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Les Livres

Les innocents, Assaf Gavron

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Moyen Orient, Rivages

Les innocents, juillet 2014, traduit de l’Hébreu par Laurent Cohen, 650 pages, 25 € . Ecrivain(s): Assaf Gavron Edition: Rivages

« Maaleh Hermesh 3, une petite colline au milieu de nulle part, au milieu de partout, avec quelques rochers, des ronces et des âmes ». Une Implantation en Galilée, de nos jours, pas vraiment légale, un peu foutoir des vies des gens, des vies des Juifs, venus, ou revenus du vaste monde, ou bien de Tel-Aviv.

Pas loin de 700 pages pour dire, au fond, tout, ou presque de l’homme. Une gageure ? Plutôt un chef d’œuvre, un encore d’Assaf Gavron.

Livre bâti curieusement, comme si on nous faisait tourner en rond, dans les vies, les trajectoires du petit peuple des « implantés », dans l’Implantation elle-même, dont il copierait le plan mi-cylindrique, mi-labyrinthe. Manège fascinant, qui nous berce, ou nous malmène, selon les moments ; étrange et passionnant voyage au cœur du pays Juif : gens, bêtes, paysages, politiques, évènements macro ou micro. Passages presque épiques : « cette colline, ces vents, ce paysage antique… », en ce territoire dont Aharon Appelfeld dit qu’il n’y a pas au monde de lieu plus naturellement religieux, et la page derrière, vie quotidienne et loupe de l’entomologiste, puis, trois pincées de chapitres plus loin, des moments d’un humour à nous fendre le ventre. Tout est dans Gavron, qui connaît « ses » Juifs par tous les bouts, ne leur passe rien, et les console de tout !

Mes bifurcations, André Brink

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Biographie, Récits, Babel (Actes Sud)

Mes bifurcations, septembre 2014, traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Bernard Turle, 617 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): André Brink Edition: Babel (Actes Sud)

 

Lignes de vie

Mes bifurcations est un récit fleuve que l’on peut qualifier d’autobiographie. André Brink évoque ses années d’enfance en Afrique du Sud. Puis il relate les premiers éveils de sa conscience face à la question raciale durant sa période estudiantine. Mais son récit souligne surtout l’impact de son voyage à Paris à la fin des années 1960. C’est en terre étrangère qu’il prend réellement conscience de la gravité tant morale qu’éthique du concept de l’Apartheid. Poussé par ses amis, Paris a été une catharsis pour notre écrivain. Ainsi confesse-t-il :

« Ils me poussèrent à revenir sur des sujets avec lesquels mon séjour à Paris m’avait familiarisé mais que je n’avais pas approfondis. Mes nouvelles fréquentations me permirent, pour la première fois dans ma vie, de me lier d’amitié avec des Noirs ».

L’Amant de Prague, Monique Ayoun

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Grande Ourse

L’Amant de Prague, février 2015, 176 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Monique Ayoun Edition: La Grande Ourse

 

« Ma vie est l’hésitation avant la naissance. Peut-être que mon enfance a été trop courte, le temps passe et on passe avec lui sans but ni raison… Parfois l’étonnement devant ces nuages incolores et absurdes… Où est l’éternel printemps ? »

Franz Kafka

 

A l’âge de dix-huit ans, Peter quitte son pays, la Tchécoslovaquie, avec toute sa famille, pour échapper aux bolchéviques. Garçon solitaire aux multiples facettes, il a un certain penchant pour l’alcool, la philosophie, la politique et l’histoire, surtout celle de son pays. Quand il rencontre Carla à Paris, c’est le coup de foudre. Toutefois, leur passion se métamorphose rapidement et leur relation devient kafkaïenne. L’admiration que lui voue Carla n’y change rien. L’alcool aidant, il brille en société :

Nous sommes tous des exceptions, Ahmed Dramé

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Récits, Fayard

Nous sommes tous des exceptions, octobre 2014, coécrit avec Sophie Blandinières, 180 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ahmed Dramé Edition: Fayard

 

Nous sommes tous des exceptions, le titre est alléchant. Il donne le désir de plonger dans le livre, d’autant plus que le sujet correspond tout à fait à l’air du temps.

Vous entrerez dans ce récit-témoignage avec une grande facilité et vous le lirez avec un réel plaisir. Ahmed Dramé trouve des mots simples, qui touchent et qui frappent. Le témoignage est d’un optimisme réconfortant et sa lecture rassure.

Tout le monde, quel que soit son âge, aime les contes de fée dans lesquels le héros triomphe de toutes les épreuves, de tous ses opposants avec l’aide d’adjuvants et d’une bonne fée qui le prend par la main. C’est ce qui se passe dans ce livre. Alors, embarquons-nous dans ce conte et tentons d’en déchiffrer les ingrédients.

Présentons tout d’abord le héros : à vingt et un ans, le jeune Ahmed Dramé fait un retour dans son passé et nous conte l’aventure qu’il a vécue il y a quelques années avec sa classe de seconde en section « Histoire des arts » au lycée Léon Blum de Créteil dans le Val de Marne. Il habite dans une cité HLM à Champigny-sur-Marne. Il cumule les handicaps. C’est un jeune noir de banlieue déshéritée.

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), A.B. Guthrie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), octobre 2014, traduit (USA) par Jacques Dailly (1955), postface de Bertrand Tavernier, 432 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): A.B. Guthrie Edition: Actes Sud

 

Le lecteur de La Captive aux yeux clairs (Cf. lien de l’article), premier volet de The Big Sky, retrouve Dick Summers, l’un des héros de la saga dans un contexte différent mais tout aussi fascinant : l’ancien coureur des bois accepte de guider et d’accompagner un convoi de pionniers vers l’Oregon. Pas moins de 3600 km de trajet à travers plaines, déserts et montagnes, en terres indiennes, le plus souvent à peine foulées par l’homme blanc depuis Independance dans le Kentucky jusqu’à la Terre Promise de l’Oregon et Fort Vancouver.

« – Je suis émerveillé quand même. Ce pays est si vaste, si varié !

– Il est toujours pareil ! répondit Summers qui pensa que seule la terre ne changeait jamais. Ces montagnes immuables voyaient éternellement se renouveler les fleurs, passer et disparaître les hommes, d’abord les Indiens, puis les trappeurs explorant les rivières encore insoumises, avides de risques et de solitude, et après eux les aventureux à la recherche de nouvelles patries, les chercheurs de fortune, les bâtisseurs d’une nation qu’ils voulaient plus grande, plus riche, prenant la relève de ceux dont le temps était fini ».