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Les Livres

Elmore Leonard, un maître à écrire, Laurent Chalumeau

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Rivages

Elmore Leonard, un maître à écrire, avril 2015, 271 pages, 20 € . Ecrivain(s): Laurent Chalumeau Edition: Rivages

 

Mort en 2013, Elmore Leonard a laissé derrière lui pas moins de 45 romans et quelques dizaines de nouvelles. Si sa production a été, objectivement, assez inégale, l’œuvre de Leonard a aussi bien souvent été sous-estimée. En tout cas, et c’est ce que Laurent Chalumeau s’applique à montrer dans cet essai, Leonard est certainement l’un des écrivains qui ont le plus influencé les auteurs de la fin du XXe et du début du XXIe siècle.

Leonard est un writer’s writer, un de ces auteurs qui ne trouve pas forcément un énorme succès public – encore qu’il n’ait pas été trop mal loti de ce côté-là non plus, en particulier dans la seconde partie de sa carrière – mais qui fascine ses condisciples. Et pas seulement dans le polar, ni d’ailleurs dans la littérature stricto sensu. Car si Dennis Lehane, Tim Dorsey, George Pelecanos, Carl Hiaasen, Laurent Chalumeau, évidemment, ou Don Winslow pour n’en citer que quelques-uns, louent en lui un maître à écrire, il en va de même de Stephen King, de Martin Amis, de Brett Easton Ellis, Saul Bellow, David Simon et, bien entendu, Quentin Tarantino.

Courants blancs, Philippe Jaffeux

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Poésie

Courants blancs, Ed. L’Atelier de l’agneau, 2014, 80 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux

 

 

Une cathédrale de mots ! Pas au sens qu’en donnait Proust mais dans la construction monolithique de chaque page composée de vingt-six lignes, vingt-six aphorismes qui hésitent entre récit (imp/passé simple) – où l’imparfait a ce rendu « mélancolique » que lui reconnaissait Proust encore – réflexion et poésie. La quatrième de couverture signale : aucun de ces « courants » n’a été écrit ; ils ont tous été enregistrés avec un dictaphone numérique. Précaution essentielle tant on sent le souffle langagier d’une parole qui s’éprouve et se creuse dans le silence. L’incipit est prometteur : Il se noya dans un cercle lorsqu’il confondit l’eau avec une quinzième lettre solaire. On est averti, on a déjà un pied dans l’O, le rond de la spirale ou le tourbillon qui va nous aspirer. Ce premier aphorisme annonce ainsi au lecteur un avertissement à se perdre lui aussi dans la suite onirique que recèlent ces « courants » dont l’élément eau, associé à celui de l’air, avertit qu’on va nous aussi plonger profond.

La Maison au toit rouge, Kyoko Nakajima

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, Japon

La Maison au toit rouge, traduit du japonais par Sophie Refle, mars 2015, 301 pages, 21 € . Ecrivain(s): Kyoko Nakajima Edition: Seuil

 

Une dame d’âge respectable, Taki, rédige pour son neveu les souvenirs de ses années de service passées dans la famille Hirai, un foyer de la bourgeoisie tokyoïte. Le maître de maison est sous-directeur d’une entreprise de jouets, passablement prospère. Il a fait construire récemment une maison à Tokyo pour son épouse, Tokiko, et le fils de celle-ci. Tout le récit du roman de Kyoko Nakajima est articulé autour du basculement incessant entre deux époques, celle des années 30 du Japon de l’entre deux-guerres, conquérant, impérialiste, mais où il fait bon vivre, où les mœurs sont stables, confinent à l’immobilité ; et le Japon des années soixante, celui de la croissance économique, d’une entrée dans le monde occidental, au moins en apparence…

Ainsi, la narratrice souligne-t-elle le temps que les maîtresses de maisons dignes de ce nom devaient passer à préparer le nouvel an, à peaufiner la préparation des mets, à la visite systématique de tous les voisins… Tâches perçues pourtant par Taki comme nobles, valorisantes. Dans le domaine de la perception de l’histoire de son pays, Taki, peut-être à l’instar d’une grande majorité de ses compatriotes, revisite l’histoire de son pays d’une manière surprenante, qu’un observateur contemporain pourrait aisément qualifier de révisionniste. Le fils de son neveu, Takeshi, lui fait remarquer que le Japon faisait déjà la guerre en 1936 :

Le Castor, Mohammed Hasan Alwan

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Seuil

Le Castor, janvier 2015, trad. de l'arabe Stéphanie Dujols, 367 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mohammed Hasan Alwan Edition: Seuil

 

Mohammed Hasan Alwan fait partie de cette nouvelle vague de jeunes écrivains en langue arabe dont les livres, traduits peu à peu, font découvrir des cultures, des sociétés et des histoires jusque-là largement méconnues du public occidental (la traduction de Stéphanie Dujols dépeint d’ailleurs très bien la vie et la culture saoudiennes, sans jamais effacer les spécificités culturelles, ni les rendre « exotiques »), et, par-dessus tout, montrent à quel point certains thèmes transcendent toutes les frontières.

Prenez ainsi les dynamiques familiales : que ce soit ici ou ailleurs, les rancœurs et les mesquineries restent les mêmes. La famille est particulièrement compliquée pour Ghâleb, le protagoniste et cadet d’un premier mariage malheureux, quadragénaire saoudien avec une âme de déraciné. Ses parents se sont tous deux remariés, mais l’arrivée de demi-frères et sœurs complique bien les relations. Pour se sortir de cet enchevêtrement affectif, une seule solution : partir, et partir loin, car la proximité ne fait qu’entretenir la myopie, émousser les ambitions. Ghâleb choisit l’Amérique, la côte Ouest, l’Oregon, Portland, ville où il s’est déjà rendu pour étudier à une époque qui lui semble à présent à des années-lumière. Portland fait très bien l’affaire car elle a ainsi un léger aspect familier, tout en offrant un terrain entièrement neuf pour, peut-être, se régénérer, ou, tout du moins, chercher une nouvelle direction.

De la légèreté, Gilles Lipovetsky

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Grasset

De la légèreté, janvier 2015, 364 pages, 19 € . Ecrivain(s): Gilles Lipovetsky Edition: Grasset

 

Gilles Lipovetsky nous a habitués, depuis L’Ère du vide en 1983, à des analyses plutôt séduisantes à différents titres, analyses pour lesquelles il porte la double casquette de philosophe et de sociologue. Lire Lipovetsky, c’est d’abord faire l’expérience d’une lecture singulière, qui peut offrir de l’emphase servie par une rhétorique tout aussi importante que l’argument. Le plaisir de la lecture est donc tout aussi présent que la précision de l’argument, et quand le tout se met au service d’études des différents aspects du quotidien, on ne peut que saluer la démonstration.

De la légèreté propose une immersion dans un monde animé, selon le philosophe, par une frénésie de vivre tous les aspects de notre quotidien sur le mode de la légèreté. Après L’Ère du vide, L’empire de l’éphémère ou plus récemment L’Occident mondialisé, ce sont des comportements que le « léger, le fluide et le mobile » caractérisent dorénavant que l’auteur analyse. Et le premier paradoxe soulevé est bien le monde matériel dans lequel nous vivons, qui en raison d’une omniprésence matérielle pouvait laisser supposer une imposante lourdeur.