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Les Livres

Etranges Rivages, Arnaldur Indridason

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 22 Mai 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Etranges rivages. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Février 2013. 300 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

S’il est encore des réticents qui considèrent le roman noir comme un genre « mineur » de la littérature, alors qu’ils viennent, avec leurs préjugés en bandoulière, lire le dernier opus en date d’Arnaldur Indridason. Ils y découvriront une œuvre magistrale qui compte de manière majeure dans le paysage littéraire d’aujourd’hui.

Ceux qui suivent les œuvres du maître nordique, se rappellent que son dernier livre nous avait privé de notre enquêteur favori, Erlendur. On y avait vaguement et mystérieusement appris qu’il était en « vacances » quelque part vers les fjords de l’Est. Et c’est là que ce livre nous permet de le rejoindre. Erlendur n’est pas en voyage organisé, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il est seul, logeant dans une ferme abandonnée battue par les vents glacés, sans mobilier, dormant à même le sol dans un sac de couchage. Jugez donc du confort du séjour d’Erlendur :

 

« Il s’était mis à pleuvoir, le vent qui s’était levé hululait sur les murs nus qui offraient toutefois un abri suffisant contre ce frimas tout en grisaille. La petite lampe à gaz qu’il avait apportée lui procurait un peu de chaleur, il l’avait réglée au niveau le plus bas, de manière à ce qu’elle dure le plus longtemps possible. Elle projetait autour de lui une clarté blafarde, crépusculaire, et tout autour il faisait aussi noir que dans un cercueil. »

Monsieur Albert Cossery, une vie, Frédéric Andrau

Ecrit par Laurence Biava , le Mercredi, 22 Mai 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits

Monsieur Albert : Cossery, une vie, Editions de Corlevour, mars 2013, 276 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Frédéric Andrau

 

 

J’ai lu avec régal le livre de Frédéric Andrau. Où Albert Cossery, séduisante figure tutélaire de Saint-Germain-des-Prés, est dépeint tel un auteur atypique par la rareté de son écriture, par ses thèmes de prédilection et son mode de vie.

Disparu il y a cinq ans, il aurait eu cent ans cette année. A l’occasion de ce centième anniversaire, Frédéric Andrau rend brillamment un hommage appuyé à l’une des figures les plus singulières de la littérature française. Ce récit s’apparente à un beau livre mémorial, où dans un dialogue ininterrompu, il lui adresse un très amical salut. Retraçant une vie sédentaire à l’extrême, Andrau s’évertue à tout dire, tout raconter, avec une rare concision. Quel brio ! 276 pages qui vous tiennent en haleine. L’ouvrage est dédié à Monique Chaumette qui fut l’épouse de Cossery.

Hérétiques, Jocelyne Laâbi

Ecrit par Adrien Battini , le Mercredi, 22 Mai 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions de la Différence

Hérétiques, mai 2013, 320 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jocelyne Laâbi Edition: Editions de la Différence

 

Cette présente chronique est une invitation au voyage dans le temps puisque Hérétiques renoue avec le genre de la fresque historique, et vient combler un certain vide littéraire, entre l’efficacité d’un Ken Follett et l’évocation quasi mythologique d’un Laurent Gaudé. On saura gré à Jocelyne Laâbi de s’être aventurée avec bonheur dans un no man’s land qui ne demandait finalement qu’à être braconné.

On pourrait poursuivre cette métaphore de la friche, puisque indéniablement l’écrivain aura choisi de tirer hors des ténèbres une des périodes les plus opaques pour l’Occidental médian, à savoir l’Islam des IXème et Xème siècle. Clairement le sujet est audacieux à l’heure actuelle où, le moins que l’on puisse dire, la religion musulmane est victime d’amalgames et autres caricatures. Hérétiques est donc non seulement paré des meilleures intentions « pédagogiques », mais nous rappelle que l’histoire du troisième monothéisme est littéralement passionnante. Retournons donc dans le Golfe Persique à la fin du IXème siècle. L’âge d’or des premiers califes est depuis longtemps oublié. Oubliés aussi les conquêtes et l’enthousiasme guerrier des Omeyyades. Même les Abbassides, la nouvelle dynastie régnante, n’ont plus la splendeur de leurs débuts. Alors que Bagdad vient de réprimer dans le sang la révolte des Zenji et que les cadavres des esclaves sont encore fumants, voici que se dressent les Qarmates.

Une ceinture de feuilles, Patrick White

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 21 Mai 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, Océanie

Une ceinture de feuilles (A fringe of leaves), traduit de l’anglais (Australie) par Jean Lambert, réédition avril 2013, 430 p. 11 € . Ecrivain(s): Patrick White Edition: Gallimard

 

Un portrait de femme. Depuis qu’elle s’est mariée, Ellen Roxburgh ne s’est jamais sentie à sa place nulle part. Surtout pas avec son mari de trente ans son aîné, qui ne sait pas exprimer ses sentiments. Pas non plus avec les relations de son époux qui ont tendance à prendre de haut celle qu’ils considèrent comme une fausse dame, celle qui reste, pour eux, « la fille du fermier ».

« Faire plaisir et protéger devient le but constant d’Ellen Roxburgh ; être acceptée par les amis de son mari et mériter ainsi son approbation ; montrer aux Roxburgh sa reconnaissance par des moyens discrets et sans s’abaisser, parce que toute autre chose les embarrassait. Ce qu’elle ne voulait pas admettre, ou seulement à moitié, c’était son désir d’aimer son mari d’une façon acceptable pour tous les deux ».

Mr et Mrs Roxburgh quittent l’Angleterre pour entreprendre un long voyage qui les mènera jusqu’à Van Diemen’s Land, l’ancien nom de la Tasmanie, au sud de l’Australie. C’est quasiment l’endroit le plus éloigné de la planète. En 1830, la région n’a rien d’un havre de paix. Le Van Diemen’s Land est en effet une colonie pénitentiaire où vivent les pires rebuts de la société anglaise.

Fantôme, Jo Nesbø

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 21 Mai 2013. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Série Noire (Gallimard)

Fantôme, traduit du norvégien par Paul Dott, avril 2013, 560 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jo Nesbø Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Pour sa neuvième apparition, l’inaltérable Harry Hole revient de son exil hongkongais pour tenter de résoudre une affaire qui le touche de près. En effet, Oleg, le fils de Rakel, l’amour de sa vie, est accusé du meurtre de Gusto, un dealer avec lequel il traînait depuis quelques années. Toutefois, au fur et à mesure qu’il avance dans son enquête, Hole met à jour de nombreuses collusions entre services de police, politiques locaux et un mystérieux trafiquant de drogue surnommé Dubaï. Ce faisant, il perturbe un fragile équilibre et devient lui-même une cible à abattre.

Personnage attachant et complexe, c’est toujours avec plaisir que l’on retrouve Harry Hole. Ajoutons à cela la thématique du trafic de drogue, de la marginalité et de la corruption en Norvège, qui vient quelque peu bousculer l’image que l’on peut avoir de ces sociétés scandinaves souvent citées en exemple chez nous et, bien entendu, le savoir-faire de Jo Nesbø. Car l’auteur norvégien est indéniablement aujourd’hui l’un des meilleurs auteurs de thriller. Imaginatif, collant au plus près à la réalité sociale et politique, mais aussi spécialiste éprouvé des fins de chapitres qui donnent envie de continuer à tourner les pages, et de la mise en place de fausses pistes et de personnages ambigus, il fait preuve d’un savoir faire qui lui permet d’accrocher le lecteur et de le tenir en haleine.