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Contes

Contes du Nil Blanc et du Nil Bleu, Yacoub Artin Pacha

Ecrit par Chloë Fage , le Mardi, 22 Août 2017. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays arabes, Jeunesse

Contes du Nil Blanc et du Nil Bleu, Editions du Jasmin, Coll. Contes d’Orient et d’Occident, juin 2016, Illust. Denitza Mineva, 60 pages, 12 € . Ecrivain(s): Yacoub Artin Pacha

 

À mi-chemin entre les Fables de la Fontaine et les Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar, cet ouvrage illustré nous fait sillonner les rives du Nil au rythme de contes ancestraux. Le renard et le corbeau, Le lièvre et la girafe, Le marchand et les singes… Autant de récits collectés dans les tribus du Soudan égyptien mettant en scène la cohabitation entre personnages du règne animal et humains. Chaque conte se solde par une morale souvent énigmatique ancrée dans un univers des plus fantastiques : les animaux y discutent de Dieu, les femmes caressent les lions, les hommes se métamorphosent en roi des singes ou se font emporter par des nymphes appelées « Herryeh ».

Un folklore soudanais au lyrisme certain, collecté par l’historien et homme d’état égyptien Yacoub Artin Pacha, lorsqu’il partit à la rencontre de ces tribus en 1908. Rapportés par des enfants croisés en chemin ou des missionnaires rencontrés lors de l’exploration, ces récits constituent l’une des rares traces d’une tradition littéraire et orale à cet endroit précis du globe.

Histoires désobligeantes, Léon Bloy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 14 Avril 2017. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Mercure de France, En Vitrine

Histoires désobligeantes, mars 2017, 304 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Léon Bloy Edition: Mercure de France

 

Les Histoires désobligeantes de Léon Bloy s’inscrivent dans le courant des contes cruels qui prit son essor au milieu du XIXème siècle. Publié en 1894, ce recueil de trente courtes fictions avait été réédité vingt ans plus tard (Mercure, 1914) augmenté d’une préface de l’auteur et de deux textes extraits de son roman La Femme pauvre (1897). Et c’est cette seconde édition qui nous est proposée, annotée et préfacée par Sandrine Fillipetti et enrichie de deux textes critiques de Rémy de Gourmont et Octave Mirbeau, ainsi que d’un portrait de l’auteur dressé par Catulle Mendes dans un de ses romans.

Pour ce désespéré qui fit « son noviciat dans les odyssées de la famine et du chienlit », Chrétien souverainement épris d’absolu égaré dans un siècle le pénétrant de dégoût – dont les « générations avortées » saccagent « l’Idéal » –, l’ennemi à désobliger qui suscite sa colère c’est cette bourgeoisie florissante régnant à son époque et dont il fait la satire féroce.

Le portrait véritable, Jean Frémon

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 04 Avril 2017. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le portrait véritable, Fata Morgana, mars 2017, ill. originales Jaume Plensa, 64 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jean Frémon

 

Jean Frémon aime les contes : il l’a déjà souvent prouvé. Il aime autant les images et s’en est fait le défenseur autant dans ses écrits qu’en tant que « galeriste ». Il danse dans leur cadre, file dedans pour ne plus s’arrêter. Il leur donne de la gaieté par celle que provoquent ses six contes réunis ici et illustrés par un de ses artistes fétiches (Jaume Plensa) auquel il a consacré un superbe ouvrage, Lilliput, aux éditions de la Galerie Lelong.

Apologues et anecdotes, inventées ou non, deviennent l’image des images. L’écriture est riche d’une grâce adolescente, et la lumière semble prendre feu au vol de la rosée de l’herbe. Les gouttes d’eau roulant sur la terre froide deviennent des coraux, des cristaux. Et tout est à l’avenant.

Le poète accepte le sensible comme source première de l’intuition et de la connaissance, l’art fertilise les mots, et les mots l’art, manière de ne pas limiter les capacités des différents langages à décrire le monde dans l’ensemble, les limites de l’humain à connaître.

La souris qui rugissait, Leonard Wibberley

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 28 Mars 2017. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La souris qui rugissait, trad. américain JM. Daillet éd. Héros-Limite, Genève, 2017, 256 pages, 12 € . Ecrivain(s): Leonard Wibberley

 

Héros-Limite a la bonne idée de rééditer un des livres les plus improbables et désopilants du XXème siècle. L’auteur est comme Joyce et Beckett, un Dublinois. Les trois forment un « trio du fantôme ». Son père anticipa de 100 ans le Brexit. Professeur d’agronomie à l’University College de Cork, il défendit l’idée d’un Royaume-Uni auto-suffisant et sans Empire. A sa mort, Leonard doit abandonner ses études et travailler très vite comme journaliste au Sunday Dispatch puis au Daily Mirror et devient rédacteur en chef dans un journal à la Trinité-et-Tobago… puis correspondant de guerre aux États-Unis pour L’Evening News et à l’Associated Press de New-York. Il s’installe enfin en Californie en 1947, travaille au Los Angeles Times et commence une œuvre de romancier.

Avec la parution de La souris qui rugissait (1955), il devient célèbre et 4 ans plus tard le film (avec Peter Sellers) qui en est tiré connaît lui aussi un immense succès. Wibberley va écrire plusieurs suites, des livres pour enfants narrant les déboires d’un soldat anglais en lutte contre les insurgés américains (la série John Treegate), et sous le nom de jeune fille de son épouse il entame les aventures policières d’un moine franciscain de Los Angeles (Father Joseph Bredder). Boulimique, l’auteur fut aussi animateur de radio.

Le Pèlerin, Fernando Pessoa

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 25 Novembre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Editions de la Différence

Le Pèlerin, trad. portugais Parcidio Gonçalves, 96 pages, 6 € . Ecrivain(s): Fernando Pessoa Edition: Editions de la Différence

 

Lire une œuvre inachevée, inaboutie, surtout lorsqu’elle est de haute volée, fait osciller l’humeur entre le plaisir et la frustration, sans qu’il soit possible de départager ces deux sentiments. Ainsi donc du Pèlerin, bref conte de Fernando Pessoa (1888-1935) dont la rédaction fut entamée en 1917 et arrêtée, à en croire le résumé proposé par l’auteur lui-même, après environ un tiers ; probablement une envie poétique ou la naissance d’un hétéronyme ont-elles empêché que soit continué ce récit pourtant prenant et à haute teneur allégorique.

Le narrateur, un jeune homme, mène une vie paisible (« Mon enfance avait été saine et naturelle. Mon adolescence se passait sans frémissements, quasi contemplative, jusqu’au jour où apparaît sur la route un homme tout de noir vêtu qui lui dit : Ne fixe pas la route, suis-la jusqu’au bout »). A partir du moment où il reçoit cette injonction, le narrateur ressent une inquiétude qui va le pousser à prendre la route pour se lancer dans un voyage initiatique qui va le mener à l’amour.