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Articles taggés avec: Ferron-Veillard Sandrine

Psychothérapie de Dieu, Boris Cyrulnik

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 19 Janvier 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Odile Jacob

Psychothérapie de Dieu, septembre 2017, 314 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Boris Cyrulnik Edition: Odile Jacob

 

 

Dieu était en souffrance. L’homme devait prendre soin de Lui. Et l’appeler par son Nom. Pour cela, il a créé l’outil, il a pensé le mythe. L’ordre imaginaire. L’intersubjectivité. Or il a oublié son Nom.

L’idée de Dieu serait donc née de la nécessité de vivre ensemble, de cette obligation absolue à vivre. Vivre par soi et avec l’autre, vivre par son corps et avec sa mort. Tenir les hommes entre eux par une seule et même réponse. L’idée de Dieu serait donc née du désespoir, entre autres née de l’effroi, noire terreur ou immensité noire, lueurs tremblantes telles ces fusées déclenchées en cas de détresse. Inspirée de la subdivision parentale, elle serait alors le souvenir réactivé du paradis familial. Dieu à l’image de l’homme. Père, mère, l’homme son enfant. L’homme engagé à reproduire l’image, devenir père, devenir mère. Redevenir Dieu. Et rappeler à Lui la biologie de l’âme.

Société à responsabilité limitée, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Lundi, 06 Novembre 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

« D’un côté, la réalité objective des rivières, des arbres et des lions ; de l’autre, la réalité imaginaire des dieux, des nations et des sociétés. Au fil du temps, la réalité imaginaire est devenue plus puissante, au point que de nos jours la survie même des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce des entités imaginaires comme le Dieu Tout-Puissant, les États-Unis et Google ».

Sapiens, Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2015

 

Au plus célèbre des cyniques, le journaliste aurait recommandé ce cher Monsieur Piéchut-Dion.

Bon petit homme, rondelet et dégarni, petit, rond, dégarni et assurément très vilain. C’est à la question du journaliste « connaissez-vous un illustre cynique en politique ? » qu’Eugène Piéchut-Dion répondit le 3 mai 2014 : moi !

Du non-sens ! affirmer être un cynique revient déjà à ne plus l’être et ne pas y croire, encore davantage.

Minuit, Montmartre, Julien Delmaire

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 13 Octobre 2017. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Récits, Roman, Grasset

Minuit, Montmartre, août 2017, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Julien Delmaire Edition: Grasset

 

L’homme est peintre. Le chevalet posté Place du Tertre à l’abri du vent. Sans doute. Il aime grimper la rue Lepic depuis la Place Blanche, traverser les étals généreux de ses maraîchers, ces commerces onéreux qui l’émoustillent. Ainsi enlacé jusqu’au Moulin de la Galette, il aime remonter le cours de l’histoire, Le Temps Libre y courtise l’épicerie du terroir, Les Petits Mitrons pétrissent, ça sent le beurre chaud et le biscuit au chocolat d’un bout à l’autre du jour. La bouche ouverte et pleine, il goûte, il salive, il chantonne. Peut-être. Ici les moulins sont rouges, ils ont des ailes, ils ne broient pas que du noir ou des pigments. Ici les objets parlent et les filles sont belles, on s’y soigne toujours d’une façon ou d’une autre, on y parle aussi des choses de la vie.

La brume, le sel et la mer. Le poissonnier au coin. Le fleuriste sur le trottoir disperse ses pots, le vendeur de journaux étend ses augures. Les bruits du percolateur d’à côté, les tasses et les cuillères qui s’entrechoquent, elles grincent comme des cordages à quai et tout ça forme un joli remous sur des zincs non moins fameux. Il s’arrête au café des Deux Moulins, il s’arrête au Lux, il s’arrête là où chacun organise son petit commerce pour le plaisir d’une seule journée.

A propos de La Méduse, Chronique d’un naufrage annoncé, Olivier Merle, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 21 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques, La rentrée littéraire

La Méduse, Chronique d’un naufrage annoncé, Olivier Merle, éd. de Fallois, septembre 2017, 380 pages, 22 €

 

« Déjà, La Méduse franchissait la rade de l’île d’Aix et s’orientait vers la haute mer. Dans son sillage, les trois autres navires de l’expédition suivaient. La corvette L’Écho, commandée par le capitaine François-Marie Cornette de Vénancourt (…), talonnait La Méduse. Un peu en arrière se trouvait le brick L’Argus dirigé par le lieutenant de vaisseau Léon Henry de Parnajon. Enfin, conduite par le lieutenant de vaisseau Auguste Marie Gicquel des Touches, la flûte La Loire, très mauvaise voilière et déjà à la traîne, tentait lourdement de ne pas se faire distancer. Debout sur le gaillard d’arrière, le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys regardait les trois autres navires que La Méduse devançait. « C’est moi le chef de cette escadre, se répétait-il, et son cœur se gonflait de vanité ».

Très tôt, trop tôt, La Méduse se sépare, prend de la distance, se désolidarise. Hisse les voiles pour s’éloigner. Sa figure de proue a toujours eu cette triste figure, une mauvaise tête selon les dires de certains matelots.

Faubourg des minuscules, Édouard Bernadac

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 08 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Roman, Héloïse D'Ormesson

Faubourg des minuscules, mai 2017, 199 pages, 17 € . Ecrivain(s): Édouard Bernadac Edition: Héloïse D'Ormesson

 

« Puis, il y eut un été où les étoiles se mirent à briller en plein jour. Des étoiles à bicyclette, des étoiles à pied, des étoiles dans les bus, dans les cafés et les magasins, des étoiles partout dans les rues inondées de soleil. Et quand Paris se mit à regorger d’étoiles filantes, on les rassembla. Des trains d’étoiles partirent se consumer très loin, à l’abri des regards, au fond de forêts obscures. Il n’y eut plus d’étoiles à midi ».

La voix qui écrirait ceci serait celle d’un enfant qui regarderait ses futurs parents grandir. Il verrait le monde par en-dessous, en images, le monde dans un cadre. Au niveau des jambes des femmes qui peignaient en 1944 leurs mollets, couleur caramel, une ligne noire tracée entre les muscles jumeaux. Pour imiter la vie d’avant, la vie encore et ses occurrences. Paris en été, Paris « sous cloche », page 13, faubourg Saint-Antoine, le faubourg des artisans où les pliures des mains sont concrètes, là précisément où de rares Parisiens viennent déposer leurs meubles brisés. Et d’autres, des meubles saisis, à vendre.

Marie Malcaras est belle, insolente, méfiante, elle est pressée. Une chaise à réparer.