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Rimbaud et la Veuve, Edgardo Franzosini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx 21.06.23 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, La Baconnière

Rimbaud et la Veuve, Edgardo Franzosini, éd. La Baconnière, mai 2023, trad. italien Philippe Di Meo, 120 pages, 17,50 €

Edition: La Baconnière

Rimbaud et la Veuve, Edgardo Franzosini (par Philippe Leuckx)

 

Nombreux sont les essais consacrés au grand Arthur, certes pour des raisons parfois très diverses. Sa précocité littéraire, ses amours avec Paul Verlaine, son rejet de la poésie si jeune, ses voyages, ses commerces. Bref, il y a toujours matière.

Le vagabond des lettres françaises a toujours beaucoup circulé : l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, sans oublier l’Afrique bien sûr ni l’Italie puisqu’il y fit plusieurs séjours. Celui du printemps 1875, en avril-mai, attira d’emblée tous les commentateurs et Ernest Delahaye en parle dès 1891. Rimbaud, arrivé à Milan, a résidé au 39, Piazza Duomo, chez une veuve dont on ne sait rien. Sauf qu’un poème la mentionne sous l’appellation de la « brune ».

Franzosini a conçu son essai sur cet événement comme une véritable enquête policière, se basant sur des faits, imaginant les blancs de l’enquête, reliant entre eux des faisceaux de conjectures. A partir de cette matière, où vraisemblances, doutes, incertitudes pullulent, l’essayiste italien recrée le Rimbaud de cette année-là, son entourage, ses connaissances et les commentaires des rimbaldiens de la fin du XIXe : Bourguignon, Houin, Berrichon, Delahaye, qui ont copieusement évoqué les voyages et l’épisode de 1875. Il est tentant, pour un essayiste, de combler les lacunes, d’inventer en déroulant les faits, en nouant les suppositions, tout un environnement : ainsi, Franzosini imagine ce que Rimbaud aurait pu découvrir, habitant une ville riche culturellement et qui comptait des sociétés littéraires. A-t-il rencontré des écrivains ? A-t-il véritablement connu cette veuve charitable ?

En onze chapitres, suivis de notes très érudites, l’écrivain italien va sur les traces du génie, qui fit un autre séjour du côté de Gênes, en 1878. Le poète vagabond a-t-il fréquenté les trois bibliothèques fameuses de Milan ? Autant de questions qui taraudent l’intérêt des lecteurs de cet essai, passionnés par le sujet.

Le livre regorge de talents : ainsi la facilité linguistique de Rimbaud pour se forger de nouvelles langues ; ainsi le climat forcément rimbaldien créé dès ses années de galères et voyages jusqu’en Abyssinie ; comme son intérêt pour les femmes, plusieurs ici énumérées et précisées.

Il est malaisé de rendre compte de la richesse plurielle de ce petit livre, à la fois instructif, déroutant, mi-policier, mi-biographique, montrant qu’un épisode à la limite banal peut susciter autant de gloses. Tout cela nous est raconté avec vivacité, intelligence, érudition et sagacité. Jamais, l’auteur ne tombe dans la facilité du paparazzi inventif et bricoleur. Le philologue parle et s’en tient à ses sources.

La traduction en est magnifique de sûreté et d’élégance.

Un très bel essai.

 

Philippe Leuckx

 

Edgardo Franzosini, né en 1952, est un écrivain italien, auteur de plusieurs ouvrages : Bela Lugosi, Biographie d’une métamorphoseMonsieur Picassiette, Raymond Isidore et sa cathédrale.

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A propos du rédacteur

Philippe Leuckx

 

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Philippe Leuckx est un écrivain et critique belge né à Havay (Hainaut) le 22 décembre 1955.

 

Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, italienne, portugaise, japonaise

Genres : romans, poésie, essai

Editeurs : La Table Ronde, Gallimard, Actes sud, Albin Michel, Seuil, Cherche midi, ...