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A propos de "La Cheffe, roman d’une cuisinière", Marie Ndiaye, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Lundi, 24 Octobre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Chère Marie,

Je voudrais répondre à votre livre sans parler du lecteur que je fus. J’aimerais me mettre à table avec vous, nous asseoir ensemble, l’entrée d’abord puis le plat puis le dessert, discuter lentement de cette cérémonie spirituelle. Un livre et une lecture où le mot est aimant, fade quand d’autres l’utilisent pour louer la cuisine de « votre » Cheffe, elle s’en méfie d’ailleurs des mots qui enferment et ne disent rien que le goût de l’encre et la sécheresse du papier. « Je » votre narrateur, la décrit aujourd’hui, tel un récit posthume, réanime Cheffe : « je » son jeune commis, peut-être même son ultime confident. Votre livre est bien là une longue confidence, pleine et laconique, dont le lecteur perçoit d’emblée l’intime et la mélancolie. Vous mélangez les temps, vous distillez les dates, vous jouez avec mes sens et mon orientation. Cheffe est née d’une famille d’ouvriers agricoles, après la seconde guerre mondiale, au sein d’une petite maison de Sainte-Bazeille. De son enfance, Cheffe n’aurait jamais permis que vous la qualifiassiez de misérable.

L’absente (3, suite et fin) - Réparation, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mercredi, 19 Octobre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Nous sommes bien davantage que ce que nous sommes. Nous percevons à travers nos propres programmations, c’est notre cerveau qui voit. Nous pensons à partir de notre ressenti et nous ressentons à partir de nos pensées, c’est donc ce bain chimique que nous devons modifier si nous désirons changer (1).

J’avais donc fait un cauchemar. Assez commun, voire obscène. J’avais été dupé.

Nous étions samedi. Et sous « notre » baie vitrée ces mêmes qui bondissaient avant dix heures du matin, pour faire du sport, ces chiens se précipitant sur des bâtons, ce même horizon à marée basse un peu gris, un peu vert coincé sous une voûte mauve. Un décor étanche.

Rien n’avait été vraiment dérangé.

L’absente (2) - Brisure, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 13 Octobre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Des étendues et des jours qui commençaient à 6.15 am, à marée basse. Mon épouse prenait un bain devant « chez nous » entre maîtres et chiens, jeux de bâtons et aboiements autorisés avant dix heures du matin. Des odeurs de vase. Depuis notre terrasse, je guettais ses brasses, un point noir en surface, je guettais son retour. J’étais inquiet.

Zéro goutte en provenance des nuages.

On nous avait bien renseignés. 8000 résidents, 30.000 en période de vacances, une communauté d’artistes, de hippies, de gens fortunés, des retraités, des mines refaites, des mines affaissées. Des maoris chauffeurs de bus, des maoris avachis sur des chantiers, défaits, des femmes obèses, des femmes en pause, des femmes âgées caissières au supermarché. Puis des vacanciers chinois et français, des serveurs ou des jeunes « waffeurs » venus d’Europe ou d’Amérique pour parfaire divers apprentissages. Une destination dite phare, « encore vierge d’un tourisme de masse ». Oneroa nous attirait, Oneroa m’impressionnait.

L’absente (1) - Rétractation, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 04 Octobre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

J’avais été happé jusqu’à cette maison, située au bord d’Oneroa, en bord de mer. Un « bateau ancré au port de Waiheke attendant son hôte ». J’avais jugé ce descriptif traduit en français, mauvais, ordinaire. Néanmoins, j’avais réservé pour dix-neuf nuits. Depuis un site internet. J’avais versé une caution dès ma transaction confirmée. J’étais pressé.

J’étais. J’étais heureux parce que nous fêtions, mon épouse et moi, nos deux anniversaires, ses quarante ans, mes cinquante ans, nés un douze janvier.

Waiheke était une étendue de terre éventée au sud de Sydney, au sud de Nouméa, un point dans un océan Pacifique. Nous partions au bout du monde, pour vingt-et-un jours, au pays des kiwis, sans trop savoir où. Je refusais de voir des images, j’écartais toute documentation qui m’informerait sur ma prochaine destination. D’abord m’immerger puis nous surprendre. Je me renseignerai dès notre retour. Je procédais ainsi, organisant nos escapades par intuition, toujours au dernier moment. Nous voyagions avec un bagage, des papiers et un bouquin pour deux. Marguerite Yourcenar et son Denier du rêve. Nos attentes en poche, deux papiers au format A4 pour toute confirmation, des coordonnées, des numéros et une adresse.

Revenir du silence, Michèle Sarde

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Roman, Julliard

Revenir du silence, septembre 2016, 408 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

Faut-il mettre un genre sur un livre ?

Récit, documentaire, témoignage, biographie, recueil d’archives, le roman indiqué comme tel est ici un ensemble dynamique sans limites, une forme vivante, là toute sa puissance et sa cohérence. Mais pas seulement. Il faut s’ancrer davantage dans ces pages, s’y enfoncer, suivre les personnages à la trace, les vrais, ceux qui ont vécu, détailler les figures sur les photos sépia, les cicatrices et les papiers lacérés voire reconnaître des traits communs, peut-être même une filiation : ici les ancêtres de Michèle Sarde, famille judéo-espagnole expulsée d’Espagne par les rois catholiques, réfugiée, recueillie, issue de l’Empire ottoman.

« Un roman à clés qu’il me fallait déverrouiller moi-même pour comprendre où je voulais en venir ou plus exactement d’où je voulais venir (…). Née en France, moi je l’étais, et je le répète, afin de faire tout particulièrement plaisir à l’auteure de mes jours, au fond de son tombeau, dans un petit cimetière de la Brie. Et cette naissance-là, ma mère la considérait comme la plus grande chance qu’elle ait pu m’offrir, et le cadeau des bonnes fées, des fées authentiquement celtiques, convoquées par elle autour de mon berceau, dans l’Ille-et-Vilaine profonde ».