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Les Livres

Romancero Gitano (Romances gitanes) suivies de Complainte funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Federico Garcia Lorca, dans la traduction de Michel Host (André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 10 Décembre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Romancero Gitano (Romances gitanes) suivies de Complainte funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Federico Garcia Lorca, Editions Alcyone, coll. Mitra, 2017, trad. espagnol Michel Host, 51 pages, 16 €

 

 

Voici donc la traduction nouvelle par Michel Host du Romancero Gitano, et du Llanto por Ignacio Sanchez Mejias, de Federico Garcia Lorca, dans une édition revue et corrigée, et, il convient de le souligner tant est grande l’importance en poésie de la langue d’origine, dans une version bilingue des éditions Alcyone, qu’il faut ici remercier pour leur travail. Ces deux œuvres de Lorca sont très célèbres. Elles ont été abondamment analysées et commentées. Hymne à une liberté authentique, radicale, qui va jusqu’à la mort pour la première, « tombeau », comme l’on dit en musique, d’une personnalité exceptionnelle pour la seconde. A chaque lecture cependant, leur puissance d’évocation, leur éclat sont intacts et continuent de résonner encore longtemps, à l’oreille et dans la mémoire. Comme le vers, très représentatif, qui ouvre et scande Romance somnambuleVerde que te quiero verde, à l’effet proprement hypnotique.

Deuil pour deuils, Christophe Stolowicki (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Décembre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Deuil pour deuils, Christophe Stolowicki, éd. Lanskine, octobre 2018, 88 pages, 14 €

Amours mortes

Que retenir du deuil ? C’est là une question universelle. Et dans le dernier livre de Christophe Stolowicki, on réfléchit au fur et à mesure sur le temps qui dépasse le deuil, celui de la mort de sa compagne allant jusqu’aux morts de la Shoah. Cela dit, le deuil fait, il reste à construire un livre de petits paragraphes avec parfois de simples aphorismes. Ainsi, cet amour qui se vit dans le chagrin de la perte de l’aimée s’apparente aux amours mortes qui peuplent la littérature, même si peut-être ici, la douleur n’est pas de papier mais de sang. Donc ne pas hésiter à ne pas comprendre les formules creuses qui accompagnent souvent un disparu, mais faire avec cette disparition une description presque en creux de celle qui ne reste pas, et qui laisse sombrer l’autre dans la douleur. L’insanité n’est d’ailleurs pas exclue et fait partie du protocole de la disparition. Donc, c’est une vision du deuil réaliste, qui a le mérite d’être une déploration de celle qui fut, mais évoquée sans pathos ni exagération. Ce portrait de l’aimée s’accompagne d’une écriture tendue vers le sensible et le corps, qui n’hésite pas à emprunter la voix du jazz ou la voie des plaisirs du vin par exemple. On devine ainsi la femme morte derrière ce qu’en rapporte l’auteur, au sujet de photographies de celle qui fut mannequin puis styliste, cependant sans aucun alourdissement, ni passion pathétique ; et justement, il me semble, grâce à ce qui compose la vie, à ce qui s’oppose à mourir : la musique, le vin, la littérature.

La Révolution Sergio Leone, Gian Luca Farinelli, Christopher Frayling (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 07 Décembre 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Revues, La Table Ronde

La Révolution Sergio Leone, Gian Luca Farinelli, Christopher Frayling, octobre 2018, 512 pages, 26,50 € Edition: La Table Ronde


La publication de cet ouvrage-catalogue fait écho à l’exposition « Il était une fois Sergio Leone »  qui se tient à La Cinémathèque française à Paris du 10 octobre 2018 au 28 janvier 2019. C’est d’ailleurs Frédéric Bonnaud, actuel directeur général de la Cinémathèque qui assure l’avant-propos de l’ouvrage. Il s’agit aussi de célébrer le cinquantième anniversaire de la sortie de l’un des films les plus célèbres du réalisateur italien, Il était une fois dans l’Ouestdont les images sont restées gravées dans l’esprit des spectateurs ainsi que son incroyable bande originale (cf. l’homme à l’harmonica). Christopher Frayling est un critique de cinéma britannique, spécialiste des westerns de Leone ; quant à Gian Luca Farinelli, il a dirigé la cinémathèque de Bologne et produit un documentaire sur Antonioni.

Pour une juste cause, Vassili Grossman (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Le Livre de Poche

Pour une juste cause, trad. russe Luba Jurgenson, 1050 pages, 12,30 € . Ecrivain(s): Vassili Grossman Edition: Le Livre de Poche

 

Avant l’immense Vie et Destin, Vassili Grossman a consacré un roman de plus de mille pages à la bataille de Stalingrad. C’est une épopée qui alterne les faits historiques de cet épisode crucial de la Seconde Guerre Mondiale et les destins individuels de personnages jetés dans cette tourmente inouïe, sûrement la plus ahurissante de l’histoire des guerres menées par les hommes.

Un roman de guerre ? Assurément, mais la puissance narrative et les modes d’énonciation de Grossman décalent le genre. Sur les trois premiers quarts du livre, le champ de bataille, la ligne de front, sont constamment évoqués par les personnages mais jamais directement présents. Pas de combats, de sang, de morts, de souffrances physiques et/ou morales en direct. Toute la violence du front, qui avance vers Stalingrad, est médiatisée par la narration romanesque. Les personnages, militaires gradés, familles, fonctionnaires soviétiques, sont à l’arrière. Ils sont obsédés par la guerre, ils parlent de la guerre, mais on ne les voit pas faire la guerre. Vassili Grossman a choisi de nous raconter comment la guerre se pose sur les vies, les consciences, les peurs, les amours, les engagements. Et c’est passionnant, scandé par en fond d’écran par la mitraille, l’avancée des Nazis, mais aussi par les convictions et les idéaux bolcheviks.

Je suis seul, Beyrouk (par Dominique Ranaivoson)

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Elyzad

Je suis seul, septembre 2018, 112 pages, 14 € . Ecrivain(s): Beyrouk Edition: Elyzad

 

Bref et bouleversant roman, à lire d’un seul trait avant de rester figé d’horreur par le final sous forme d’apothéose mortelle. Le narrateur, réfugié chez son ancienne amie qui s’est empressée de sortir après l’avoir caché, se remémore comment ses proches sont devenus les islamistes qui viennent de prendre possession de la ville. Craignant pour sa vie, il observe, écoute, réfléchit, interroge. Comment arrive-t-on à tuer la vie sociale, à tuer tout court tout contrevenant à la nouvelle loi ? « Qu’est-ce qui fait que des hommes, possédant leur tête et leur cœur, parfaitement conscients, instruits des choses de la vie, choisissent en toute connaissance de cause une voie qui mène vers les dénuements de la mort ? » (p.68). Et le texte de multiplier les qualificatifs : fanatiques, monstres, rebelles, extrémistes, fous de Dieu, geôliers, conquérants, exaltés, barbares et, pour finir, des « énigmes ». Et le narrateur de retracer sa propre trajectoire, depuis son aïeul bédouin, son frère islamiste et toutes les compromissions grâce auxquelles il est arrivé à intégrer la catégorie des nantis corrompus nommés les « parvenus qui ont remplacé les anciens colonisateurs » (p.69).