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Contes

Le Pèlerin, Fernando Pessoa

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 25 Novembre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Editions de la Différence

Le Pèlerin, trad. portugais Parcidio Gonçalves, 96 pages, 6 € . Ecrivain(s): Fernando Pessoa Edition: Editions de la Différence

 

Lire une œuvre inachevée, inaboutie, surtout lorsqu’elle est de haute volée, fait osciller l’humeur entre le plaisir et la frustration, sans qu’il soit possible de départager ces deux sentiments. Ainsi donc du Pèlerin, bref conte de Fernando Pessoa (1888-1935) dont la rédaction fut entamée en 1917 et arrêtée, à en croire le résumé proposé par l’auteur lui-même, après environ un tiers ; probablement une envie poétique ou la naissance d’un hétéronyme ont-elles empêché que soit continué ce récit pourtant prenant et à haute teneur allégorique.

Le narrateur, un jeune homme, mène une vie paisible (« Mon enfance avait été saine et naturelle. Mon adolescence se passait sans frémissements, quasi contemplative, jusqu’au jour où apparaît sur la route un homme tout de noir vêtu qui lui dit : Ne fixe pas la route, suis-la jusqu’au bout »). A partir du moment où il reçoit cette injonction, le narrateur ressent une inquiétude qui va le pousser à prendre la route pour se lancer dans un voyage initiatique qui va le mener à l’amour.

La Fée aux larmes, Jean-Yves Masson

Ecrit par Pierre Perrin , le Mardi, 22 Novembre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Fée aux larmes, éd. La Coopérative, octobre 2016, 96 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Masson

 

Toute lecture d’un volume de Jean-Yves Masson, qui toujours s’établit dans ce que la littérature offre de plus élaboré, suscite le régal. Avec ses quatre tomes de romans et nouvelles, chez Verdier, ses quatre recueils de poèmes nourris, sans oublier quatre volumes encore d’essais et d’aphorismes, l’œuvre entière instille le temps long, la longue mémoire et, par surcroît, livre du rêve tout intime en même temps qu’universel. Dans Le Chemin de ronde, chez Voix d’encre, voilà treize ans, réfléchissant « au rire inextinguible des dieux », il concluait, mais provisoirement, comme si affleurait déjà la matière du présent conte : « les larmes seraient donc le vrai privilège de l’humain ». Plus largement, ces quatre vers des Poèmes du festin céleste, chez l’Escampette en 2002, n’attestent-ils pas la dimension que prend cette œuvre ?

« Puisque je fus, je demeure éternelle.

Regardez mon portrait de mensonge et de fable :

ma statue est solaire, mais le sable la garde

enfouie profondément dans un tombeau sans murs ».

Histoire d’un chien mapuche, Luis Sepulveda (Deux critiques)

Ecrit par Didier Bazy, Cathy Garcia , le Vendredi, 07 Octobre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Métailié, La rentrée littéraire

Histoire d’un chien mapuche (Historia de un perro llamado Leal), traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié, octobre 2016, Illustrations Joëlle Jolivet, 95 pages, 12 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

Critique de Didier Bazy

 

L’histoire d’un chien mapuche est un conte philosophique. Le titre original, histoire d’un chien nommé Loyal, en donne d’emblée l’indication thématique : loyauté, fidélité, devoir. Devoir, valeur première, comme le devoir d’obéissance et de respect. La fidélité ensuite, à condition qu’elle ne soit pas trop « bête ». La loyauté enfin comme valeur la plus haute même si souvent discrète…

Ce conte philosophique est aussi une histoire morale qui ne fait pas la morale. Sepulveda n’a rien à voir avec La Fontaine ou Walt Disney, il relèverait plutôt de Diogène, le cynique, le chien, le grand naturaliste. Conte cynique au sens strict. Le cynisme comme ancêtre du stoïcisme. Le cynisme comme théorie de la réduction des besoins.

De quoi avons-nous vraiment besoin ? est la grande question cynique. Et la belle réponse est : pas grand-chose… un peu d’eau fraîche.

Histoires de fantômes indiens, Rabindranath Tagore

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Samedi, 01 Octobre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Editions Arléa

Histoires de fantômes indiens, trad. bengali Ketaki Dutt-Paul, Emmanuel Pierrat, 205 pages, 9 € . Ecrivain(s): Rabindranath Tagore Edition: Editions Arléa

 

« Je n’ai jamais compris pourquoi certains mots

vous arrachent des larmes quand vous les lisez,

et pourquoi les mêmes, prononcés à haute voix,

deviennent sujet à plaisanterie » (1)

 

Même si elles ne constituent pas la part la plus aboutie de l’œuvre de Rabindranath Tagore (2), ces Histoires de fantômes indiens nous ramènent à une Inde de la fin du XIXè siècle moins stéréotypée que celle décrite dans les romans occidentaux de la même époque mais tout aussi chatoyante et elles laissent entrevoir comment Tagore est devenu le poète de cette civilisation.

"Birthday Letters" et "Contes d'Ovide" de Ted Hughes

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 29 Septembre 2016. , dans Contes, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Poésie, Gallimard

Birthday Letters, trad. anglais et préface, Sylvie Doizelet, et Contes d’Ovide, Phébus, trad. anglais et présentation, Patrick Reumaux . Ecrivain(s): Ted Hughes Edition: Gallimard

 

Ted Hughes, né en 1930, marié à Sylvia Plath de 1956 jusqu’au suicide de celle-ci en 1963, poète officiel de la cour d’Angleterre, est l’une des grandes voix du vingtième siècle. La parution simultanée de ces deux recueils d’une rare densité, publiés peu avant sa mort survenue en 1998, atteste l’intérêt que lui porte l’édition française. Les Lettres d’anniversaire ont connu un succès sans précédent ; ces deux cent-trente pages-là se sont en effet vendues à cinq cent mille exemplaires, outre-Manche. Quant aux Contes, ils revisitent si bien tout ce que notre Occident répudie, le sacré par-dessus tête, qu’ils participent d’une nécessité en apparence distincte, mais tout aussi puissante.

Le suicide de la mère de ses deux enfants, à qui le poète dédie le monument funéraire que constituent ces Lettres, avait fait l’objet d’un silence irréfragable. Ce livre rompt trente-cinq ans de mutisme qu’aucun venin, aucune hyène n’avaient pu forcer. Mais la surprise, le goût pour le mystère dépecé n’expliquent pas à eux seuls un tel élan pour des poèmes. Si la lecture paraît à la portée de tous, le monde auquel renvoie celle-ci reste sans concession. Ces Lettres rebroussent la mort ; elles retrouvent la morte telle qu’elle n’a jamais cessé d’être aux yeux de ceux qui l’ont aimée : vivante. L’amour vibre et siffle entre les vers – seul oxygène que la mort ne ravit pas.