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Les Livres

Pour Emma (première partie) - Madame Bovary, Gustave Flaubert (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 13 Avril 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, En Vitrine, Cette semaine

Madame Bovary, Gustave Flaubert, Folio Gallimard, 2001, édition de Thierry Larget, 528 pages, 4,10 €

Lorsque l’on effectue une recherche relative à Gustave Flaubert (1821-1880) sur le site de La Cause Littéraire, on trouve des articles dans lesquels cet auteur est mentionné en passant, référence obligée, deux listes de « livres à lire » dans lesquelles le roman Madame Bovary (1857) est plus qu’honorablement classé (c’est bien, ça a un petit côté trophée sportif, à ceci près qu’on a omis de mentionner dans quel club évoluait Flaubert, à moins que ce soit Emma Bovary qui pratique le patinage artistique ou ait pris des stéroïdes ?), et deux articles dédiés à cet auteur. L’un est la recension d’un ouvrage relatif à sa vie, ouvrage dont les extraits cités laissent à penser qu’il est aussi passionnant et réjouissant qu’un petit crachin occupant une journée de novembre (le mois, pas la nouvelle de Flaubert). L’autre est la recension des volumes II et III de ses Œuvres « en la Pléiade » et s’intéresse en long et en large à la phrase flaubertienne – en omettant de citer que le paragraphe dont Flaubert était le plus fier, dans Madame Bovary, était le suivant : « Six heures sonnèrent. Binet entra ». Bref, on indique qu’il faut lire Madame Bovary, n’en déplaise au procureur Pinard, on parle (mal) de la vie de l’auteur, et on glose sur son style – et comme d’habitude avec un classique « qu’il faut avoir lu », l’impression désolante que tout un discours périphérique semble interdire de voir l’œuvre autour duquel il gravite.

Ce matin-là, Gaëlle Josse (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 12 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Noir sur Blanc

Ce matin-là, Gaëlle Josse, janvier 2021, 224 pages, 17 € Edition: Editions Noir sur Blanc

 

Un matin, Clara ne peut plus, n’en peut mais. À l’instar de sa voiture qui ne démarre pas et dont la panne agit comme un révélateur de son état, ou un catalyseur de sa chute, elle s’écroule. Pourquoi ce matin-là et pas un autre, le précédent ou le suivant, on l’ignore, et là n’est pas la question. Ça arrive.

S’ensuivent un jour sans travail, une consultation chez le médecin, un arrêt de travail prolongé, un séjour chez sa meilleure amie, la recherche de quelqu’un à aller voir, quelques signes çà et là, comme autant de phares falots mais têtus le long d’une côte lointaine à rejoindre – une femme allumant un cierge dans une église, et priant, un étal de tulipes, le titre d’un roman… Jusqu’à ce que, comme dans les livres de développement personnel mais aussi dans la vraie vie, ce burn-out devienne une chance et une renaissance.

Selfie lent, Armand Dupuy (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Avril 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Selfie lent, Armand Dupuy, Les éditions Faï fioc, janvier 2021, 112 pages, 13 €

 

Construire le texte

Comme souvent, j’ai pris un délai entre la rédaction de ces lignes et ma lecture du dernier livre d’Armand Dupuy. De fait, je crois pouvoir redonner une impression définitive de ce travail. Par exemple en disant que ce « journal-poème » qui se présente d’un seul tenant typographique (j’y reviendrai), m’a semblé l’objet d’un grand, long et méticuleux labeur de réécriture, afin de ne pas laisser sans soins la moindre épithète ni la plus petite ponctuation. J’ai au reste, imaginé des titres à cette chronique, que je recopie de mes notes : écrire le peu – retirer – ne pas dire trop – évider le temps réel – vers le verbe – vers une faim… Ainsi, cette pause entre ces deux activités de lire et d’écrire, procède en un sens de la manière qui semble avoir été un souci important, c’est-à-dire, aller à l’essentiel.

Rien que l’amour, Lucien Becker (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Rien que l’amour, Lucien Becker, 432 pages, 10,50 € Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Né en Moselle en 1911, décédé à Nancy en 1984, Lucien Becker, entré dans l’administration de la police, écrivit très tôt (dès 1929) et annonça en 1961 qu’il n’écrirait plus. Son dernier recueil date de cette année-là : L’été sans fin. Mais nombre de poèmes inédits et posthumes sont repris dans cette édition qui comporte en outre des lettres de pairs ou de poètes admirés (Tardieu, Réda, Senghor, Bachelard, Bousquet…). Cet ensemble copieux, plus de quatre cents pages, convaincra le jeune public de l’intérêt de cette poésie toute dédiée à l’amour. Les titres parlent d’eux-mêmes et suggèrent, comme le note bien Guy Goffette dans sa longue préface, les blessures perçues dès le plus jeune âge : Pas même l’amour ; Le jeu des corps ; Le désir n’a pas de légende ; Les pouvoirs de l’amour ; Plein amour. De 1929 à 1961, une quinzaine de titres et des publications chez Gallimard (dès 1944) le font reconnaître de Char, Follain, etc.

C’est « un désastre intérieur » qui préside à l’écriture du poème, c’est la solitude extrême, c’est encore le silence, c’est la présence aussi d’Yvonne, sa femme, et de leur fille.

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, Michèle Audin (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, mars 2021, 194 pages, 17 € . Ecrivain(s): Michèle Audin

 

Dans l’un de ses précédents romans, Comme une rivière bleue, Michèle Audin avait décrit la Commune de Paris à partir des quartiers de Paris où celle-ci avait connu les activités et faits les plus marquants et significatifs ; elle avait restitué l’histoire à hauteur des destinées individuelles, obscures, celles des sans-grades.

Dans Josée Meunier, 19 rue des Juifs, l’auteure reprend ce mode de récit en le circonscrivant à un immeuble, celui du 19 rue des Juifs, situé dans le quatrième arrondissement de Paris. Elle prend pour point de départ une perquisition menée par un certain Victor Berlioz, commissaire de police de son état : il ressort quelque peu bredouille de sa descente de police, il n’a pu, en effet, cueillir des suspects et n’a recensé qu’une concierge, Madeleine, un coiffeur, Mlle Georgette, couturière, Madame Dubois, une ouvrière en cartonnages.

Pourtant, l’immeuble du 19 rue des Juifs fut le lieu d’où s’échappèrent Josée Meunier et d’autres membres de sa famille pour rejoindre en exil à Londres Albert Theisz, bronzier et ardent partisan de La Commune.