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Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 01 Septembre 2016. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

Un paquebot dans les arbres, août 2016, 271 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Valentine Goby Edition: Actes Sud

 

Le titre du roman peut prêter à confusion, ce n’est pourtant pas d’une allusion à un tableau de Magritte dont il est question dans le récit. Le mot « paquebot », Valentine Goby nous l’apprend, a désigné dans les années cinquante les sanatoriums, en raison de la similitude de leur architecture d’avec celle des paquebots.

Nous sommes dans les années cinquante, au cœur de ces Trente Glorieuses, perçues par beaucoup de nos contemporains comme l’âge d’or de l’après-guerre. Paul Blanc et son épouse Odile tiennent un café dans une localité de la région parisienne, La Roche-Guyon, Le Balto. Il y fait bon vivre, on y organise des réunions, des repas arrosés, des concerts d’harmonica assurés par Paul, dit Paulot, qui apporte à son auditoire captif un peu de bonheur, de joie de vivre, de chaleur humaine. Ils ont trois enfants, Jacques, Annie, Mathilde. Elle est la dernière, se sent un peu illégitime car elle a su que sa venue n’était pas autant désirée que celle de ses frère et sœur.

Faire Charlemagne, Patrice Delbourg

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 29 Août 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Le Cherche-Midi

Faire Charlemagne, août 2016, 252 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Patrice Delbourg Edition: Le Cherche-Midi

 

Les adeptes du « littérairement correct » auront très probablement du mal à finir le roman de Patrice Delbourg, Faire Charlemagne, car ce dernier est inspiré de part en part par l’esprit de provocation, par un souffle polémique quasiment incessant. Le personnage principal, Antonin Chapuisat, est Professeur de lettres au lycée Charlemagne, lycée parisien de renom. L’exercice de ce noble métier, le professorat, devrait donc combler Antonin Chapuisat. Il n’en est rien. Cet homme, à l’héritage familial très négatif, est aigri, passéiste, en recherche d’un enthousiasme et d’une énergie perdue : « Cette hantise d’un monde nouveau aux portes de son fief citoyen ne lui avait jamais faussé compagnie, il entretenait ainsi le flambeau familial, sommaire mélange de xénophobie radicale et de soupçon mercantile ». Eprouve-t-il un commencement de proximité avec ses élèves, croit-il pouvoir les toucher, les initier aux beautés de la littérature française et aux classiques du « Grand Siècle » ? Nullement, et c’est un dégoût, une hostilité évidente qu’il ressent à l’égard de cette nouvelle génération qu’il qualifie ainsi :

« Les élèves le regardaient pantois, effondrés sur leurs pupitres, crêtes iroquoises en médrano, petites queues de ragondin dans la nuque, tignasses entièrement amidonnées à la gélatine halal (…) clous dans les joues, pauvres gaziers qui essayaient de rassembler en feux grégeois les derniers télégrammes de détresse émis par leur mémoire sinistrée ».

À la crête des vagues, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, L'Arpenteur (Gallimard), Critiques, Les Livres, Roman

À la crête des vagues, août 2016, 306 pages, 21 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

Lancelot Hamelin, dans son premier roman Le couvre-feu d’octobre, décrivait les destins divergents de deux frères, opposés sur l’attitude à adopter sur le conflit algérien. Dans ce second roman, c’est la question de l’intégration qui est abordée, et plus précisément celle de savoir si les individus, séparés par l’histoire, les mœurs, la religion, les classes sociales peuvent encore emprunter une passerelle pour communiquer ou tenter de faire connaissance. Cette dernière démarche est réussie par Karim, alias JKK. Ce jeune homme vit dans les quartiers nord de Marseille, de trafics de voitures volées, de recels de matériels automobiles qu’il organise avec Zohar, un copain originaire des Comores, et un vieux légionnaire sur le déclin, que tous deux visitent régulièrement pour leurs affaires. Par une chance extraordinaire, il parvient à rencontrer Laurélie, jeune fille fringante, séduisante, bourgeoise bien installée, dont les parents, Charles Mazargue, juge aux idées progressistes, et Thereza, son épouse, fille d’un docker syndicaliste, partagent ces mêmes idéaux.

Tenir tête aux dieux, Mahmoud Hussein

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 05 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Tenir tête aux dieux, avril 2016, 167 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Mahmoud Hussein Edition: Gallimard

 

C’est un texte original et pleinement actuel que nous offre Mahmoud Hussein, pseudonyme qui inclut en réalité deux essayistes, Baghad El Nadi et Adel Rifaat. Le narrateur est un jeune étudiant égyptien. Il est idéaliste, rebelle, généreux, avide de justice et d’équité pour les citoyens de son pays. Pour calmer quelque peu les ardeurs de ces révolutionnaires trop bouillants et excessivement impatients, Nasser décide de les interner au cours d’une grande rafle survenue en 1959, dans le camp de concentration du Fayoum. Le récit du narrateur pourrait ressembler à bien d’autres témoignages du même type, ceux des anciens prisonniers ou victimes de régimes autoritaires ; il ne tombe pas dans ce piège et emprunte une autre voie, beaucoup plus efficace, celle d’une autocritique lucide, celle d’une interrogation sur la nature même de ses engagements moraux. Ainsi le narrateur repense-t-il à un vieux paysan, entrevu avant son incarcération, un être humain symbole de ce qu’il veut combattre : la fatalité, le conservatisme, la résignation : « J’aurais dû lui en vouloir, mais je comprenais son indifférence. Au fond, j’éprouvais la même à son égard. Le monde dont je rêvais pour lui répondait d’abord à mes souhaits à moi. Une Egypte indépendante et fière où chacun serait libre de penser et de faire ce que bon lui semblerait, ce n’était pas son souci ».

Le Destin de Laura U, Susana Fortes

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 02 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Espagne, Roman, Héloïse D'Ormesson

Le Destin de Laura U, traduit de l’espagnol par Nicolas Véron, mai 2016, 202 pages, 20 € . Ecrivain(s): Susana Fortes Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Ce pourrait être le récit d’une saga familiale, dans la tradition la plus convenue du genre : le récit d’une ascension sociale, ou d’une décadence provoquée par la génétique familiale. Il n’en est rien. Dès le début du roman le docteur Ulloa contracte mariage le 25 juillet 1917 conformément au souhait de son père, le comte de Gondomar, seigneur de Salvatierra.

Quelque temps plus tard, le frère aîné du docteur, Jacobo, part avec son épouse pour Cuba, dans le but d’y diriger une plantation que possède la famille Ulloa de Andrade dans la province de Camagüey. À Vilavedra, localité de Galice, dans le nord-ouest de la péninsule ibérique, Juana, domestique, est le témoin direct de la vie familiale des Ulloa.

Et c’est vers une plongée dans des univers passablement inquiétants et pervers que nous entraîne Susana Fortes. Le rôle de la peur, comme moteur de conduite, y est omniprésent ; il dicte maints comportements et attitudes des membres de la famille Ulloa : ainsi, Rafael Ulloa se souvient-il avec douleur, des sentiments que lui inspirait son père :