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Les Livres

Le Livre d’Aron, Jim Shepard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Février 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Le Livre d’Aron (The Book of Aron), février 2016, trad. américain Madeleine Nasalik, 231 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jim Shepard Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Comment peut-on raconter une sorte de « Guerre des Boutons » dans le cadre effroyable du Ghetto de Varsovie en 1943 ? Il faut soit écrire un chef-d’œuvre, soit rien. Jim Shepard a choisi le chef-d’œuvre. En sertissant l’histoire d’Aron et de ses copains et copines dans les rues dévastées et sinistres d’un parc à bétail pour Juifs, l’auteur taille un joyau au cœur de l’horreur.

La bande d’enfants ne « joue » pas vraiment. Leurs aventures quotidiennes visent à trouver la pitance, les couvertures, les casseroles qui manquent de plus en plus à la maison. Mais comme ce sont des enfants, ils en font un terrain de jeux. Ils creusent des trous, font des passages dans les palissades, évitent – autant que possible – les soldats nazis et les collabos polonais. Ils passent de « l’autre côté », celui des non-juifs, plus libres et mieux nantis, pour y gratter ce qu’ils peuvent et le rapporter. A ceux qui souffrent, à ceux qui se meurent, du typhus, de la tuberculose, de la faim, des assassinats réguliers des nazis et des miliciens.

Marie Curie prend un amant, Irène Frain

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 11 Février 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, Seuil

Marie Curie prend un amant, octobre 2015, 368 pages, 21 € . Ecrivain(s): Irène Frain Edition: Seuil

 

A mi-chemin entre l’enquête historique et sociologique et le récit empathique, qui établit des passerelles entre les trous de l’histoire, l’ouvrage d’Irène Frain s’attache aux années de la vie de Marie Curie où, après la mort accidentelle de son époux Pierre et après l’obtention de son premier prix Nobel, de physique, pour leurs travaux communs, celle qu’on appelait « la veuve illustre » vit une passion amoureuse avec le phycisien Paul Langevin. Cette liaison secrète, qui vira au scandale parce que Paul était marié, s’étendit probablement de 1910 à 1912, année où la société et la morale les forcèrent à interrompre leur histoire d’amour. Au début du XXe siècle, l’adultère était un délit et, en raison de la célébrité des amants, l’affaire de cœur menaça de tourner à l’affaire d’Etat.

Les opposants dans la vie privée (Jeanne Desfosses, femme de Paul, la mère de Jeanne et sa sœur Euphrasie Bourgeois) se doublent en effet d’opposants publics, en les personnes du beau-frère de Paul, le rédacteur et patron de presse Henri Bourgeois, et de Gustave Téry, journaliste à l’Oeuvre, organe d’extrême-droite antidreyfusard, puis en atteignant les membres de l’Université et jusqu’à ceux de l’Académie des sciences, où Marie se présente à l’automne 1910. Lorsque la presse s’en mêle, les héros sont malmenés.

Le poids du cœur, Rosa Montero

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, Métailié

Le poids du cœur, janvier 2016, trad. espagnol Myriam Chirousse (El peso del corazón, Seix Barral), 357 p. 22€ . Ecrivain(s): Rosa Montero Edition: Métailié

 

Rosa Montero sait avec adresse naviguer d’un genre littéraire à l’autre et a un certain goût pour les récits qui permettent d’interroger le présent et le destin de l’humain en nos temps incertains et passablement troublés. C’est ainsi qu’elle s’est glissée il y a quelques années dans la peau de Bruna Husky, la réplicante de combat, mi-humaine mi-machine, femme d’action soumise à la violence de ses propres questionnements sur la vie – sa vie de « rep », limitée à 10 années et construite sur une mémoire fabriquée par d’autres – mais aussi habitée d’une colère permanente contre les violences mises en œuvre, intentionnellement ou pas, par un gouvernement mondial élitiste et manipulateur qui contrôle étroitement l’information comme les personnes, humaines ou non-humaines.

Encombrée et soutenue par les faux souvenirs que son mémoriste a programmés en elle, Bruna est obsédée par le compte à rebours des jours qui lui restent à vivre (3 ans, 10 mois et 14 jours au début du récit), et fréquente plus d’humains que de « reps », malgré toutes les douloureuses ambiguïtés qu’il peut y avoir dans l’attachement entre humains et reps.

La Fayette, Jean-Pierre Bois

Ecrit par Vincent Robin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Histoire, Perrin

La Fayette, août 2015, 496 pages, 24 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Bois Edition: Perrin

 

Convoquée par des personnalités historiques dont la notoriété résonne encore, l’exploration du passé révèle quelquefois des situations qui préfigurent étonnamment les marques de notre actualité. Le président Obama faisant tout récemment l’éloge d’une alliance séculaire mais primordiale entre les Etats-Unis et la France, puis, la question de la bi-nationalité refaisant surface à travers un débat national subit et prometteur de houle, illustrent aujourd’hui d’assez près ce genre de coïncidences curieuses.

En ajoutant également à ces deux faits sans relation très pertinente, celui a priori tout aussi peu corrélatif de la mise à la mer récente d’un navire français rebaptisé L’Hermione et qui effectuait il y a peu un très symbolique pèlerinage outre-Atlantique, la magie du rebondissement mémoriel opérait ainsi tout dernièrement de façon étrange.

Rouge vive, Estelle Fenzy

Ecrit par Pierre Perrin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Rouge vive, éditions Al Manar, 2016, poèmes avec des dessins de Karine Rougier, 68 pages, 15 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

Estelle Fenzy marie brièveté et fermeté de l’écriture. Pour être bref, son vers n’en est cependant pas moins plein, plein de sens ; et le poème qu’il lève, de sensations. Elle a renoncé, pour ce recueil éminemment construit, à la ponctuation, à la seule exception d’un point d’interrogation, page 43. On verra pourquoi. La quatrième de couverture annonce, en 3 lignes : « Une histoire d’amour. Chacune à leur tour deux voix pour la dire. Et les berges de la rivière où poussent les rosiers sauvages ».

La première partie, délivrée par la voix d’un garçon, pose le décor de terre et de rivière, l’attente, entremêle le rêve éveillé, le souvenir déjà de l’enfant en butte à la solitude.

La seconde partie tisse la douleur féminine, celle d’une femme dont le promis a été fauché à la guerre et dont la mémoire reste « emmurée dans sa bouche ». Sa fille apparaît ensuite et nous donne à découvrir, dans le filigrane de cette nature, un homme plus âgé qui fait penser à Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos, avec « à sa ceinture // un faisan colleté /pendu par les pieds ».