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Les Livres

Histoire de l’Île, Evgueni Vodolazkine (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 27 Mai 2024. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Récits, Editions des Syrtes

Histoire de l’Île, Evgueni Vodolazkine, Editions des Syrtes, janvier 2024, trad. russe, Anne-Marie Tatsis-Botton, 320 pages, 23 € Edition: Editions des Syrtes

Pour raconter son Histoire de l’Île, lieu inexistant et donc ouvert à tous les possibles, l’écrivain russe Evgueni Vodolazkine choisit une forme à la fois éloignée et proche du roman, la chronique. Ce sont donc trois-cent-cinquante années d’une lente évolution du Moyen Âge à l’époque contemporaine qui défilent en quelque trois cents pages, racontées par divers chroniqueurs au fil des siècles, depuis Nicanor l’Historien jusqu’à Innocent, longue lignée de moines qui racontent leurs époques respectives.

Ils racontent ainsi l’évolution politique de l’Île, avec comme constante et fil conducteur le couple princier formé par Xénie et Parthène, tous deux dotés d’une longévité exceptionnelle et non seulement témoins mais aussi commentateurs. En effet, l’Histoire de l’Île se présente comme étant l’édition complète d’une chronique connue et étudiée depuis son origine, édition sous l’égide d’un certain Philippe, qui a proposé à Parthène et Xénie de donner « leurs avis », « notes [qui] insensiblement ont pris le caractère d’un journal ». Par ces « notes », on glisse doucement d’une réflexion sur la chronique à une réflexion sur la longévité et la modernité, au regard posé par deux vieillards tricentenaires alertes issus d’une autre époque sur l’époque contemporaine, la nôtre.

Coups de griffes N°8 (par Alain Faurieux)

, le Lundi, 27 Mai 2024. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Meurs ressuscite, Albane Prouvost, POL, 2015, 64 pages, 10 €

Merci à M.D pour m’avoir, par curiosité et esprit de contradiction, mené à Albane P. Ça a fait ma journée diraient les anglais. Aurais-je dû rire très fort pendant cette lecture ? Jeter des choses à terre ? Prendre comme témoin du ridicule un passant sur la route ? Je ne suis pas si plouc pour ne pas avoir compris « l’intention »… Le manque, la mort, l’absence. Et puis la blancheur/la neige (la page), la Russie et ses poètes, les peintres, gna-gna-gna. Trente pages en fait (la blancheur et tout ça, ça prend de la place ma chère). Quinze ans pour ça : c’est dur être poète ! Alors que m’a-t-il manqué ? Parce qu’après tout me direz vous, la poésie c’est un ressenti, une liberté. Chacun sa définition. Il m’a donc manqué un jeu, un plaisir des mots, un amour de ceux-ci, une découverte, de la beauté, de la force, ou de la violence, de la provocation, de la surprise, des sentiments, ou une vision, des possibilités. A la place le vivier lexical d’un pays en proie à la famine, un patchwork bancal. Des bouts de catalogue de jardinerie mal découpés collés sur un vieux carton en lieu et place de Chagall ou Matisse. M’a manqué une voix, reste un bafouillement. M’a manqué un rythme, un pas (la neige appelle au moins une trace). Reste rien.

Lettres à Juan Bautista (Vingt ans après), Yves Charnet (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 23 Mai 2024. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Au Diable Vauvert

Lettres à Juan Bautista (Vingt ans après), Yves Charnet, éd. Au Diable Vauvert, mai 2024, 400 pages, 22 € Edition: Au Diable Vauvert

 

« Ce sont des anges de passage. Des anges aux visages graves. Vous aurez peut-être la chance de les entrevoir depuis les gradins des arènes. Ou dans certains tableaux de Modigliani. Fermez les yeux. Voilà. Croyez-moi sur parole. Une cape, des ailes, une épée ».

« L’art magique et prodigieux de toréer a aussi sa musique propre (intérieure et extérieure), et c’est ce qu’il a de mieux. Musique pour les yeux de l’âme et pour l’oreille du cœur, qui est la troisième dont nous parlait Nietzsche, celle qui écoute les harmonies supérieures », José Bergamín (1).

La corrida et les toreros fascinent les écrivains depuis bien longtemps. La liste est longue et passionnante des auteurs qui à leur façon ont touché la corne d’un toro bravo ou croisé le regard d’un torero : Hemingway évidemment, mais aussi Georges Bataille, Yvan Audouard, Jean-Marie Magnan, Jean Cau, Jacques Durand, ou encore Philippe Sollers.

Une fille sans histoire, Tassadit Imache (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 23 Mai 2024. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres

Une fille sans histoire, Tassadit Imache, éditions Hors d’atteinte, avril 2024, 128 pages, 17 €

 

La deuxième génération

Tassadit Imache, née en 1958 à Argenteuil d’une mère française et d’un père algérien, est l’autrice de 8 romans, dont Une fille sans histoire, publié en 1989 chez Calmann-Lévy et sélectionné pour le Goncourt du premier roman. Ce roman est republié ici chez Hors d’atteinte. Sa voix, jointe à celle de Mehdi Charef, est issue de la deuxième génération d’enfants d’immigrés. Phonation qui a émergé de descendants d’anciens colonisés, condamnés à l’obscurité, à l’effacement et à un destin douloureux. À ce sujet, Faïza Guène s’interroge : « Comment, avec de simples mots, pourrais-je réparer les dégâts commis par un exil douloureux, par votre indifférence et par son rêve brisé ? ».

La Poésie comique, du Moyen Âge à nos jours, Collectif, Anthologie, Stéphanie Lecompte (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 22 Mai 2024. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Folio (Gallimard), Anthologie

La Poésie comique, du Moyen Âge à nos jours, Collectif, Anthologie, Stéphanie Lecompte, Folio+Lycée, novembre 2023, 272 pages, 4,20 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Dans l’imaginaire collectif, poésie rime le plus souvent avec mélancolie, parfois avec folie, courtoisie ou philosophie, mais rarement avec gauloiserie. C’est tout l’intérêt de la présente anthologie, à destination il est vrai d’un public scolaire, préparation du Bac 2024 oblige, que de faire sourire voire rire en vers – envers et contre tout, aurait-on envie d’ajouter, puisque quelques textes combattent par l’humour. En effet, en respectant la chronologie et en explorant différentes formes poétiques (le rondeau, le fatras, le coq-à-l’âne, mais aussi le sonnet ou le poème en prose), Stéphanie Lecompte propose un parcours souriant de l’histoire de la poésie française, y invitant les plus grands noms, de Rutebeuf à Tardieu en passant par Villon, Marot, Du Bellay, Scarron, Baudelaire, ou encore Rimbaud. Même Hugo, pourtant guère surnommé « le rigolo », est présent le temps d’une Chanson, extraite des Châtiments.