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Articles taggés avec: Leuckx Philippe

Le Temps suivi de Notre-Dame, William Cliff (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 05 Juin 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, La Table Ronde

Le Temps suivi de Notre-Dame, mars 2020, 128p., 15€. . Ecrivain(s): William Cliff Edition: La Table Ronde

 

Ce seizième livre de poèmes (un sixième chez l’éditeur parisien) prend le « temps » comme sujet, comme « matière » ouverte, et sert une sorte de fil rouge qui mène en amont à Autobiographie ou à Journal d’un innocent, puisque le poème a pour projet d’évoquer ce « temps » de soi, au fil de très longs poèmes descriptifs, narratifs, dédiés à la jeunesse, passée à Louvain l’Ancienne, à quelques voyages (le poète est un hardi promeneur), à des rencontres, à des amours, à de pauvres résidences, si peu meublées, si peu coûteuses, bien inconfortables pour y loger patience et écriture.

Et pourtant, de là sont nés ces textes, largement autobiographiques, âprement personnels par leur diction, très syntaxique, leurs supports (alexandrins, dizains…) classiques, leur langue (ne rechignant guère à proposer archaïsmes, orthographe médiévale et autres néologismes) fidèle à la pure tradition des Villon et Verlaine.

Cliff relate ainsi ce métier difficile de professeur de français, se blâme de l’avoir pratiqué sans grande conviction parfois, mais de là sont venus ces poèmes lucides, francs, un peu tristounets, pleins d’alarmes et de doutes, vécus de l’intérieur et tout de même de promesses peu visibles :

Carnets du Barroso, Serge Prioul (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 26 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Carnets du Barroso, Serge Prioul, éditions Vagamundo, coll. Liber, 2014, 64 pages, 21 €

 

Entre Bretagne et Lusitanie

Ce serait tentant de pasticher le grand Jules : « Il vous naît un ami, et voilà qu’il vous cherche… ». Il est vrai que cette machine – tout de même – souvent décriée offre de belles rencontres, et que le virtuel ma foi a bien d’autres acceptions…

Voilà un poète, né comme moi en 55, autant dire, « y a deux siècles », tant le confinement nous renvoie à d’autres usages ; voilà un poète chèvre donc, qui s’amuse des pierres et les taille pour en faire des murets, des murettes ; voilà un poète qui cisèle des poèmes vrais.

La vraie vie coule dans ces textes nés d’une ferveur : il en va de ces écrivains qui, par le biais de leurs textes, proses ou poèmes, respirent, transpirent la vraie vie, tant la charge du vrai pèse sur leurs frêles épaules. Mais le poète, ici, a la paysanne force de ceux qui ont œuvré, les épaules larges du soutènement.

Éphéméride, Valérie Rouzeau (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 22 Mai 2020. , dans La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Les Livres, Poésie

Éphéméride, mars 2020, 144 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Valérie Rouzeau

 

De Nevers – cité qui incite à la poésie –, Valérie Rouzeau a tenu pour nous un journal poétique du 11 mai 2019 à fin décembre, mêlant dans un joyeux désordre surréaliste et signifiant, notes, poèmes, menues activités, rencontres, fragments de pairs aimés, chronologie intime et intimiste des événements d’une « vie ordinaire », où le registre des faits, des gestes, des textes sonne comme une victoire contre ce temps chenapan et tapageur, période difficile aussi à vivre, sans espérer un peu que la poésie puisse comme un baume joindre à l’amer un peu de beauté et d’inventivité.

Et en matière d’inventivité, Rouzeau ne manque pas de ressources, se régalant à commettre sur le dos des signifiants, nombre de forfaits poétiques notoires, selon la logique de « l’effet mère ride », Valérie consigne ainsi :

Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 15 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Italie, Roman, Gallimard

Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini, Gallimard, Folio, 2008, trad. italien Chantal Moiroud, 160 pages, 5,70 € Edition: Gallimard

 

Paru en Italie en 2006, ce premier roman de l’écrivain, né à Ferrare en 1958, rend hommage à une région, à un fleuve, le Pô, à ses pêcheurs d’esturgeon, et avant tout à la force de l’amitié, qui n’a que faire du temps et des longues années pour poursuivre son fil, son courant.

Initiatique, ce roman l’est à plus d’un titre ; le personnage principal, Primo Bottardi, le grand âge venu, veut répondre enfin à la question qu’un ami d’enfance lui a posée, il y a plus de quarante ans.

Coûte que coûte, il faut retrouver cet ami et l’aventure, le long du fleuve peut commencer, et les rencontres, pittoresques, réalistes existentielles vont ouvrir les portes d’une Aventure, essentielle. Longer le fleuve à la recherche de l’ami perdu, Civolani, figure d’une photo de classe, devenu lui-même pêcheur du Pô. Il a un sobriquet, Capoccia. Les villages défilent, au rythme de la charrette d’Artioli, qui connaît la région et le fleuve comme ses poches : Cantarana, village de Primo ; Lenticchia, Paletto…

Correspondance 1981-2017, Pierre Bergounioux, Jean-Paul Michel (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 08 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Correspondance, Verdier

Correspondance 1981-2017, Pierre Bergounioux, Jean-Paul Michel, 224 pages, 17 € Edition: Verdier

 

D’aucune manière tu ne dois douter de ceci : nos livres nous auront gardés ce que nous sommes, dans les pires incertitudes du temps, si inconfortables qu’il ait pu nous être donné de le connaître. Au moins n’aurons-nous jamais écrit rien que de nécessaire, chacun de notre côté, et quasi depuis l’enfance, « montant sur toute chose comme sur un cheval ».

Ce que dit là Jean-Paul à son correspondant et ami Pierre, ce 7 décembre 2007, rappelle bien sûr cette amitié de longue date, née et nourrie d’enfance, entre deux Corréziens, devenus écrivains, l’un et l’autre, et chacun avec une œuvre copieuse. Pour eux qui ont connu « l’ivresse sans vin de la jeunesse » (p.27), leurs « 16 ans », le temps est une matière qui lie, resserre les âmes, les esprits, alimente la ressource de vie. À chaque publication, les deux amis se donnent rendez-vous épistolaire, commentent le livre, décortiquent les enjeux fixés.