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Enjoy America (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 10 Février 2026. , dans La Une CED, Ecriture


Celui qui affirme que les États-Unis sont jeunes méprend l’histoire.

L’histoire s’écrit pour et par ceux qui la dominent mais ce n’est pas d’histoire dont tu veux entendre parler, c’est d’écriture dont il s’agit ici. Une bibliothèque entière de mots classés dans le bon ordre, la justesse pour une meilleure lecture du monde. Reprenons. Le pays des voitures qui ont suivi les voies des premiers habitants, les Natives et eux, ils étaient là bien avant Jésus-Christ.

C’est aussi le pays des communautés où un bloc, un pâté de maisons si tu préfères, est une seule mémoire. N’oublie pas, tous égaux mais séparés.

Le pays où tu manges au comptoir et tu parles à ton voisin qui est comme toi. Mais toi, ici, tu es un solitaire. Ne confonds jamais solitude et isolement. Le premier mot est une vertu, choisie ou un état-d être, à toi de définir. Le second est un tueur en série. Le règne animal sait cela. L’individu isolé est une proie et dans son cerveau, ça signifie la mort.

James, Percival Everett (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, L'Olivier (Seuil), Roman, USA

JAMES, Percival Everett, éditions de L’Olivier, 2024 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, 283 pages. Edition: L'Olivier (Seuil)


As-tu lu le roman de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, paru à Londres en 1884 ?

Avant de lire James, tu dois savoir qu’il est la réponse de Percival Everett au livre de Mark Twain. L’hommage. La suite ou une recomposition, peut-être même un parti pris. La continuité d’une écriture, de 1884 à 2024. Le narrateur n’est plus l’enfant, Huck, le narrateur c’est Jim. Jim est l’esclave qui ose dire Je. Défier le langage.

L’attente constitue une grande partie de la vie d’un esclave, qui attend et attend qu’on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée, au bout du bout.

Luz ou le temps sauvage, Elsa Osorio (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 04 Décembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Luz ou le temps sauvage, Elsa Osorio, éditions METAILIE, 2000 pour la traduction française, traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, 472 pages.

 

Triptyque, du grec triptykhos qui signifie à trois couches. À l’Antiquité, un ensemble de trois tablettes réunies au moyen de charnières et dont la face intérieure était garnie d’une couche de cire sur laquelle on écrivait avec un stylet. Au Moyen-Âge, les triptyques ornaient les retables des églises (sujets religieux). Selon la définition du dictionnaire Le Robert, les triptyques sont des peintures ou des sculptures composées d’un panneau médian et de deux volets mobiles pouvant se rabattre sur la partie centrale. Également des œuvres littéraires, en trois tableaux ou récits. Ou encore des documents douaniers en trois feuillets. Plus généralement, une façon de transmettre une narration en trois phases, de créer une séquence ou de montrer différents éléments d’un même sujet, en divisant une œuvre en trois ou en combinant trois œuvres en une seule.

Tobie des marais, Sylvie Germain (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 05 Septembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Tobie des marais, Sylvie Germain, éditions Gallimard, 1998, 221 pages

 

Tu n’aimes pas encore si ta vue ne transgresse pas les limites du visible, si ton ouïe ne perçoit pas les changements et soupirs du silence, si tes mains ne savent pas effleurer l’autre à travers la distance, l’étreindre dans l’absence. Non, tu n’aimes pas encore.

Le temps est en arrêt et le visible en crue.

Ce sont pour des phrases comme celles-ci que ça vaut le coup de se lever le matin, peu importe ce qu’il y a sur la table. L’émotion pour que la vie soit mémorable. Les êtres. Ce texte n’est pas une note de lecture, il est un hommage. Une lettre de remerciement adressée au personnage de Déborah. L’arrière-grand-mère de l’enfant Tobie. Ce sont deux des personnages majeurs du livre de Sylvie Germain. Les êtres autour de la table.

Déborah venait de loin, loin dans le temps et dans l’espace. Elle était née avant le siècle dans un village de Galicie polonaise, et jusqu’à l’âge de dix-neuf ans elle avait vécu dans son shtetl situé en bordure d’une rivière nommée Lubaczówka.

Son odeur après la pluie, Cédric Sapin-Defour (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 21 Mars 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Son odeur après la pluie, Cédric Sapin-Defour, Éditions Poche, août 2024, 256 pages, 8,90 €

 

L’épreuve de la séparation et de sa temporalité. La douleur qui te désosse ensuite. Il te faudra ce courage. Pour aller au bout de ce tombeau littéraire. Ici, ta catharsis. Écrire serait donc cela, une énième définition au prorata du nombre d’auteurs, se déchirer pour que toi, lecteur, tu puisses approcher ton chagrin, le toucher au point de le déposer sur tes genoux ou sur une table, dans une église ou dans un verre, peu importe, quelque part. Là, où c’est visible.

Parce que tu lis dans les pages d’un autre celui qui n’est plus dans ta vie.

Les chiens parlent aux hommes.

Et les hommes ont oublié la nature de leur langage. La lecture sur les peaux, la façon dont les émotions cartonnent les visages, les pensées ensuite qui se meuvent sur elles. Des figures aux gueules. Ils ont oublié qu’accepter de mourir, c’est accepter d’aimer et réciproquement. Eux, non. Nul besoin de les aimer, les chiens, de les avoir connus, pour parcourir ce chemin de croix dont tu connais la fin. Lire la mort en trois parties.