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Articles taggés avec: Epsztein Pierrette

Si quelqu’un écoute, Béatrice de Jurquet (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 27 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Si quelqu’un écoute, Béatrice de Jurquet, éditions La rumeur libre, novembre 2017 (Prix Max Jacob 2018. Préface Gérard Chaliand), 128 pages, 16 €

 

Un territoire à soi

Voici comment Béatrice de Jurquet définit elle-même son écriture : « J’ai capté des bribes de phrases attrapées dans le temps suspendu hors du bruit assourdissant du quotidien. J’ai cherché la juste place, la vibration, la résonance, l’attention aux choses minuscules, le rythme intérieur, la musique intérieure, le silence, le souffle ».

Le silence est indispensable pour savourer la poésie. Alors, un conseil, choisissez l’intimité, enfoncez-vous douillettement dans le fauteuil le plus confortable de votre maison, attendez tranquillement que vienne le crépuscule, à l’orée de l’automne quand les jours raccourcissent, allumez une lampe pour créer juste une lumière tamisée. Vous voilà préparé à savourer Si quelqu’un écoute de Béatrice de Jurquet, recueil de poèmes paru en 2017 dans les éditions La Rumeur libre. Dans ce recueil, vous retrouverez beaucoup de thèmes chers à l’auteur et déjà explorés dans son roman La Traversée des lignes : Les paysages et les maisons d’enfance,

« Un pays qui n’existe que d’être écrit ».

Les mères qui blessent, Se libérer de leur emprise pour renaître, Anne-Laure Buffet (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 13 Septembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Les mères qui blessent, Se libérer de leur emprise pour renaître, Eyrolles, juin 2018, 163 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne-Laure Buffet

« Quoi de plus parfait aux yeux d’un petit enfant que ses parents ? ». Il est réconfortant, même dans certaines circonstances extrêmes, de croire la vox populi qui prétend que les femmes posséderaient dans leurs gènes « l’instinct maternel ». Dans les livres saints on vante « La Vierge Marie », symbole de la mère sacrificielle. D’innombrables poèmes et chansons populaires célèbrent la mère dévouée à ses enfants. Le jour de la fête des mères, on incite les enfants à la glorifier. Quelle belle image pieuse ne nous a-t-on exaltée si longtemps ! La mère était intouchable jusqu’à, à certaines époques, offrir une médaille aux mères de familles nombreuses. Combien de livres pathétiques nous content les mères admirables qui ont donné naissance à des fils prodiges. Comment alors certains enfants ne se sentiraient-ils pas exclus de la normalité et même coupables de ne pas vouer à leur mère un impératif d’amour sans réserve ?

Un enfant qui ne reçoit pas à sa naissance un minimum d’amour et d’attention des personnes qui en ont la charge ne peut survivre. Alors, pour pouvoir se maintenir existant, l’enfant va accepter l’attitude de ces parents comme normale. « Il cherche à leur ressembler ou au moins à leur convenir ».

Platine, Régine Detambel, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Platine, Régine Detambel, Actes Sud, mai 2018, 192 pages, 16,50 €

Platine, le plus cher de tous les métaux, le plus précieux, un métal rare, mystérieux, inaltérable, relativement malléable, très maniable. Quelle force a ce mot solitaire, titre du dernier roman de Régine Detambel qui nous conte l’existence intense et agitée de turbulences de Jean Harlow. Le récit s’attache à nous faire pénétrer dans l’envers d’un décor trop flamboyant pour ne pas cacher les failles, les béances, les fêlures de la femme, littéralement adulée durant les quelques années de sa courte vie. Malgré le triomphe fulgurant et incontestable de la vedette, le lecteur réalise très vite que la rutilance de ce succès est en fin de compte bien dérisoire. Cette chronique dorée ne s’arrête pourtant pas uniquement à l’histoire d’une des plus grandes stars des années 1930. Sa viséeest beaucoup plus ambitieuse et déborde largement ce cas tout à fait singulier pour atteindre un questionnement bien plus universel.

Jean Harlow, de son vrai nom Harlean Carpenter, naît le 3 mars 1911 à Kansas Citydans l’état du Missouri. Elle ne vient pas d’un milieu modeste. Elle est la fille unique du docteur Carpenter, chirurgien-dentiste, homme faible, et d’une jolie blonde potelée, Jean Carpenter, son épouse qui l’écrase. Très vite le couple fait chambre à part. Et la mère d’Harlean trouve sa consolation dans le bourbon et le cinéma où elle se rend avec sa fille et rêve, devant les beaux acteurs bien musclés, de faire partie un jour de ce monde fabuleux.

Lettre coup de cœur pour La Reine Alice de Lydia Flem, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

La Reine Alice, Lydia Flem (Ed. Points)

 

Comment a-t-on un coup de foudre pour l’œuvre d’un écrivain ? Comment celui-ci s’y prend-il pour vous conduire à lire presque tous ses livres ?

Depuis plusieurs mois, comme vous à l’égard de Claire Lejeune, à qui vous rendez un vibrant hommage dans votre discours à l’Académie Royale de Belgique en novembre 2010, je pourrais vous dire : « J’ai vécu en [votre] compagnie dans une proximité quotidienne, emportée par [votre] révolte, pas [vos] élans, [votre] insolente liberté ». Ces mots conviennent parfaitement à ce que j’ai découvert de votre univers.

Depuis plusieurs mois, vous ne me quittez pas. J’ai fait un voyage extraordinaire dans vos livres, un peu dans tous les sens. J’ai commencé par Lettres d’amour en héritage dont je me suis délectée, puis j’ai poursuivi avec Paniquequi m’a allégée de mes angoisses. Et j’ai enchaîné avec votre Discours de réception à l’Académie Royale de Belgique qui m’a éclairée sur votre écriture. Enfin, j’ai osé aborder La Reine Alice, sans savoir à quel point j’allais être happée. Et pour boucler mon tour de piste, j’ai terminé par L’homme Freud, une biographie intellectuelle qui m’a tant fait réfléchir sur ma propre histoire.

Tanirt, Mika Kanane, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 10 Mai 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Tanirt, Mika Kanane, éditions Amenzo, janvier 2018, 160 pages, 13 €

 

 

Tanirt est l’héroïne éponyme du roman de Mika Kanane. Comme Schéhérazade, elle est à la fois un personnage de fiction et une conteuse, intelligente, mutine, cultivée, raffinée et capiteuse. Elle va se faire la mandataire de tout un monde. Son récit gravite autour de la lignée maternelle, toutes des femmes au caractère bien trempé, avec des tempéraments puissants. Tanirt, l’héroïne du récit nous annonce en préambule : « Au printemps, à la saison où les fleurs jaillissent du sol, je me loge dans la peau de ma mère pour qu’elle puisse vivre à travers moi quelques moments d’existence. Sa tristesse était grande, incomprise, sa souffrance omniprésente et si familière. Elle m’a donné la vie. Elle n’a pu me porter qu’à travers sa douleur… Je voudrais lui offrir mes joies, mes échecs, et mes réussites. Une simple existence. Je sais qu’elle n’a pas choisi de vivre ici, parmi les étrangers ».