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Articles taggés avec: Epsztein Pierrette

Après le silence, Didier Castino

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Lundi, 06 Juin 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Editions Liana Levi

Après le silence, août 2015, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Didier Castino Edition: Editions Liana Levi

 

« J’ai passé ma vie là – dans ce laminoir

Mes poumons – mon sang et mes colères noires

Horizons barrés là – les soleils très rares

Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l’espoir…

Forger l’acier rouge avec mes mains d’or ».

C’est à cette chanson de Bernard Lavilliers que peut nous faire penser le premier roman de Didier Castino, Après le silence, qui commence étrangement par un « Et », comme si le dialogue avait débuté il y a longtemps. Suit un portrait qui ressemblerait à un interrogatoire. « Et je m’appelle Louis Georges Edmond Cattala. Je travaille à l’usine toute la semaine, c’est dur mais ça me plaît. Je suis quelqu’un qui avant tout travaille, a toujours travaillé. C’est ma vie, ma reconnaissance et la sécurité ». En fait, c’est peut-être de cela dont il s’agit puisqu’un dialogue se met en place entre un père et un fils. On sait juste qu’il y a un lien étroit entre deux personnages car ils se tutoient.

Traversières, dialogue avec Leïla Sebbar, Dominique Le Boucher

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 03 Juin 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Traversières, dialogue avec Leïla Sebbar, Dominique Le Boucher, éditions Marsa, janvier 2015, 258 pages, 15 €

 

Traversières, livre paru en 2015 aux éditions Marsa, est un dialogue de Dominique Le Boucher avec Leïla Sebbar. Au milieu du volume, on trouve cette affirmation forte faite par Dominique Le Boucher s’appuyant sur le roman de Leïla Sebbar, Marguerite (Folies d’encre, Eden, 2002) : « Il faut toujours quelqu’un pour raconter sinon rien n’existerait. L’histoire existe quand elle passe de l’un à l’autre dans un souffle de mots ». C’est ce que cherche à atteindre l’échange entre ces deux écrivains dans cet ouvrage.

Ces deux femmes ont certes des points communs mais n’ont pas la même trajectoire. C’est ce qui fait toute la richesse de ce face à face. La première est née en France, dans une cité de la banlieue parisienne, elle est de quinze ans la cadette de la seconde qui est née et a vécu toute son enfance en Algérie. La première vient d’un milieu ouvrier, l’autre d’un milieu lettré. Ce qui les relie et qui a fondé l’amitié de ces deux femmes, l’une d’origine africaine, l’autre d’origine métissée, ce sont leurs interrogations et leurs explorations de terrains d’investigation proches, malgré l’écart d’une génération qui aurait pu les séparer. Ce qui prouve que leur propos sont toujours d’actualité.

Et leurs baisers au loin les suivent, Corinne Royer

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 21 Mai 2016. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Et leurs baisers au loin les suivent, janvier 2016, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Corinne Royer Edition: Actes Sud

 

Et si en lisant le dernier roman de Corinne Royer, Et leurs baisers au loin les suivent, nous étions emportés dans une équipée de fête foraine. Car, ça tourne dans ce roman, ça baguenaude, ça vire et ça bouscule, ça mange du pimenté, du sucré, ça boit parfois au-delà du raisonnable, ça nous submerge, ça souffle le chaud et le froid, ça dévaste, ça enflamme, ça effraie et ça attendrit dans un même temps. On sourit, on pleure. En bref, ça déménage dans les manèges de la mémoire.

Alors, on se laisse porter, emporter dans cette histoire d’errance et d’ancrage, de terre et d’alluvions, de soleil et d’orage, de bruit et de fureur, de transmission et d’héritage.

Nous y rencontrons la principale protagoniste, Cassandre, personnage bien réel et mythologique. Maintenant vieille, elle reste une femme d’une grande beauté. Elle prédit les malheurs mais sa lucidité se heurte à l’ignorance. Personne ne croit à ses prédictions. Mais c’est aussi une Mère Courage qui réussira finalement à changer la marche du destin et à apporter une paix fragile mais tenace. C’est elle qui arpente la fête foraine.

Signoret ou la traversée des apparences, Chantal Pelletier

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 11 Mai 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Editions des Busclats

Signoret ou la traversée des apparences, septembre 2015, 128 pages, 12 € . Ecrivain(s): Chantal Pelletier Edition: Editions des Busclats

 

Au départ du livre Signoret ou la traversée des apparences, paru en 2015 aux éditions des Busclats, Chantal Pelletier nous avertit d’emblée : « Simone Signoret ne me passionnait pas… », en fait, ce livre est une commande d’une productrice de la télévision.

Répondant à cette demande, peu à peu l’auteur va se prendre au jeu avec des sentiments contradictoires, perplexité, agacement puis « une rêverie » a surgi en elle pour « cette femme puissante », figure féminine française du XXème siècle. Elle aurait même souhaité la rencontrer, en faire une amie.

Cette femme, finalement, l’entraîne dans son sillage. Lecteur, ne vous y trompez pas, Chantal Pelletier ne rédige pas une biographie, non pas du tout. L’écrivain se prend d’affection pour le personnage qu’elle donne d’elle à l’image et surtout pour la personne de cette « femme puissante ». C’est en tant que femme engagée qu’elle va la suivre. Et nous allons cheminer avec elle dans un portrait à facettes. Elle va nous dévoiler son parcours glorieux, chaotique, déchiré, déchirant, exaltant, celui d’une femme au parcours d’une femme « au cœur battant qui a bravé beaucoup de tabous, a osé ce que personne n’avait osé avant elle et que personne n’osa après elle ».

Mémoire de fille, Annie Ernaux

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 09 Avril 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Mémoire de fille, avril 2016, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Annie Ernaux Edition: Gallimard

 

« Mon histoire / C’est l’histoire d’un amour… » chante Dalida en 1958. Annie Ernaux pourrait mettre cette rengaine, plusieurs fois reprise dans le corps du livre, en exergue de son dernier ouvrage, Mémoire de fille, qui vient de paraître aux éditions Gallimard. Mais ce n’est pas son choix. Elle a préféré retenir les paroles d’un groupe de rock anglais progressif, Supertramp, qui connut le succès dans les années 70 « Please, tell me who I am », et celles extraites du roman de Rosamond Lehmann publié en 1929 lorsqu’elle a 26 ans, Poussière, qui raconte la métamorphose qu’entraîne le passage à l’âge adulte d’une jeune fille de 18 ans, Judith. « Je n’ai honte de rien de ce que j’ai fait. Il n’y a pas de honte à aimer et à le dire… Tout cela c’était l’expérience… Elle pourrait écrire le livre… ».

Dans son nouveau récit, c’est une expérience fondamentale qu’Annie Ernaux, dont la mémoire s’en trouve affectée, va tenter de traduire avec « une pensée littéraire ». Souvent elle a tenté d’en tracer les contours. Souvent, elle a renoncé. Mais cette fois, presque cinquante ans plus tard, elle avance jusqu’au bout de son objectif, elle ne renoncera pas. Certes le passé ne lui ressemble plus. Alors, quel lien indéfectible rattache pourtant Annie Ernaux à cette jeune fille de 18 ans pour qu’elle ressente si fort la nécessité de rendre compte de cette étape de sa vie ?