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Les Livres

Les Rues parallèles, Gérald Tenenbaum (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 24 Novembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les Rues parallèles, Gérald Tenenbaum, Cohen et Cohen, octobre 2025, 136 pages, 20 €.

 

On surprend en général les étudiants et les personnes qui n’ont guère réfléchi à ce qu’est la littérature (envisagée comme un champ spécifique de l’expérience humaine, voire comme une activité propre à l’humanité – la danse des abeilles est fascinante, mais aucune abeille n’a jamais dansé pour signaler un champ de fleur qui n’existerait pas) en leur disant qu’il est plus difficile de réussir une nouvelle qu’un roman. Ils voient dans cette affirmation une forme de paradoxe, ne s’arrêtant qu’à la quantité de temps et de travail requis (il est a priori plus long d’écrire un roman de cinq cents pages qu’une nouvelle de dix). Mais, même s’ils sont tous deux des représentants du genre narratif, roman et nouvelle obéissent à des lois différentes. Là où le roman peut se permettre de prendre son temps (faculté dont les romanciers abusent souvent) et de ne pas entrer dans le vif du sujet avant plusieurs dizaines de pages, ce qui constitue un bon moyen d’irriter les lecteurs, la nouvelle requiert dans son résultat rapidité, nerf et concentration. Ainsi s’explique en partie le fait que, si les maîtres du roman sont nombreux, ceux de la nouvelle se comptent sur les doigts de la main. On connaît la remarque de Claude Roy :

« Et maintenant ? », Bruno Mabille (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Vendredi, 21 Novembre 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres

« Et maintenant ? », Bruno Mabille, juin 2025, 260 pages, 22 euros Ed. Jacques-Marie Laffont

 

Il arrive qu’un deuil, une séparation, le départ d’un parent, et la conjonction de plusieurs événements, bouleversent les repères et remettent en cause l’équilibre interne d’un être, qui avait mis des années à s’installer.

C’est ce qui se produit pour le narrateur de ce roman, dont l’auteur, Bruno Mabille, précise d’emblée qu’il ne s’agit pas de lui, même si « ça aurait pu … », sous-entendant peut-être qu’il partage avec le personnage principal quelques traits de personnalité. On relève en effet dès les premières pages une passion commune pour la poésie et une analogue quête de sens.

Un sentiment de profonde désorientation pousse le héros du récit à embarquer pour Dakar, à bord du « Pourquoi pas ? », à se laisser guider là où l’existence voudra bien le mener.

Ainsi parlait Platon - Dits et maximes de vie choisis et traduits du grec ancien par Emmanuel Pasquier (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 20 Novembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Anthologie

Ainsi parlait Platon - Dits et maximes de vie choisis et traduits du grec ancien par Emmanuel Pasquier. Édition bilingue, Arfuyen, octobre 2025, 192 pages, 14€

 

Socrate prétendait ne rien savoir, mais ajoutait qu'il pouvait faire se contredire ceux qui prétendaient savoir. Et il le pouvait admirablement. Mais où et comment son âme alors pouvait aller chercher tout ça, et quelle réalité de la vérité devait animer chez lui son exigence d'elle, il l'ignorait : Socrate examinait les discours sans disposer d'une théorie de la connaissance, comme il examinait les vies sans autre doctrine morale que son souci de définir les vertus. Il savait seulement contredire l'opinion fausse et la conduite injuste sans savoir comment il y parvenait (pas besoin à la sage-femme de savoir ce qu'est la vie pour faire accoucher d'elle, ni à l'accoucheur des âmes ce qu'est l'esprit). Socrate savait seulement ce qu'il n'était pas : un sophiste. Le sophiste est le professionnel itinérant d'un art de parler qu'il propose d'enseigner ; Socrate est l'amateur sédentaire d'un art de rectifier qu'il aime (gracieusement) proposer. Son incessant bavardage n'est qu'hémorragie salutaire d'une puissance méditative sans répit ni équivalent. Mais il ne parle que pour faire taire le non-sens, et "ne cambriole les discours (des autres) que pour les enrichir" (Martine Lucchesi).

Rêves de trains, Denis Johnson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 19 Novembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Titres (Christian Bourgois)

Rêves de trains, Denis Johnson (Train Dreams 2003), traduit de l’américain par Brice Matthieussent, Christian Bourgois Titres, 138 p. 7,50 € Edition: Titres (Christian Bourgois)

Au-dessus du vide, des gouffres vertigineux, des canyons brutaux, des hommes ont lancé des ponts, des monstres de métal pour réduire les distances dans les territoires montagneux, dans les brisures des Rocheuses, des Appalaches, comme un défi insensé à la Nature jusqu’alors toute puissante. Des hommes ont bravé le danger, ont risqué et ont laissé leur vie dans les gouffres obscurs pour accomplir cette tâche de titans au nom de ce que l’on a appelé le progrès – et qui l’était sûrement pour l’économie américaine des années 20. Moment essentiel de la composition de la symphonie des trains qui tissèrent leur toile à travers l’immense territoire, monts et vallées, déserts et villes, canyons et plateaux.

Grainier fut l’un de ces bâtisseurs et son histoire, ici racontée, est scandée par le bruit des trains, leurs vibrations, leurs sifflements, leurs grondements. Une vie simple, d’homme simple, écrite dans un style au dénuement total. Les accents bibliques ne sont pas loin, avec des passages d’une poésie céleste qui frise le fantastique. L’histoire de Grainier coule dans ses veines à jamais et, longtemps après l’âge héroïque des premiers ponts, il a gardé au fond du cœur et de la mémoire les moments d’alors.

Les petits sabots de Loguivy, Elisabeth Lotrian (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 19 Novembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les petits sabots de Loguivy, Elisabeth Lotrian, éd BoD, 173 pp, 15 €

 

La chanson de Roland

Il est des contes pour enfants. Il est des adultes qui racontent.

Le brave bossu est récompensé, la malheureuse orpheline, sauvée, le méchant, cruellement puni, et les sœurs généreuses épousent de bons princes

Par ces lignes et ces trois points de suspension, se clôt le beau récit initiatique d’Elisabeth Lotrian.

Un livre de Bretagne.

Un livre des Bretagnes. De douleurs et de douceurs, de deuil et de seuil.