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Les Livres

Un printemps neuf, Vincent Roy (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 19 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi, En Vitrine, Cette semaine

Un printemps neuf, Vincent Roy, mars 2022, 119 pages, 14,50 € Edition: Le Cherche-Midi

 

« Saisir le moment favorable, donc, tient à un cheveu. À un fil. Il s’agit d’être léger. Buona fortuna. À Venise, la déesse a sa statue à la pointe de la Douane. J’y passe le soir tard. Je la salue. Merci, jusqu’ici je m’en suis sorti ».

Il y a près de quarante ans, un grand styliste bordelais publiait un roman qui s’avérait à sa lecture, et à sa relecture, au rendez-vous de l’Histoire d’un siècle de plus en plus débordé par des postures du nouveau pouvoir féminin. Son nom : Philippe Sollers, son titre : Femmes. Nous avons changé de siècle, mais point de postures, et le nouveau pouvoir féminin s’affuble d’une nouvelle appellation d’origine contrôlée, le néo-féminisme. Ce siècle est toujours débordé par la tristesse, les insomnies de la Langue, le ressentiment, la vengeance, la sinistrose romanesque, et c’est là, sur ce terrain miné que surgit un roman, un court roman brillant et enluminé, léger et précieux, le roman d’un écrivain français qui ne craint ni les mots, ni les corps, le sien et celui de Lila, ni les dieux.

Le Fantôme de Philippe Pétain, Philippe Collin (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 19 Mai 2022. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Flammarion, Histoire

Le Fantôme de Philippe Pétain, Philippe Collin, Flammarion/France-Inter, mars 2022, 366 pages, 22,50 € Edition: Flammarion


Cet ouvrage est le fruit d’une enquête passionnante de Philippe Collin menée auprès de douze historiens, chacun d’eux ayant travaillé spécifiquement sur un aspect précis relatif au personnage historique et contesté que fut Philippe Pétain, qu’il s’agisse de la première guerre mondiale, de l’entre-deux-guerres, de l’occupation ou de la deuxième guerre mondiale.

A la période trouble que nous vivons (lire ou relire la recension de La falsification de l’histoire de Laurent Joly sur notre site), l’ouvrage veut répondre en une dizaine de chapitres aux interrogations légitimes que pose la présence du personnage dans notre quotidien électoral ou pas.

En effet, comment expliquer le recours à Pétain aujourd’hui encore, pourquoi a-t-on eu recours à lui, qui a pactisé avec le pouvoir nazi, quelles ont été les circonstances de l’entre-deux-guerres qui ont pu favoriser son accession au pouvoir en 1940 ?

Frida Kahlo, Helga Prignitz-Poda (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 19 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Langue allemande, Arts

Frida Kahlo, Helga Prignitz-Poda, Gallimard, mars 2022, trad. allemand, Josie Mély, Catherine Weinzorn, 264 pages, 35 €

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón entre souffrance et rébellion

La nouvelle édition de la magnifique monographie consacrée à Frida Kahlo (1907-1954) est rédigée par Helga Prignitz-Poda. L’historienne de l’art allemande approfondit la trajectoire de l’existence de Frida Kahlo, depuis sa naissance à Coyoacán, au Mexique, pays alors peuplé d’une classe dirigeante européenne tenant tous les secteurs économiques et d’une population indigène jugée indigne de participer aux grands événements de la nation. Les convictions politiques, les rêves, les rencontres, les souffrances, la liaison avec Diego Rivera (1886-1957) s’imbriquent dans l’œuvre de Frida, traversée à la fois par le style de la Renaissance, les mythes grecs et « les mythes aztèques de la Création ». L’artiste a assisté aux scènes cruelles de la Révolution (entre les Zapatistes et les Carrancistes), s’est passionnée pour la poésie de Walt Whitman, le bouddhisme et le marxisme, et a « choisi un chevalier en la personne de Diego ». Helga Prignitz-Poda livre une vision traumatique de l’artiste mexicaine, de son rapport à l’enfance, ceci en dépit d’une reconnaissance assez rapide (vente de tableaux dès 1938) – au contraire de Louise Bourgeois (1911-2010), découverte tardivement.

Un Homme dos à la mer, Wang Wen-hsing (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 18 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, En Vitrine, Cette semaine

Un Homme dos à la mer, Wang Wen-hsing, Editions Vagabonde, mai 2022, trad. chinois (mandarin) de Taïwan, Camille Loivier, 390 pages, 22 €

 

Note liminaire : le rédacteur de cette critique ne sait pas un mot de mandarin et ne pourrait par conséquent émettre le moindre avis sur la moindre référence à la langue chinoise. Les excellentes éditions Vagabonde proposent, avec ce roman taïwanais, une transposition/traduction du mandarin au français, à la houlette de Camille Loivier. C’est donc bien de cet ouvrage que nous allons parler, de cet objet recomposé en langue française, avec de toute évidence, un grand talent. Ces précautions préalables s’imposent car ce roman, très au-delà de l’histoire qu’il raconte, vaut essentiellement par sa langue saisissante, l’expérimentation énonciative ahurissante qu’il propose.

Ici la langue n’est pas – ou presque plus – le véhicule du sens. Elle l’est encore certes, mais « en passant » comme on dit dans un jeu d’échecs. Elle constitue plutôt un matériau malléable, truffé de formes inventées, de creux, de protubérances, de déformations de mots, de ponctuation hors règles, d’espacements anarchiques. Mais rien, absolument rien n’est gratuit, tout signifie, ce qui a pour effet de doubler, parfois de tripler, le sens d’une page, d’une phrase, d’un mot.

La nuit des choses, Marie-Hélène Gauthier (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 17 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La nuit des choses, Marie-Hélène Gauthier, Éditions des Instants, octobre 2021, 207 pages, 16 €

 

 

Ce roman s’apparente au théâtre d’ombres. Il met en scène deux personnages : une femme et un homme. C’est la femme qui tient le rôle principal ; l’homme, lui, est absent – comme effacé ; il est celui qui s’est mis à l’écart, qui a rompu un équilibre, qui a trahi. Et, paradoxalement, cet homme absent, dont on sait qu’il est écrivain, bénéficie d’une « présence amplifiée, plus sonore », si bien qu’on peut parler de monologue à deux, où la femme atténue « le poids de cette absence ».

Elle ? On l’imagine assise sur les marches d’un escalier, se demandant ce qu’il faut faire : continuer de monter ou redescendre ? Elle est là devant nous, on attend, elle va se mettre en mouvement – les pages, les chapitres vont l’aider : ce livre est fait pour ça, est fait pour elle.