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Ecriture

Ombres de l’Inde – Histoire incertaine (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Vendredi, 18 Septembre 2020. , dans Ecriture, La Une CED, Récits

 

En relisant les Carnets du grand chemin. – Il m’arrive de m’interroger sur ce que pouvait être l’Inde avant la période coloniale et même avant les brutales razzias islamiques. Quels étaient ses paysages, les rapports de ses habitants à leur terre, à leur village, à leurs champs, à leurs forêts ? A quoi ressemblaient les cités dont nous visitons les ruines, comme Vijayanagar (Hampi aujourd’hui) dans le Karnataka, rasée au seizième siècle par les conquérants musulmans, sa population massacrée ou forcée à la conversion, ses temples, ses palais, ses bibliothèques, ses salons de musique détruits et sa rivière rougie de sang humain ? Selon quelles normes fonctionnaient-elles ? Qu’étaient l’espace, le temps surtout ? Qu’y avait-il dans la conscience d’un garçon de vingt ou vingt-cinq ans, guère différent dans son apparence, je le suppose, de ceux que j’ai aimés ? Comment s’éveillaient ses désirs et, s’il convoitait ses pareils, comment cette attirance était-elle par lui et par ses camarades ressentie ? Qui croisait-on sur les routes ? Quels étaient leurs dangers, leurs surprises, leurs bonheurs ? Où se portaient spontanément les yeux ? Comment s’habillait-on, s’accommodait-on de son corps ?

L’anniversaire (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mardi, 01 Septembre 2020. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Daniel avançait, parce qu’elle était petite et nonchalante, du même pas que sa mère, triomphal comme un homme promenant à son bras une femme attirante. Le halo inhabituel de son parfum lui rappelait les grandes occasions. Le manteau de printemps bleu ciel qu’elle étrennait, presque superflu tant l’air était doux, l’avait ébloui. Que maman était belle !

– « Voilà les garçons, je vous laisse » annonça-t-elle en observant alentour sans lâcher la main de son cadet.

À cette heure-ci, les enfants du quartier rivalisaient pour accéder aux balançoires ou au bac à sable, les amoureux à un banc discret. Un groupe de lycéennes riait de confidences murmurées ; peut-être se moquaient-elles du quadragénaire dont l’attention, faussement accaparée par les courtes plaques fixées au socle des statues, louchait sans cesse vers elles.

– « Vous allez pouvoir profiter du beau temps, mes chéris. Christian, fais très attention à ton frère, s’il te plaît, même si tu rencontres tes camarades ».

Les LeLe ou Bashilele du Kasaï en RDC et le Pangolin (par Joseph-Hubert Makutu)

, le Mercredi, 19 Août 2020. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Un clin d’œil anthropologique qui nous invite à revisiter le passé d’une société initiatique traditionnelle : Les Lele du Kasaï en RDC (ex-Zaïre) # s’inspirer du passé et tendre vers l’avenir !

 

1. Les Lele du Kasaï en RDC

Chez les Lele du Kasaï, une société bantoue de l’actuelle République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), les relations rituelles des hommes avec les esprits de la nature se font par l’intermédiaire des animaux sauvages. Puisque les esprits, chez les Lele, habitent les profondeurs des forêts. Ces esprits contrôlent la fertilité des femmes et la prospérité de la chasse, laquelle reste exclusivement masculine. Les esprits sont ainsi capables de retenir le gibier et faire dévier la flèche du chasseur. On trouve, ici, posé le statut des animaux sauvages en termes symboliques puisqu’ils sont associés étroitement à des esprits. Cette vision permet de comprendre aussi bien les interdits rituels de ce peuple que ses rites positifs dont la fonction principale et évidente est de maintenir de bonnes relations dans le Village, espace où vivent les humains, et la Forêt, domaine réservé aux esprits.

Les travaux et les jours (extraits 11) (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 07 Juillet 2020. , dans Ecriture, La Une CED, Bonnes feuilles

 

Le fils

Son sabre en plastique à la main, tout de noir vêtu, il descend à pas comptés l’escalier de la maison et s’immobilise à chaque craquement de marche. Une fois en bas, il remonte en une reptation prudente, se hissant à la force des coudes, balançant ses hanches de droite et de gauche, les chaussettes glissant sur le bois ciré. Il redescend, déroulant prudemment le pied, tâtant chaque marche des orteils, à la recherche de l’emplacement précis où le bois ne grincera pas sous son poids, persuadé autant que de l’existence de Dieu qu’il y a sur cet escalier un cheminement parfait où, dans un silence complet, ses pieds se poseraient alternativement sur les marches avec la grâce conjuguée du ninja et de Spiderman.

 

Images du monde

Sur un poème de Bernard Delvaille, Histoire portuaire (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2020. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

« Il avait le regard à la fois ébloui et inquiet de ceux qui voient tout – et au-delà – et sont incapables de transmettre. Rien ne lui échappait ».

 

Le Vague à l’âme de la Royal Navy est un poème de Bernard Delvaille (éd. La Répétition, 1978). C’est un assez court texte d’une douzaine de pages construit sur les notes en vers du personnage principal, Mark. B. Thompson, « enseigne de vaisseau au service de Sa Majesté », et sur les commentaires en italique et en prose d’un exégète anonyme. Il faudrait d’ailleurs plutôt parler d’un poème-récit comme pour Un jour à Durban de Claude Michel Cluny (La Différence, 1991), dont Delvaille est proche à plus d’un titre, puisqu’une mince trame narrative s’y développe, suffisamment précise et lacunaire pour susciter la rêverie.