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Articles taggés avec: Epsztein Pierrette

N’appartenir, Karim Miské (2ème article)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 30 Juin 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Viviane Hamy

N’appartenir, mai 2015, 83 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Karim Miské Edition: Viviane Hamy

 

Dans quel rayon d’une bibliothèque ou d’une librairie pourrait-on ranger le nouveau livre de Karim Miské, N’appartenir ? Il serait aisé de le classer dans la rubrique des récits initiatiques. En effet, l’auteur s’y met en scène en partant de son enfance pour parvenir à l’âge adulte, mais ce serait trop simple puisque nous chercherions en vain une ligne droite chronologique. Et pourquoi ne pas l’associer à l’ensemble des récits autobiographiques ? Il en a maints ingrédients. L’auteur est le « héros » de cette histoire dont il remonte le cours jusqu’à la troisième génération à travers ce qu’on lui en a rapporté.

Il nous décrit avec précision et sensibilité deux clans, celui de la mère avec tous ses satellites de « camarades » parfois amis, parfois ennemis, et celui du père avec sa famille. Les deux parties s’emboîtent en lui, se complètent et s’affrontent. Tout semble les opposer mais, dans sa quête, il va découvrir qu’ils possèdent bien des traits communs au-delà des apparences, des masques et du faire-semblant. Dans chaque clan, il va constater, à chaque génération, des écarts par rapport à la norme. Des secrets vont se révéler qui parfois le désorienteront.

Le Vrai Lieu, Annie Ernaux

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 16 Mai 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, Gallimard

Le Vrai Lieu, octobre 2014, 120 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Annie Ernaux Edition: Gallimard

 

L’aventure a commencé par un documentaire : Les mots comme des pierres, sous la direction de Michelle Porte, et sous l’œil de la caméra de Caroline Champetier. Le tournage a duré trois jours et l’auteur a parlé pendant des heures. Elle est revenue sur les moments cruciaux de sa vie et sur ce qui l’a poussée à s’inventer une écriture particulière, celle de « l’auto-socio-biographie ».

Ce n’est pas la première fois qu’elle s’interroge sur son processus d’écriture. Cependant, dans cet échange filmé, surgit parfois une pensée inédite qui jaillit dans la spontanéité de l’échange oral, grâce à la confiance qu’elle porte à son auditrice. Le titre est venu d’une phrase prononcée durant l’interview. Elle revient sur chaque lieu, chaque chose ou chaque événement correspondant à une époque vécue qu’elle nous transmet. Une vie, pour Annie Ernaux, est une expérience unique, mais aussi un lieu commun. Chacun de ses livres est lié à un endroit et à une thématique. Evoquant sa vie, elle singularise une œuvre magistrale et originale qui est aussi le parcours d’un milieu social à un autre et celui d’une époque dans lesquels chacun peut se reconnaître. Le titre du documentaire lui est venu en bouche durant le tournage.

Tous les hommes sont des causes perdues, Mabrouck Rachedi

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 29 Avril 2015. , dans La Une Livres, L'Âge d'Homme, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Roman

Tous les hommes sont des causes perdues, mars 2015, 228 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mabrouck Rachedi Edition: L'Âge d'Homme

 

C’est la chanson de Christophe, Les mots bleus, qui sert d’exergue au nouveau roman de Mabrouck Rachedi, Tous les hommes sont des causes perdues. Cela paraît tout à fait pertinent. Mais les paroles d’une autre chanson celle de Cora Vaucaire peuvent nous revenir en tête lancinantes : « Plus je repense à nos amours/ A ses bonheurs et à ses peines/ Plus je me dis que tu avais/ Le génie de la mise en scène/ Comme au théâtre/ Comme au théâtre. Comme au théâtre, comme au théâtre ».

En effet c’est une pièce de théâtre qui se déroule devant nos yeux dès que nous ouvrons ce roman. Une pièce en quatre actes. L’intrigue prend son envol juste avant l’engagement définitif des deux amoureux. Le premier acte est un court prologue qui met en place la situation. Deux personnages, Adam et Sofia, s’aiment et sont à deux jours de leur mariage. Le deuxième acte est un long monologue où Adam se raconte et raconte à la première personne tous les prémisses de cette histoire. Le troisième acte Sofia, à son tour, déroule sa vision de la vie et de l’amour. En quelques pages, le quatrième acte conduit au dénouent où l’auteur dévoile le fin mot de ce récit.

Nous sommes tous des exceptions, Ahmed Dramé

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Récits, Fayard

Nous sommes tous des exceptions, octobre 2014, coécrit avec Sophie Blandinières, 180 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ahmed Dramé Edition: Fayard

 

Nous sommes tous des exceptions, le titre est alléchant. Il donne le désir de plonger dans le livre, d’autant plus que le sujet correspond tout à fait à l’air du temps.

Vous entrerez dans ce récit-témoignage avec une grande facilité et vous le lirez avec un réel plaisir. Ahmed Dramé trouve des mots simples, qui touchent et qui frappent. Le témoignage est d’un optimisme réconfortant et sa lecture rassure.

Tout le monde, quel que soit son âge, aime les contes de fée dans lesquels le héros triomphe de toutes les épreuves, de tous ses opposants avec l’aide d’adjuvants et d’une bonne fée qui le prend par la main. C’est ce qui se passe dans ce livre. Alors, embarquons-nous dans ce conte et tentons d’en déchiffrer les ingrédients.

Présentons tout d’abord le héros : à vingt et un ans, le jeune Ahmed Dramé fait un retour dans son passé et nous conte l’aventure qu’il a vécue il y a quelques années avec sa classe de seconde en section « Histoire des arts » au lycée Léon Blum de Créteil dans le Val de Marne. Il habite dans une cité HLM à Champigny-sur-Marne. Il cumule les handicaps. C’est un jeune noir de banlieue déshéritée.

Voyage de classes, Nicolas Jounin

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Janvier 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, La Découverte

Voyage de classes, octobre 2014, 248 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nicolas Jounin Edition: La Découverte

 

Le sociologue et professeur Nicolas Jounin, dans son ouvrage Voyage de classes, sous-titré Des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers, paru en octobre 2014 aux Éditions La Découverte, présente le déroulement d’une enquête et le travail d’une centaine d’étudiants de première année en sociologie de l’Université de Paris VIII Saint-Denis menés sous sa direction. Ces enquêtes se sont déroulées dans une partie du VIIIème arrondissement de Paris, appelé le Triangle d’Or qui couvre les quartiers délimités par les avenues Montaigne, George-V et les Champs-Elysées. Il héberge les familles fortunées qui veulent marquer leur position sociale, les entreprises et des commerces et des hôtels de luxe, des ambassades.

Nicolas Jounin nous raconte comment il procède pour que ces étudiants s’emparent des méthodes et des outils de la sociologie, comment ils ressentent à leur égard des formes subtiles de discrimination sociale et comment ils parviennent au fil de jours à explorer de façon plus distanciée les rapports de classe. Ce professeur renouvellera l’expérience trois années de suite.

Dans cet essai, la réflexion que mène l’auteur est à plusieurs étages et ressemble à un emboîtement de matriochkas. Il tire plusieurs fils.