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Fureur divine Une histoire du génie, Darrin M. McMahon

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 16 Mai 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, USA, Fayard

Fureur divine Une histoire du génie, trad. l’anglais (USA) Christophe Jaquet, 384 pages, 24 € . Ecrivain(s): Darrin M. McMahon Edition: Fayard

 

Nous vivons une époque géniale, où les génies se croisent au détour de la moindre page d’un magazine culturel, du moindre programme télévisé – cinéastes, acteurs, chanteurs, écrivains, sportifs, tous semblent s’être donné le mot pour nous abreuver de génie. Jusqu’à plus soif ou jusqu’à la nausée, au choix. L’esprit critique peut à tout le moins se montrer dubitatif face à cet assaut de génialité : il écoute, il voit, il lit, et se demande si tout cela est bien raisonnable.

C’est à ce stade de la réflexion qu’arrive à point l’essai de Darrin M. McMahon, historien américain spécialiste du XVIIIe siècle et déjà auteur d’un Happiness : A History (2006), dont la renommée anglo-saxonne appelle une traduction, surtout s’il est du même tonneau que le présent Fureur Divine. Une Histoire du Génie (2013, première publication en anglais), cet essai appartenant au genre peu couru en francophonie de l’histoire des idées. C’est-à-dire que l’essai de McMahon n’analyse pas une idée dans une époque donnée, mais en montre l’évolution au fil des siècles – en l’occurrence, de l’Antiquité grecque à l’époque actuelle, en sept chapitres d’une clarté limpide. Cet historique permet de comprendre comment ce mot, « génie », a pu passer de l’évocation du plus rare à celle du plus commun.

Petite Philosophie de l’Amour, Alain de Botton

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 06 Avril 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, J'ai lu (Flammarion)

Petite Philosophie de l’Amour, trad. anglais Raymond Las Vergnas, 318 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Alain de Botton Edition: J'ai lu (Flammarion)

A l’heure des réseaux sociaux, il est réjouissant de relire la Petite Philosophie de l’Amour (1993), premier roman de l’Anglais Alain de Botton (1969) : c’est comme s’offrir un bain de jouvence moderne dans une romance d’une époque qui semble à la fois tellement proche et tellement éloignée. Proche par certaines de ses préoccupations, par le mode de vie du narrateur et son aimée, Chloé ; éloignée par le temps et la façon dont il s’écoule, par la possibilité encore offerte de ne pas vivre dans l’instantanéité. Un roman serait à écrire sur l’amour au temps des communications fusant dans l’éther à toute vitesse ; ce n’est pas encore le cas pour cette histoire-ci.

Cette histoire-ci est donc narrée par un jeune homme moderne, qui prend l’avion pour se rendre de Paris à Londres et, contre toute probabilité (le calcul est effectué : une chance sur 5840,82), rencontre une jeune femme pour laquelle il a le coup de foudre. De cette rencontre inopinée naît une romance, racontée à la première personne en vingt-quatre chapitres aux titres programmatiques, puisque l’on va « Du Fatalisme Romantique » aux « Leçons de l’Amour » en passant par « De l’Authenticité », « Du Marxisme » (Groucho, pas Karl) ou encore « De la Peur du Bonheur ». Comme le montre l’intitulé de ces chapitres, cette romance est l’occasion pour Alain de Botton de poser quelques réflexions sur l’amour, sur le couple, sur l’attachement que l’on éprouve envers autrui.

Tais-toi, je t’en prie, Raymond Carver

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 17 Mars 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Points

Tais-toi, je t’en prie, trad. anglais (USA) François Lasquin, 336 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: Points

 

Pourquoi lit-on les nouvelles de Raymond Carver (1938-1988) ? Pourquoi lit-on, ses poèmes ? Peut-être pour une raison très simple : comme le chante Gérard Manset nous avons des vies monotones, et celles que raconte Carver leur ressemblent par cette vertu de l’éclat soudain, de l’impression, occasionnelle mais prégnante, d’une faille dans l’univers dans laquelle s’engouffre un mal-être qui prend à la gorge, un peu comme ce que ressent Al, le père au bord du gouffre de la nouvelle Jerry et Molly et Sam : « Il lui semblait que l’univers entier s’écroulait autour de lui. Pendant qu’il se rasait, il s’immobilisa, le rasoir suspendu dans l’air, et fixa son image dans la glace. Son visage était pâteux, informe. Il suait l’immoralité. Il reposa son rasoir. Cette fois, je me suis planté pour de bon. J’ai commis la plus grave erreur de ma vie. Il saisit le rasoir, le plaça contre sa gorge et acheva de se raser ».

La Vie de Jésus à travers les Poètes, Françoise Claustres

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 02 Mars 2017. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres

La Vie de Jésus à travers les Poètes, éd. Artège, mai 2016, 128 pages, 11,90 € . Ecrivain(s): Françoise Claustres

 

L’initiative est louable : regrouper des poèmes et extraits de poèmes ayant trait à la vie du Christ. Tant pour le chrétien que pour l’amateur de poésie, ou pour qui serait les deux à la fois, ce volume présente un intérêt indéniable, d’autant que l’auteur de l’anthologie, Françoise Claustres, a déjà publié quelques volumes traitant du rapport entre littérature et Bible. Très bien.

Malheureusement, si cette anthologie présente un intérêt pour les curieux, elle présente deux défauts plutôt gênants. Le premier n’est en rien dû à l’anthologiste, qui a effectué un véritable travail de bénédictin (c’est le cas de le dire) : les grands noms (Claudel, Hugo, Saint-Pol-Roux ou Vigny) côtoient des poètes peu connus, certains perdus même dans les limbes du temps (Jean Meschinot ou Anne des Marquets) ; la recherche a été complète et dénote une vaste connaissance poétique de la part de Françoise Claustres. La plupart des grands épisodes de la vie du Christ, classés dans l’ordre chronologique, sont ainsi illustrés par un poème, celui-ci étant précédé d’une notice présentant l’auteur du poème et l’épisode en question.

A propos de "Le Dernier qui s’en va éteint la lumière", Paul Jorion, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 11 Février 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Le Dernier qui s’en va éteint la lumière, Paul Jorion, Fayard, mars 2016, 288 pages, 19 €

 

 

Paul Jorion (1946) a touché un peu à tout ce qui a fait avancer la connaissance de l’homme et sur l’homme durant les dernières décennies : sociologie, psychologie, intelligence artificielle, finance (il fut le premier à annoncer la crise des subprimes), et aujourd’hui qu’il a soixante-dix ans, il livre une réflexion ultime – bien qu’évidemment il soit tout à fait le bienvenu pour continuer son œuvre, forte déjà d’une vingtaine d’ouvrages et d’une pléthore d’articles, sur tous les sujets évoqués ci-dessus – ; cette réflexion ultime a un titre à la douce ironie, une recommandation presque délicate : Le Dernier qui s’en va éteint la lumière. On croirait presque la tendre parole d’une institutrice au moment de quitter la classe… A ceci près que, à en croire Jorion, dans deux ou trois générations, il n’y aura plus classe, ni institutrice – ni même d’enfants, d’ailleurs. Car c’est bien ce qu’annonce cet essai aussi bref que percutant : l’extinction prochaine de l’espèce humaine.