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Ecriture

Le rayon vert (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 15 Février 2019. , dans Ecriture, La Une CED

 

Il se cogne aux rochers d’Omoa. Aux falaises hurlantes. Le bateau s’éloigne, reprend un peu d’élan puis revient à la charge entre deux vagues. La vague, la nuit, la terre. La puissance. Le sel, le fer, l’huile noire du moteur.

Il est plus de trois heures du matin et il s’agit d’accoster, de bien sauter, de ne pas se fracasser. Les sacs sont jetés sur le quai. On se parle à voix basse, on s’embrasse. Quelques minutes pour rejoindre la demeure de sa cousine, Aline est revenue à Fatu-Hiva.

Le pain et les papayes étalent leurs bienfaisances sur la toile cirée, la cuisine est ici le centre de l’habitation. Une table, des chaises de jardin en plastique blanc, la télévision et des matelas au sol. C’est presque tout. On y entre en enlevant ses chaussures, le carrelage est propre, le carrelage est frais à cette heure. Ça sent bon, ça sent le café. Aline veut partir pour Hanavave dès l’aube, qu’importe la fatigue, elle est fermement décidée à effectuer ces trente-quatre kilomètres aller-retour dans la journée. Reprendre la route de son enfance, là où elle distinguait les deux volcans unis pour former l’île, les deux caldeiras s’ouvrant à l’ouest pour abriter les deux villages de Fatu-Hiva. Omoa et Hanavave. Là où précisément des teintes de rose vieilli, de mauve éthéré abondent. Le parfum des herbes sauvages.

Sousse (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 13 Février 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Je marche si vite que je trébuche et je bouscule des passants. Je ne me retourne même pas pour m’excuser. Je n’en ai pas le temps pour l’instant. J’ai une réunion urgente au travail. Le directeur a signalé dans sa convocation qu’aucun retard ne serait toléré.

J’attends le bus. Une affiche publicitaire attire mon attention. C’est une publicité pour un voyage organisé à Sousse. Elle représente une plage à l’eau diaphane et au sable d’or. Le titre est plus attirant qu’un poème : « à Sousse le soleil ne se couche pas ! ».

Je fixe longtemps l’affiche. Elle me fait sombrer dans un abîme de souvenirs. Ils se bousculent dans ma tête. Ils sont encore vivants en moi comme s’ils dataient d’hier.

Il y a quelques années, nous sommes rentrés, ma fiancée parisienne et moi, en Tunisie pour célébrer notre mariage. Mon amoureuse était séduite par les charmes du pays de mes racines, et surtout sa chaleur torride qui lui a fait oublier l’humidité parisienne.

Aveu (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Mercredi, 13 Février 2019. , dans Ecriture, La Une CED

 

Le texte que vous lisez là, ce texte n’est pas de moi. Il est de mon premier amour, et de ma mère. Il est d’Edouard Glissant, de Roland Barthes et de Lydie Salvayre. Il est de mon amant, et de mes professeurs. De mes étudiants aussi, et de leurs erreurs. Il est de ceux que j’ai lus, puis oubliés. De ceux que j’adule sans jamais les nommer. Il est de mon père et de ses joyeux cafards. Il est de mes nièces et de leurs histoires. De mes sœurs qui me l’ont dicté sans s’en apercevoir. Non, ce texte n’est pas de moi. Il est d’un Illustre Inconnu dépouillé, du Christ même, décrucifié. Bref, ce texte n’est qu’un aveu de plagiat éhonté ! D’ailleurs ce texte n’en est pas vraiment un. C’est un article de journal que j’ai lu hier, une carte postale de ma mère. Ce texte est un vers que nous nous sommes écrit quand nous croyions encore nous dire oui. C’est un journal intime jamais commencé, une lettre d’amour qu’il faudra brûler. C’est un dictionnaire, un mot entendu hier pour la première fois. Une chanson comme l’on en chantait autrefois. Ce texte est cette phrase que tu prononças avec colère. Ce texte est aussi une prière. Un jeu de mots sans esprit, une drôle de conversation entre deux vieilles amies.

L’ombre étant l’ombre, par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Lundi, 11 Février 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED



L’ombre étant l’ombre – séquence indirecte de l’absolution – l’ombre étant carrée – l’ombre pavée – séquence des mots – syllabiques absences – on oublie le tronc commun – dieu – dieu/cosmos – l’ombre étant l’ombre – mouvements des mots – cheville ouvrière – silence !

Le christ messager vous dit assez – aux marchands du temple – mot dieu –

L’ombre étant l’ombre – dans les angles vifs –

Lettre vénitienne sur un poète évanoui (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 06 Février 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

1- Mon cher Eric, cette lettre, comme les mélodies de Fauré, sera donc vénitienne. Débarrassons-nous d’abord de l’accessoire : j’ai été fort bien accueilli. Mon éditeur est généreux et il a d’excellents amis. De mon bureau, j’aperçois un petit canal à l’aspect campagnard donnant sur le rio della Sensa. Il est d’un calme parfait et aucun bruit agressif ne me dérange. Avec les brouillards matinaux, je pourrais presque me croire au dix-huitième siècle. Mes hôtes font preuve d’une discrétion exemplaire. Nous ne nous croisons qu’aux heures des repas et la componction teintée d’ironie de ces moments-là, après m’avoir décontenancé, maintenant me ravit : dîner en grande tenue dans une pièce éclairée aux chandelles avec sur les murs des tableaux noircis qui nous toisent m’a un peu étonné au début, mais j’en ai pris l’habitude. Je me rassure en me disant qu’une fois parti de Venise mes souvenirs s’effilocheront comme les images d’un demi-rêve. Le vieux marquis Fontanesi et sa femme ouvrent à peine la bouche. Je suspecte que ma présence leur a été imposée. Leur petite-fille m’interroge poliment sur ma journée, mes projets, mais c’est par courtoisie ou par devoir qu’elle le fait et tout cela l’indiffère. Son jeune frère est plus intéressant mais il intervient rarement dans nos échanges et avec des attitudes de dédain qui m’exaspèrent. Il doit bientôt retourner à Bologne puisque les vacances universitaires s’achèvent.