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Les Livres

Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 27 Février 2024. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas, Folio, édition de Gilbert Sigaux, I. D’Artagnan, mars 2023, 560 pages, 7,50 € ; II. Milady, novembre 2023, 560 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Dumas Edition: Folio (Gallimard)

L’adaptation cinématographique récente des Trois Mousquetaires par Martin Bourboulon est une catastrophe, tant au point de vue du casting (Eva Green, brune, en Milady, dont la blondeur est vantée à longueur de roman ; des mousquetaires cinquantenaires, un D’Artagnan trentenaire) que du jeu des acteurs (Lyna Khoudri en Constance Bonacieux est fade au possible, et Louis Garrel joue un Louis XIII plus névrosé que nature), et ne parlons pas des scènes de combat hyperboliques (on croit visionner des scènes inédites du Pacte des loups), ou des arrangements pris avec l’histoire narrée par Dumas, entre autres par l’ajout de détails parfois sidérants (D’Artagnan enterré vivant dès les premières scènes – il y a confusion avec l’œuvre de Poe ou Radcliffe). Le seul intérêt qu’elle présente est la réédition en deux tomes des Trois Mousquetaires et donc l’opportunité offerte par l’actualité éditoriale de se replonger dans les aventures de D’Artagnan, Athos, Porthos, et Aramis – mais notons quand même un bémol, d’importance : cette réédition en deux tomes coûte quinze euros contre huit euros pour le même roman en un seul tome chez le même éditeur ; un soupçon d’arnaque à destination d’un public craignant un seul volume fort de onze cents pages ? D’autant que la belle préface de Roger Nimier a désormais disparu.

Jean Rousset, Traduire et compiler le baroque, Maxime Cartron (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 26 Février 2024. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Jean Rousset, Traduire et compiler le baroque, Maxime Cartron, éditions Droz, février 2023, 114 pages, 18,90 €

 

Rares sont les ouvrages de critique littéraire par rapport auxquels il y a un avant et un après, qui modifient irréversiblement le champ d’une discipline. En général, leur but est d’attirer l’attention sur un chercheur et, si tout va bien, de lui permettre d’obtenir un poste universitaire. Jean Rousset (1910-2002) a publié au moins un ouvrage essentiel, La Littérature de l’âge baroque en France, Circé et le Paon, paru chez José Corti en 1953. Jean Rousset n’a pas inventé le concept de baroque, qui vient du domaine des beaux-arts et fut théorisé par Heinrich Wölfflin (1864-1945), un autre savant suisse (« Bologne en particulier respirait l’esprit des papes, de l’Espagne et du baroque. Là, je compris que ce dernier n’était pas simplement une époque, mais qu’il a l’ampleur d’une puissance vitale », écrivait Otto Flake dans ses Scènes d’une vie de bohème, Une jeunesse à Colmar et Strasbourg, Arfuyen, 2023, p.215), mais il s’est avisé qu’on pourrait l’appliquer à la littérature.

Fille du chemin, Jean Pierre Vidal (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 26 Février 2024. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Fille du chemin, Jean Pierre Vidal, éd. Le Silence qui roule, janvier 2024, 95 pages, 12 €

 

Côte à côte

Le dernier livre de Jean Pierre Vidal ne se comprend que duel, en relation, dans un rapport à autrui. Un lien avec autrui, une autre, fût-elle inconnue. Pour paraphraser Paul Ricœur, ce livre aurait pu s’intituler « Soi-même comme un autre ». Grâce à cette intersection de deux parallèles (et l’on sait qu’elles se rejoignent à l’infini) on devine quelque chose de l’amour, sans doute profane mais qui semble, au-delà, un amour sacré, comme s’il fallait une forme à celle qui est absente, un accueil, une présence, la présence du poète.

Ce livre est aussi un texte sur l’abandon, sur la perte, là où le poète doit abandonner l’aimée, ou plutôt, la confiant au poème, lui donner une forme d’éternité. Une absente éternelle dans le poème, quittant son statut physique pour devenir une allégorie, un ensemble de métaphores de la femme. Du reste, on reconnaît parfois Sylvie, fille du feu de Nerval, apparaissant comme en palimpseste.

Portrait d’aujourd’hui (Paint It Today), Hilda Doolittle (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 09 Février 2024. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Portrait d’aujourd’hui (Paint It Today), Hilda Doolittle, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, janvier 2024, trad. anglais (États-Unis) Juliette Frustié, 128 pages, 14 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Pleurs, douleurs

Portrait d’aujourd’hui est une nouvelle inédite et inachevée d’Hilda Doolittle (née à Bethlehem en Pennsylvanie en 1886, décédée à Zurich en 1961), traduite pour la première fois en français par Juliette Frustié. H.D. (l’acronyme emprunté par Hilda Doolittle) a écrit ce Portrait intime en 1921, « dans un monde (…) où l’homosexualité était considérée comme une pathologie et traitée comme un crime » [A. Cazé]. Texte qui ouvre le cycle largement autobiographique d’une tétralogie, donc : Portrait d’aujourd’hui, Hermione, Dis-moi de vivre, et Le Don. Hilda Doolittle a été proche d’« Ezra Pound, de Frances Josepha Gregg, Richard Aldington et Bryher (…) soit le fiancé, l’amante, le mari, la compagne » [A. Cazé].

Mon sous-marin Jaune, Jon Kalman Stefansson (par Patrick Le Henaff)

Ecrit par Patrick Le Henaff , le Vendredi, 09 Février 2024. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Mon sous-marin Jaune, Jon Kalman Stefansson, éd. Christian Bourgois, janvier 2024, trad. islandais, Éric Boury, 408 pages, 22 €

 

Il y a les livres… et il y a des livres.

Jon Kalman Stefansson est un des plus grands écrivains Islandais, vivant. Et même grand écrivain tout court. Lu et publié dans le monde entier, il est en train de devenir, si ce n’est pas déjà fait, ce que l’on peut appeler, d’une formule ambiguë et peut-être pas très heureuse le concernant, un écrivain culte. 60 ans, une imposante œuvre romanesque et poétique derrière lui, un public averti qui le suit, l’écoute et le lit, c’est le dernier Stefansson, entend-on ! Son précédent opus, Ton absence n’est que ténèbres, en a touché plus d’un, et si ce n’est pas déjà fait, je vous encourage à le lire. Pardon à le relire. Pardon encore, à le dévorer.

Une littérature âpre et exigeante, puissante, terrestre, humaine, qui nous vrille le cœur.