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La Une CED

Sebsicolor

, le Vendredi, 18 Mai 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Au fond d’une venelle un lourd vantail noirci

S’entrebâille au sésame épelé par mon ombre.

Près d’un zinc dingue où tremble une chandelle sombre,

Sur un tapis méditent des fellahs rassis.

 

Le battant de l’horloge est immobile ici.

Le dos s’enfonce au mur et l’esprit dans l’errance ;

La volute s’envole vers la voûte et danse,

Calligraphie dont l’œil déchiffre les lacis.

La mère Michel a lu (10) - Le dernier Contingent, Alain-Julien Rudefoucauld

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Le dernier contingent, Alain Julien Rudefoucauld, Éditions Tristram, 2012, roman, 501 pp., 24 €

www.Tristram.fr/ Tristram – BP 90110 – 32002 AUCH Cedex

 

DES MONDES SE REGARDENT, S’ÉLOIGNENT ET SOMBRENT

C’est entendu, le roman a fait parler de lui, et en bien. Le contraire eût été étonnant. Il a aussi obtenu un prix littéraire de renom, celui de France-Culture/Télérama. Voilà qui ne desservira pas son auteur, ni son éditeur, du moins La Mère Michel le leur souhaite bien haut.

 

Commençons par le volet aléas et désagréments. J’ai lu que plus de cinquante éditeurs avaient refusé le livre. Félicitons-les, ils ne se sont pas déjugés : pareils à eux-mêmes ils ont témoigné de la magnifique constance de leur pusillanimité et, comme souvent à travers leur regard commercial, leur myopie, leur goût du calibrage routinier, ont sous-estimé les capacités du lectorat et préjugé de ses réactions.

L'étranger dans l'art (3)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 09 Mai 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

Les nations européennes se vautrent dans l'opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s'est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l'oublier.

"Les Damnés de la Terre", Frantz Fanon

 

Deux dates cadrent étrangement: la mort de Matisse le 3 novembre 1954 et le début de l'insurrection algérienne le 1er novembre 1954. Les poncifs de la "grande nuit orientale", de ses "mystères impénétrables" sapent les traces de l'histoire et la violence de ses rencontres, d'"une nuit sans fin qui met à l'abri" [le sujet] "des réveils de l'histoire". (P. Vaudray) Les arts d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, sont exposés dans différents musées, objets éparpillés, privés de leur sens initial, méconnaissables, fragmentaires. Ils survivent comme trophées vêtus de la domination occidentale.

A-t-on le droit de ne pas aimer Céline ? (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Mai 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La chose est des plus étranges. A force de se poser l’éternelle question du statut, voire de la légitimité – comment peut-on ? - de Louis-Ferdinand Céline dans le paysage littéraire (et autre) français, on a fini par rendre Céline obligatoirement aimable, génial, « incontournable » comme on dit chez les cuistres. Ce qui est aussi déplorable, au fond, que de le figer en « écrivain maudit ».

On peut oser sans problème ne pas aimer Proust, Gide, voire l’intouchable Camus. Personne ne vous conteste ce droit. Vous pouvez même les détester, il s’agit de goûts littéraires. Mais Céline, on ne peut pas. On ne peut plus. A la déclaration simple : « je n’aime pas Céline » est systématiquement accolée une suite tacite mais Ô combien assourdissante, « parce qu’il est antisémite ». Je n’aime pas Céline parce-qu’il-est-antisémite : c’est ce qu’on appelle en linguistique (Antoine Culioli) un « énoncé indissociable ». Avec Roland Barthes on parlerait d’holophrase. La première proposition (pourtant principale) « je n’aime pas Céline », comme elle est a priori considérée par votre interlocuteur comme subordonnée à la seconde (même non dite) « parce qu’il est antisémite », en devient du coup impossible. « Je n’aime pas Céline » est impossible (à dire, à écrire, à penser) puisque c’est une phrase tronquée, la seule phrase possible étant « je n’aime pas Céline parce qu’il est antisémite ».

Le Horla et les "voix" de l'écriture

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

L'expérience de la lecture du « Horla » de Guy De Maupassant reste à jamais une traversée d'un espace d'effroi, où l'écriture s'érige en aventure extrême. J'entends extrême comme à toute extrémité, au bord de la chute, au bord d'un gouffre sans fond qui n'est rien moins que la folie.

 

L'écriture est toujours une expédition dangereuse, dont on ne sait si l'on reviendra intact. La littérature est pleine de ces tragédies du « dire sur soi », car il n'y a pas d'autre vraie matière de l'écriture fictionnelle que soi. Quel que soit l'effort de détachement, de distanciation, d'arrachement de l'œuvre à celui (à celle) qui la produit, en fin de compte, il reste un seul réel irréductible : l'âme de l'auteur, le sang de l'auteur, le corps de l'auteur. A un journaliste qui lui demandait de parler de lui Jorge-Luis Borges répondit, c'est devenu célèbre, « Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort ! ». Citation fameuse qui prend tout son sens quand on lui adjoint cette autre, du même Borges, en 1970 à l'occasion de la parution de son « Autobiographie » : « De toutes façons, je n'ai jamais rien écrit d'autre qu‘une autobiographie ! »