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Traces de la Shoah et traque des origines dans le roman Austerlitz de W.G. Sebald

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 10 Décembre 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques

Tentative d’analyse personnelle du roman

Au moment où le roman Austerlitz revient sur le devant de la scène par une adaptation osée, étrange, inclassable et hautement personnelle, qu’en propose Stan Neumann, qui ouvrira le 19 mars à Paris la 37e édition du Cinéma du Réel, festival international de films documentaires, il me paraît intéressant de remettre à l’honneur ce roman tout à fait original de W.G. Sebald.

Une question qui intrigue

Pourquoi W.G. Sebald a-t-il été fasciné par le destin singulier de ceux qui, persécutés par l’Allemagne nazie, ont dû émigrer, lui qui n’a connu cette période que dans l’après-coup ? En effet, dans son livre Les émigrants, prélude à Austerlitz, il met en scène trois héros juifs qui ne découvrent leur judaïté que tardivement. Toutefois, nous nous concentrerons sur le roman Austerlitz, qui reprend toutes les questions qui préoccupent cet auteur. Nous verrons encore que l’écrivain essaie de comprendre le sens d’une tragédie tout en traquant une part cachée de lui-même. W.G. Sebald est en effet hanté par les fantômes de la Shoah et par le silence des Allemands de sa génération, après la guerre, autour de cet événement qui a bouleversé tout le vingtième siècle.

Comme une image, Tiffany Tavernier

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 05 Décembre 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Editions des Busclats

Comme une image, mars 2015, 119 pages, 12 € . Ecrivain(s): Tiffany Tavernier Edition: Editions des Busclats

 

« Quelque part, c’était à n’y rien comprendre… Comment passer à côté d’un tel amour ? ». C’est pour tenter d’y voir clair dans le labyrinthe des amours, familiaux, conjugaux que la narratrice, Tiffany Tavernier, retrace dans son récit, joliment intitulé Comme une image, deux temps de son existence. Le premier révèle un pan de son enfance, c’est Alice au pays des merveilles, le deuxième une étape de crise de son âge adulte, c’est Tiffany au pays de la détresse. Chaque partie est mise en évidence par une typographie différente. L’enfance est en italique, retour dans un passé révolu. L’âge adulte est transcrit en écriture droite. L’avancée vers le futur d’une femme qui décide de poursuivre sa marche envers et contre tous les obstacles ?

C’est le récit d’une femme, jeune mère et mariée à un homme qui lui annonce brutalement son intention de l’abandonner pour vivre un nouvel amour. Elle quitte la maison conjugale située dans le nord de la France, avec sa petite fille et quelques cartons pleins à ras bord, pour se réfugier chez des amis en banlieue parisienne. C’est l’histoire de cette déambulation dans l’espace et dans le temps que Tiffany Tavernier nous offre en partage.

Petit hommage aux éditions des Busclats

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 05 Décembre 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

 

Frédéric Fredj, ami de longue date de La Cause Littéraire, anime bénévolement depuis 1998 Les Mille-feuilles, association qui a comme visée d’être un soutien infaillible à la littérature et aux maisons d’éditions indépendantes. Il organise des soirées mensuelles d’échanges avec des écrivains contemporains dans un restaurant de la rive gauche.

C’est lors d’une de ces soirées que j’ai rencontré les deux créatrices et responsables des éditions des Busclats, Marie-Claude Char et Michèle Gazier, consacrée à Annie Ernaux lors de la sortie de son livre L’atelier noir. Je les ai retrouvées avec plaisir pour la présentation de leurs trois dernières publications. Chantiers de Marie-Hélène Lafon, Comme une image de Tiffany Tavernier et Signoret ou la traversés des apparences de Chantal Pelletier. Elles ont parlé de leur travail avant de laisser la parole aux trois femmes écrivains du jour.

Chantiers, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Editions des Busclats

Chantiers, août 2015, 120 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Editions des Busclats

 

« C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche ». C’est cette phrase de Pierre Soulages qui sert d’exergue à Chantiers, le dernier ouvrage de Marie-Hélène Lafon publié en août 2015 aux éditions des Busclats.

On comprend aisément les raisons du choix de cette phrase car elle résume pleinement la façon dont elle travaille. En effet, cette femme a le corps et l’esprit constamment en alerte et chacun de ses ouvrages creuse encore plus profondément ses champs d’exploration. Elle pourrait tout aussi bien retourner cette formule en énonçant : « Je cherche, donc j’apprends ». Dans son œuvre, Marie-Hélène Lafon fait feu de tout bois. Tout lui sert à élargir son investigation de l’âme humaine et à échafauder un jeu de piste car ce sont bien toutes les étapes d’un jeu de piste qui se dévoile à nous dans ce livre qui n’est ni un essai, ni un ouvrage de fiction mais qui est un texte hybride dans lequel on se laisse emporter à revisiter chaque étape de son chemin semé de petits cailloux où elle pose son pied pour traverser le gué. Elle ne se refuse pas de nous convoquer à la suivre dans cette traversés en déployant tous les genres avec une égale jubilation pour elle et pour nous lecteur.

Profession du père, Sorj Chalandon

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 13 Octobre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

Profession du père, août 2015, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Lors d’une soirée de présentation de son dernier roman, Profession du père, Sorj Chalandon souligne que dans chacun de ses romans, la figure du père, qu’il soit réel ou rêvé, occupe une dimension très forte. Dans celui-ci le père tient le rôle principal dans un huis clos familial intense. Face à lui, gravitent le fils aîné qui tient la place du narrateur, le cadet qui sert de contrepoint, la mère et des silhouettes extérieures au clan qui à leur tour interviennent dans le cours du récit, un ami d’école du fils, un américain énigmatique. Dans ce scénario improbable, l’intrigue va se dérouler avec un crescendo inexorable, depuis l’enfance du fils aîné jusqu’à sa maturité.

Le roman Profession du père de Sorj Chalandon débute le jour de la crémation du père André Choulans, un nom banal, une crémation qui fera disparaître toute trace de cet homme à jamais. La scène est cruelle puisque le fils aîné, Émile, est seul avec sa mère pour assister à la cérémonie. Peu à peu, il va remonter à rebours les étapes de sa vie familiale en essayant d’en décrypter les ressorts. On le suit pas à pas dans sa quête. Tout commence à la fin de la guerre d’Algérie en 1961 et se boucle en 2010, au moment où le fils devenu « restaurateur de tableaux » et père à son tour, écoute une bande enregistrée à son adresse par le père où celui-ci va dévoiler « sa vérité », « des révélations sur moi, sur ta mère, sur toi. Je veux juste que tu saches qui je suis vraiment ».