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Blond cendré, Éric Paradisi

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Blond cendré, septembre 2014, 249 pages, 18 € . Ecrivain(s): Éric Paradisi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Le roman d’Eric Paradisi met en scène deux personnages au temps de l’Italie fasciste : Maurizio est coiffeur dans le ghetto de Rome, Alba est une militante, elle transmet des messages de la Résistance au péril de sa vie. Ils se rencontrent à Rome et tombent amoureux l’un de l’autre. Les autorités allemandes décident la déportation des Juifs italiens, par le biais de rafles organisées à grande échelle. Maurizio est déporté à Auschwitz ; il survit en devenant coiffeur, le barbier de sa baraque. Il se souvient d’Alba, de la couleur de ses cheveux, le blond cendré, dont il a conservé une mèche. Au retour des camps, Maurizio décide d’émigrer vers l’Argentine en 1948, pour tenter de fuir l’Europe, meurtrie par la guerre, n’ayant pas encore mesuré toute la dimension spécifique et unique de la Shoah.

Pourtant, Maurizio s’applique à exercer correctement son métier, ce qu’il parvient excellemment à faire, se constituant une clientèle fidèle qui fait prospérer son salon. Il perpétue l’amour de cette femme, Alba, et repense à ce qu’aurait pu être sa vie avec Alba :

Faux nègres, Thierry Beinstingel

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 26 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Fayard

Faux nègres, août 2014, 424 pages, 20 € . Ecrivain(s): Thierry Beinstingel Edition: Fayard

 

Dans ce roman, Pierre, un journaliste, se rend dans un petit village de l’est de la France. Le but de son reportage : expliquer le score élevé réalisé par l’extrême-droite lors des récentes élections. Pierre arrive sur les lieux, accompagné de son preneur de son, rendu aveugle par un accident quelques années plus tôt. Mais très vite, on comprend que Thierry Beinstingel veut nous faire faire un long détour par nos fausses certitudes, l’usage excessif et répétitif de notre histoire, la décadence de notre vocabulaire, la faiblesse de nos argumentaires dans les débats et discussions publics. Ainsi, Pierre, qui nous indique que son rédacteur en chef lui a transmis une consigne décisive : une seule question, un seul sujet, et persévérer en cas d’absence de réponse, découvre-t-il l’existence d’une pierre préhistorique qui serait cachée sous l’église du village : « Jean dit encore : Le village a une longue histoire. Tenez, l’église : il paraît qu’une pierre préhistorique est cachée dessous. Il a souligné “préhistorique” d’un doigt levé d’un mouvement de menton. C’est l’adjectif le plus lointain qu’il connaît, le plus digne de respect, incontestable et imparable ».

Jacob, Jacob, Valérie Zenatti

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, L'Olivier (Seuil), Les Livres, Roman

Jacob, Jacob, août 2014, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Jacob Melki est un jeune juif de Constantine. Nous sommes en 1944 et la France a besoin de soldats pour achever la libération de la France en cette avant-dernière année de guerre. Jacob, pour sa part, rêve d’amour, en particulier avec Lucette qui lui rappelle qu’il va bientôt partir à l’armée. Il se souvient de ses premières impressions, de la séduction produite sur Lucette, dans les files d’attente des marchands de glace…

Nous sommes dans l’Algérie de la Seconde Guerre Mondiale, pays qui a retiré la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie pendant le régime de Vichy, mais cherche à présent des recrues.

A la caserne de recrutement de l’armée, Jacob aperçoit des camarades du lycée d’Aumale. Les recrues s’appellent Melki, Bonnin, Ouabedssalam, Attali, Haddad, représentants des différentes communautés de l’Algérie d’alors. Pourtant, la fraternité d’armes ne s’impose guère d’évidence, à tel point que l’un des enrôlés, Haddad, a sauté par-dessus bord, tandis que le navire qui les emmenait sortait de la baie d’Alger…

Depuis que la samba est samba, Paulo Lins

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Langue portugaise, Asphalte éditions, Roman

Depuis que la samba est samba, Trad. du portugais (Brésil) par Paula Sainot, septembre 2014, 287 pages, 22 € . Ecrivain(s): Paulo Lins Edition: Asphalte éditions

 

 

Le roman de Paulo lins se déroule dans le Rio des années 20, et plus précisément dans le quartier de l’Estácio, où se croisent des malfrats, des proxénètes, des prostituées, des homosexuels, des immigrés. On y trouve également des artistes, des musiciens susceptibles d’incarner la bohème locale. Ismael Silva est compositeur, il aspire à changer la musique, à l’adapter à la culture de tous les Brésiliens, autrement dit, d’incorporer dans la musique les traditions issues des origines indienne et africaine du Brésil. Son ami, Brancura, ambitionne d’écrire des sambas ; il apparaît très vite beaucoup plus doué pour le proxénétisme, qu’il développe dans son quartier, en proie aux bagarres dans les bars, au trafic de drogue, aux descentes fréquentes de la police. Brancura a un rival, Sodré, fils d’immigrés portugais ayant passablement bien réussi. Ils aiment la même femme, Valdirène, l’une des plus belles filles de l’Estácio, prostituée de son état. Sodré est blanc, Brancura est noir, descendant d’esclaves.

Par ailleurs (exils), Linda Lê

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Essais, Christian Bourgois

Par ailleurs (exils), août 2014, 168 p. 13 € . Ecrivain(s): Linda Lê Edition: Christian Bourgois

 

Quel peut être le rôle de l’exil, du déracinement dans la vision du monde d’un écrivain ? Frein, déclin ou ressourcement ?

Dans un essai intitulé Par ailleurs (Exils), Linda Lê aborde cette question en évoquant tour à tour le sort d’écrivains en dissidence, exilés de l’intérieur ou contraints au départ physique. Elle y évoque également le cas de ceux qui ont changé de langue pour écrire et s’approprier ainsi un nouvel univers intellectuel autant que linguistique. La conduite d’un exilé, apprend-on, doit éviter de nombreux écueils : Edward Saïd met en garde de tomber dans « le narcissisme masochiste » et de ne pas faire de l’exil un « fétiche, une pratique qui l’éloigne de tout rapprochement ou engagement ».

Sur ce qui déclenche l’exil, comme sentiment intérieur, Linda Lê cite avec grande pertinence André Gide qui avait en son temps mené bataille contre les liaisons dangereuses entre nationalisme et littérature. Il répondit que la France devait beaucoup « à un confluent de races » et que les grands artistes étaient « les produits d’hybridations et le résultat de déracinements, de transplantations ». Un autre exilé des lettres, Klaus Mann, vit dans l’exil un aiguillon, il se définissait comme « un cosmopolite d’instinct », « toujours inquiet, toujours en quête ».