant et choisir les œuvres idéales pour aborder ce thème, ou du moins les bons extraits. A ce compte, les 6 Moments Musicaux proposés par Sylvain Ledda dans la collection FolioPlus Classiques remportent pour l’essentiel les suffrages du lecteur.

La thématique est plus qu’intéressante : l’écriture de la musique, en particulier par les auteurs romantiques, représentés par cinq d’entre eux : Hoffmann, Janin, Balzac, Berlioz et Sand. Cela donne des pages oscillant entre le fantastique (la nouvelle signée Hoffmann, Le Chevalier Gluck, est exemplaire à ce titre, ainsi que celle signée Sand, bien qu’elle soit tardive – 1873) et l’émerveillement, ainsi que des tentatives éblouissantes de mettre la musique en mots – avant tout dans la nouvelle qui sert de pièce de résistance à cette anthologie, Gambara (1837) d’Honoré de Balzac, où l’auteur rend au passage hommage au génie de Beethoven.

Terre, David Brin

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 21 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Science-fiction, USA

Terre, éd. Milady, janvier 2016, trad. anglais (USA) Michel Demuth, revu et corrigé par Tom Clegg, 920 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): David Brin

 

Lire de la science-fiction dans sa variante anticipation proche, quand on s’intéresse à l’histoire du genre, revient dans les faits et la plupart du temps à lire des uchronies : l’an 2000 dans la science-fiction des années cinquante ou soixante est ainsi plutôt éloigné de ce que l’on a pu vivre ou vit encore aujourd’hui. Mais ça fait partie des charmes du genre, et tant pis si en 2001 aucune mission spatiale n’est partie à la rencontre d’un parallélépipède noir absorbant la lumière du côté de Jupiter… Donc, on (déc)ouvre Terre, le septième roman de l’auteur et scientifique américain David Brin (1950), publié en 1990, avec une relative appréhension : sa vision de 2038 est-elle encore plausible aujourd’hui, le lecteur ne risque-t-il pas de se lasser de l’histoire parce que les innovations proposées lui semblent tout à fait erronées voire dépassées (ou tellement farfelues qu’elles feraient rire aux éclats – ça arrive, et nous tairons les titres par charité) ? Globalement, la réponse est négative, tout reste plausible dans ce roman, malgré quelques exagérations que l’auteur lui-même revendique dans une postface intelligente ; ainsi, la montée du niveau des mers due au réchauffement climatique a été amplement exagérée – mais cela sert le propos narratif, nous y reviendrons.