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Ecriture

Aveu (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Mercredi, 13 Février 2019. , dans Ecriture, La Une CED

 

Le texte que vous lisez là, ce texte n’est pas de moi. Il est de mon premier amour, et de ma mère. Il est d’Edouard Glissant, de Roland Barthes et de Lydie Salvayre. Il est de mon amant, et de mes professeurs. De mes étudiants aussi, et de leurs erreurs. Il est de ceux que j’ai lus, puis oubliés. De ceux que j’adule sans jamais les nommer. Il est de mon père et de ses joyeux cafards. Il est de mes nièces et de leurs histoires. De mes sœurs qui me l’ont dicté sans s’en apercevoir. Non, ce texte n’est pas de moi. Il est d’un Illustre Inconnu dépouillé, du Christ même, décrucifié. Bref, ce texte n’est qu’un aveu de plagiat éhonté ! D’ailleurs ce texte n’en est pas vraiment un. C’est un article de journal que j’ai lu hier, une carte postale de ma mère. Ce texte est un vers que nous nous sommes écrit quand nous croyions encore nous dire oui. C’est un journal intime jamais commencé, une lettre d’amour qu’il faudra brûler. C’est un dictionnaire, un mot entendu hier pour la première fois. Une chanson comme l’on en chantait autrefois. Ce texte est cette phrase que tu prononças avec colère. Ce texte est aussi une prière. Un jeu de mots sans esprit, une drôle de conversation entre deux vieilles amies.

L’ombre étant l’ombre, par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Lundi, 11 Février 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED



L’ombre étant l’ombre – séquence indirecte de l’absolution – l’ombre étant carrée – l’ombre pavée – séquence des mots – syllabiques absences – on oublie le tronc commun – dieu – dieu/cosmos – l’ombre étant l’ombre – mouvements des mots – cheville ouvrière – silence !

Le christ messager vous dit assez – aux marchands du temple – mot dieu –

L’ombre étant l’ombre – dans les angles vifs –

Lettre vénitienne sur un poète évanoui (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 06 Février 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

1- Mon cher Eric, cette lettre, comme les mélodies de Fauré, sera donc vénitienne. Débarrassons-nous d’abord de l’accessoire : j’ai été fort bien accueilli. Mon éditeur est généreux et il a d’excellents amis. De mon bureau, j’aperçois un petit canal à l’aspect campagnard donnant sur le rio della Sensa. Il est d’un calme parfait et aucun bruit agressif ne me dérange. Avec les brouillards matinaux, je pourrais presque me croire au dix-huitième siècle. Mes hôtes font preuve d’une discrétion exemplaire. Nous ne nous croisons qu’aux heures des repas et la componction teintée d’ironie de ces moments-là, après m’avoir décontenancé, maintenant me ravit : dîner en grande tenue dans une pièce éclairée aux chandelles avec sur les murs des tableaux noircis qui nous toisent m’a un peu étonné au début, mais j’en ai pris l’habitude. Je me rassure en me disant qu’une fois parti de Venise mes souvenirs s’effilocheront comme les images d’un demi-rêve. Le vieux marquis Fontanesi et sa femme ouvrent à peine la bouche. Je suspecte que ma présence leur a été imposée. Leur petite-fille m’interroge poliment sur ma journée, mes projets, mais c’est par courtoisie ou par devoir qu’elle le fait et tout cela l’indiffère. Son jeune frère est plus intéressant mais il intervient rarement dans nos échanges et avec des attitudes de dédain qui m’exaspèrent. Il doit bientôt retourner à Bologne puisque les vacances universitaires s’achèvent.

La Répétition, Histoire de Kiran (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 30 Janvier 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

 

1- Il y revient tous les ans ou plusieurs fois par an. Moins par amour que dans une sorte d’entêtement autiste qui participe de sa présence au monde. Si on lui demandait si ses séjours le rendaient heureux, il dirait que non, probablement. Bien sûr, ce serait un mensonge. Ou une pudeur. S’il était écrivain, il prendrait des notes puis les relirait comme un peintre examine les infimes nuances dans le traitement réitéré d’un même sujet. Mais il n’est pas écrivain. Ni peintre. Quand il attend l’avion qui l’emmènera dans une autre région de l’Inde, il reconnaît qu’il s’est plutôt ennuyé, au fond. Mais l’ennui joue son rôle dans sa relation aux êtres et aux choses. Quand l’avion accélère sur la piste humide, l’image qu’il conserve de ces deux ou trois semaines (les résumant, les justifiant, suscitant des regrets déjà) est celle d’un garçon à l’arrière d’une moto, sous la pluie battante (il importe qu’il y ait de fréquentes averses), n’ayant pas répondu à son sourire.

Poèmes, par Charles Bruno Orlac

Ecrit par Charles Orlac , le Mardi, 29 Janvier 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

Partout du feu

 

C’est partout du feu

Folie

Un jeu

Qui a pour nom

Barbarie

 

Il pleut

Sur l’enfant mort

Il pleut

Des pluies

Corbeaux