Identification

Articles taggés avec: Bret Stéphane

Rivière fantôme, Dominique Botha

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 16 Mai 2016. , dans Actes Sud, La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Roman

Rivière fantôme, traduit de l'Afrikaans par Georges Lory avril 2016, 292 pages, 22 € . Ecrivain(s): Dominique Botha Edition: Actes Sud

 

Le roman de Dominique Botha, écrit à la première personne, comporte deux personnages principaux : elle-même, et son frère Paul Botha, un jeune homme désireux d’échapper aux contraintes familiales, qui se sent très tôt rebelle et rétif à toute forme de discipline. Dominique, pour sa part, est plongée dans les affres de la condition féminine et tente de devenir une jeune fille bien éduquée, et à plus long terme une bonne épouse, si l’occasion se présente.

Nous sommes en Afrique du Sud, dans l’Etat libre d’Orange, à la veille de changements importants pour ce pays que le récit de Dominique Botha nous laisse entrevoir. Tout serait d’une présentation on ne peut plus classique et attendue, à cette différence près que leurs parents, Andries Botha et son épouse, militent pour l’égalité entre les Noirs et les Blancs. Ils tentent, à leur échelle, d’instiller de nouveaux rapports entre les diverses ethnies, se rendent dans les magasins tenus par des Noirs ou des Indiens. Dans sa ferme, qu’il dirige d’une main de Maître, Andries Botha respecte ses employés, qu’il se garde de nommer par les termes en vigueur ; il pratique par avance une abolition de l’Apartheid. Pourtant, l’éducation qu’il dispense à ses enfants reste conservatrice, très traditionnelle. Et cela Paul Botha ne le supporte plus, au point de se faire renvoyer de l’université où il a été admis, et de déserter de l’armée, rejointe récemment suite à son renvoi universitaire.

L’Année de la comète, Sergueï Lebedev

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 09 Mai 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Russie, Verdier

L’Année de la comète, traduit du russe par Luba Jurgenson mars 2016, 312 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sergueï Lebedev Edition: Verdier

1986 est une année décisive pour l’histoire : celle de la catastrophe de Tchernobyl qui précéda l’écroulement de l’URSS, comme système politique. L’action du roman de Sergueï Lebedev, L’année de la comète, se déroule cette même année : un jeune narrateur, l’auteur du roman, évoque des histoires familiales, des souvenirs personnels, comme extraits d’un album de photos sépia. L’évocation de ces souvenirs et événements les plus divers ne reste pas anodine très longtemps : ce jeune soviétique ressent le caractère double de sa vie, celle d’un « octobrien », un membre de l’organisation qui regroupait alors les élèves soviétiques de huit à dix ans, et sa vie cachée, intérieure, celle d’un garçon à l’ascendance incertaine « petit-fils et fils de personne ». Toute la vision du monde du narrateur va en être influencée pour le reste de ses jours : « J’étais même horrifié de la rapidité avec laquelle cet état s’emparait de ma conscience, de l’intensité avec laquelle je percevais ma singularité ».

Ce qui va conditionner largement le destin de ce narrateur, c’est l’origine de ses deux grands-mères : grand-mère Tania et grand-mère Mara. Elles concourent toutes deux à son éducation, mais d’une manière fort différente, presque complémentaire eu égard à leurs origines : Mara est la paysanne, descendante de serfs. L’autre, Tania, noble de naissance, accepte la vie nouvelle tout en la rejetant intérieurement. Cette « mésalliance historique » n’est-elle pas le symbole de la Russie contemporaine ? Une difficile jonction du passé tsariste et du présent révolutionnaire ?

La ville haute, Éliane Serdan

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 02 Mai 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Serge Safran éditeur

La ville haute, avril 2016, 153 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Eliane Serdan Edition: Serge Safran éditeur

 

Anna, une fillette arrivée du Liban, éprouve ses premiers mois d’exil en 1956 dans une ville du sud de la France. Elle est en proie au doute, à la douleur de ce pays perdu, tant et si bien qu’elle ne sait que nommer les quartiers inconnus « La ville haute », ces quartiers qu’elle découvre au sommet de la tour de l’horloge, qui domine la ville. Elle ne croit pas aux dires de son père, qui se proclame heureux d’être là, tandis qu’elle-même se languit de « là-bas », ce lieu d’où elle est partie. Elle pense aussi à son cousin, Fabio, resté là-bas, qu’elle affectionne beaucoup. Pourtant, tout bascule lorsque Anna se hasarde à se promener dans des quartiers inconnus et tombe sous le charme d’une place aux ormeaux. Elle entre dans la maison d’un homme par audace ou inconscience ? – cela n’est pas explicité. Cette confrontation impromptue l’entraîne vers des sensations et impressions inédites pour elle : une familiarité éprouvée pour ce lieu, la présence de chaleur et de bien-être : un bonheur insoupçonné. Elle décèle dans le regard de cet homme une peur panique. D’où vient-elle ?

Anna relie cette sensation à une technique musicale : celle de l’accord plaqué sur un clavier de piano. Cet homme, de son côté, n’est pas moins ébranlé : il se nomme Pierre Hervant, vient d’être victime d’un accident du travail dans son entreprise. Il est relieur, familier des livres. Au réveil, après son accident, il croit avoir entendu quelqu’un l’appeler « Yervant ».

Le Voyage de M. de Balzac à Turin, Max Genève

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 22 Mars 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Le Voyage de M. de Balzac à Turin, février 2016, 218 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Max Genève Edition: Serge Safran éditeur

 

Un voyage peut-il être l’occasion d’un répit ? Une séquence d’insouciance ?

On serait tenté spontanément de répondre par l’affirmative, à ceci près que le voyageur décrit par Max Genève dans son récit n’est autre qu’Honoré de Balzac, qui entreprend en juillet 1836 un voyage à Turin, car le duc Guidoboni-Visconti, membre éminent de la noblesse italienne, a proposé à Balzac de le représenter pour une affaire d’héritage. Les circonstances de ce déplacement sont très négatives et périlleuses pour l’écrivain. Il vient de publier Le Lys dans la vallée, mal reçu par la critique, et sort de la faillite retentissante de La Chronique de Paris, organe royaliste chargé de diffuser les idées légitimistes et orléanistes. Le journal est bientôt en dépôt de bilan et Balzac est ravi d’accepter cette proposition, qui lui permet provisoirement d’échapper aux créanciers, à l’épuisement créé par des heures et des heures d’écriture et de consommation de café à haute dose.

Une personne accompagne Balzac dans son déplacement vers le Piémont : il s’agit de Caroline Marbouty, abandonnée par son mari et qui, surtout, a écrit, sur commande de Balzac, dans La Chronique de Paris, une nouvelle, puis une deuxième, sous le pseudonyme de Marcel.

Le mariage de Pavel, Jean-Pierre Milovanoff

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 12 Mars 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

Le mariage de Pavel, octobre 2015, 202 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Milovanoff Edition: Grasset

 

Le mariage de Pavel est un roman sur l’exil : ses motivations d’origine, ses conséquences attendues ou imprévues, ses conditions de survenance, ses traces sur les vies des individus un jour ou l’autre concernés par cet acte. Pavel, personnage principal, est un russe blanc ; il a fui à l’âge de quinze ans sa famille et son pays pour échapper à une mort quasi-certaine, lui le jeune bourgeois issu d’une école militaire tsariste et à ce titre « ennemi de classe ». Après avoir traversé l’Ukraine dévastée par la guerre civile, il parvient à Sébastopol, gagne Constantinople et parvient enfin en France, où il devient ingénieur dans les Cévennes. Il y rencontre deux sœurs, Rénata, institutrice, et Odine, danseuse chorégraphe. Il épouse Renata. Un soir d’été, il décrit à son fils Jean-Pierre ce qu’il a ressenti, vraiment, depuis son départ de Russie. Et c’est toute une série d’impressions, de réflexions, de constats que nous livre Pavel, pour arriver à un état des lieux de l’exil presque complet. Ainsi, il examine les conditions de décision, les circonstances qui déclenchent ce choix :

« On doit faire vite quand on vit sous la menace. Il n’y a pas de place pour les tergiversations. Ni pour les regrets. On s’exile par nécessité, souvent dans l’urgence, quelquefois avec enthousiasme ».