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Les Livres

À propos de Traction-Brabant 80, par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 15 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues

Traction-Brabant 80, 2,40 €

 

Ce numéro 80 du 15 septembre 2018 permet à Patrice Maltaverne d’« aborder le thème sensible du grand âge », l’éditeur-poète s’imaginant être « aussi vieux que (s)on poézine ! ». Non sans humour et causticité comme à son habitude (on ne change pas de tempérament, même si au fil des années l’expérience nous apprend à peser l’importance des choses, en mieux ou en pire…). Ce qui nous donne un numéro aussi revigorant que son capitaine tient coûte que coûte le cap, malgré la concurrence et en dépit d’une société performative qui pousse ses pions à remplir leurs objectifs et faire leur bilan de compétences de plus en plus compétitives… Si Maltaverne était aussi vieux que son poézine, voyons voir, il aurait le bel avantage de se consacrer à plein temps à l’écriture, écrit-il bien campé dans sa page savoureuse des Incipits finissants, sa poésie « en viager », et pressant « les éditeurs, des gens de (s)a génération, donc des êtres d’expérience, de (l’) éditer plutôt deux fois qu’une, ou rien qu’une fois de plus, jusqu’à la prochaine, parce que voyez-vous, on n’est pas immortel, même moi, et çaserait dommage que je sois édité à titre posthume ». Il écrirait, il publierait, il courrait… conformément au rythme tendance d’une société boulimique produisant en temps chronophage (sourire), mais… ne vaudrait-il pas mieux « dormir, être décédé au quotidien » ?

Encore cent ans pour Melville, Claude Minière (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 12 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, Gallimard

Encore cent ans pour Melville, juin 2018, 112 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Gallimard

 

« Il faudra encore cent ans pour qu’Herman Melville soit lu, soit vu avec ses multiples visages, son côté noir et son côté lumineux… Trois cents ans de parenthèse. Trois siècles de tortue » (Encore cent ans pour Melville).

« Il faisait un temps merveilleux le jour où vint pour la première fois mon tour de poste à la haute vigie (Moby Dick).

« Par une illusion d’optique, flottent haut dans une brume d’azur, des terres ensoleillées comme des cygnes ou des paons aux brillantes couleurs. Le ciel et la terre se confondent, les nuages ensoleillés traînent sur la plaine » (Mardi).

Encore cent ans pour Melville est une biographie légère comme une chaloupe qui glisse sur la houle vers le Cachalot Blanc, un exercice d’équilibre littéraire pour éviter qu’Herman ne nous échappe, pour éclairer en quelques chapitres de haute tenue la vie du marin écrivain, de l’écrivain silencieux, qui n’a point cherché à écrire des livres plaisants et faciles. Melville est un aventurier, en mer et devant sa feuille, ses feuilles blanches qu’il anime, qu’il fait vivre de romans et de poèmes.

J’aimerai André Breton, Serge Filippini (par Robert Sctrick)

Ecrit par Robert Sctrick , le Vendredi, 12 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Phébus

J’aimerai André Breton, août 2018, 185 pages, 17 € . Ecrivain(s): Serge Filippini Edition: Phébus

 

Si vous avez longtemps cru comme moi que le surréalisme est bon pour les musées et que son pape, André Breton, a régné sur une Église éphémère, engloutie dans un Atlantide où se côtoient tant de gloires à la fois, ô miracle, prolifiques et oubliées, ce livre est pour vous. La magie de Filippini fera que vous ne serez pas détrompé, mais coupable. Attention, coupable est positif, sous ma plume : même si vous vous en voulez, vous éprouvez une grande jouissance à vous mordre les lèvres de ne pas avoir découvert la cristallisation avant Stendhal ou la madeleine avant Marcel. Jusqu’à ce que vous trouviez de quoi il est capable, cet escamoteur de Filippini : de vous éblouir par un travail de références sous-jacentes, une archéologie tout terrain, qui vous apprend ce que vous ne saviez pas, c’est son côté romancier, chez Eugène Sue il y a bien Mme Pipelette. Elle sait tout, sans ADN et sans indices. Mais il a une autre facette : il vous parle de vous, le bougre. Le surréalisme c’est comme la Révolution, finalement. On croit qu’il faut la faire (sinon, infortuné lecteur, n’ouvre pas ce livre), alors qu’il faut l’être, et si je n’avais pas honte, j’écrirais : qu’il faut lettre.

L’amie, la mort, le fils, Jean-Philippe Domecq (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 12 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Thierry Marchaisse

L’amie, la mort, le fils, septembre 2018, 128 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Domecq Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

« Anne Dufourmantelle a péri le 21 juillet 2017 pour sauver des enfants de la noyade en Méditerranée… ». Personne ne pouvait imaginer la vague d’émotions que cette disparition imprévisible allait déclencher aussi bien chez les personnes qui l’avaient connue, rencontrée ou lue que chez un nombre incalculable d’inconnus.

Vingt ans d’une longue et féconde amitié, comment est-il possible ensuite de résister à cette disparition brutale et inacceptable ? Une véritable tempête fond sur toutes les personnes proches. La seule solution qu’a trouvée Jean-Philippe Domecq pour affronter la débâcle et le désespoir c’est de se lancer frénétiquement dans l’écriture. L’écriture comme bouée de sauvetage à laquelle s’accrocher : « J’ai eu besoin d’écrire, sans trop savoir pourquoi mais obéissant deux mois plus tard à la fidélité du chagrin, au choc que cela fut, puis aux ondes que cela fit… Par cercles s’élargissant au fil du temps avec tous ceux qui en furent et demeurent atteints ».

Conséquences d’une disparition, Christopher Priest (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 12 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Denoël

Conséquences d’une disparition (An American Story), septembre 2018, trad. anglais Jacques Collin, 336 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Christopher Priest Edition: Denoël

Le 11 Septembre est-il vraiment le 11 Septembre ? Deux avions détournés par des terroristes ont percuté les tours du World Trade Center, qui se sont ensuite effondrées. Un autre appareil s’est écrasé sur le Pentagone. Et un quatrième s’est crashé dans un champ. Voilà la version officielle. Mais il y a une autre version qui a rapidement vu le jour, une version « complotiste » qui met en avant les contradictions de l’événement, ses mystères irrésolus, ses mensonges éhontés, ses preuves manquantes ou inexactes, ses aberrations scientifiques. Les contradictions sont trop nombreuses, les questions sans réponses également, pour ne pas semer le doute. Et parfois, on peut l’avouer, douter peut être terriblement excitant.

En 2001, Ben Matson, un journaliste scientifique, noue une relation avec une femme mariée (à un homme qui travaille au département de la Défense, ce qui aura son importance), mais en instance de divorce, Lilian Viklund. Ils évoquent l’avenir. Même si c’est compliqué quand l’un vit à Londres, l’autre à New-York. Ils s’organisent. Ils cumulent les miles. Petit à petit, leur projet de vivre ensemble se concrétise. Un jour, ils ont convenu de se rejoindre à Los Angeles. C’est le 11 septembre 2001. Lilian monte à bord du vol American 77, celui-là même qui s’est écrasé sur le Pentagone. Le temps des rêves est terminé.