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Contes

La Mille et Deuxième Nuit, Théophile Gautier

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

La Mille et Deuxième Nuit, mai 2016, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Théophile Gautier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les éditeurs choisissent souvent de republier des œuvres d’auteurs tombés dans le domaine public, en les combinant différemment. La prolifique collection Folio 2 euros s’inscrit dans ce projet, avec ce recueil de quatre nouvelles de Théophile Gautier, extraites de Romans, Contes et Nouvelles (Bibliothèque de la Pléiade), qui porte le titre intrigant de l’une d’entre elles, La Mille et Deuxième Nuit. Si les sources d’inspiration et les modes d’énonciation des nouvelles sont variés, en revanche l’ensemble présente une unité thématique, celle du double.

Le premier récit, intitulé Laquelle des deux, conte l’amour irrépressible du narrateur pour deux femmes anglaises, une brune et une blonde, qu’on dirait jumelles.

Deuxième conte de la série, La Chaîne d’or revisite le mythe de Jason et la Toison d’or. L’épreuve consiste ici à rapporter une chaîne d’or monumentale appartenant à une ancienne hétaïre aimée. Le navire équipé pour la quête porte le nom d’Argo et les références à la mythologie antique sont nombreuses : « Demander la chaîne de Bacchide, c’était demander quelque chose d’aussi impossible que d’apporter la mer dans un crible : autant eût valu exiger une pomme d’or du jardin des Hespérides ».

Le printemps, Bruno Schulz

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Lundi, 20 Juin 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Folio (Gallimard)

Le printemps, trad. polonais Thérèse Douchy (pour Denoël 1974), 128 pages, 2 € . Ecrivain(s): Bruno Schulz Edition: Folio (Gallimard)

 

Bruno Schulz : Le printemps ou l’alchimie du verbe.

« Voici l’histoire d’un printemps qui fut plus vrai, plus éblouissant et plus violent que les autres, qui avait tout simplement pris au sérieux, à la lettre son texte, ce manifeste inspiré, écrit avec un rouge de fête (…) » Ainsi commence Le printemps de Bruno Schulz, un de ces récits qu’on dépoussière à chaque printemps car il contient sa quintessence et une fraîcheur éternelle.

Son « printemps » est comme tissé d’une dentelle en chlorophylle, faite d’une faune et flore délicate et fragile. La sensibilité de son regard capte un merveilleux microcosme de la nature qui se transforme sous sa plume en poésie. « Les jardins s’ordonnent à l’intérieur de la coupe cristalline de l’horizon, la verdure du mois de mai mousse, bouillonne et déborde, les collines prennent la forme des nuages : ayant atteint le sommet, la beauté du monde s’envole pour entrer dans l’éternité ». Matisse écrivait que « le poète est comme le four à brûler le réel ».

Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 17 Juin 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Tout a une fin, Drieu, mai 2016, 131 pages, 10 € . Ecrivain(s): Gérard Guégan Edition: Gallimard

Ce n’est pas une biographie de Drieu la Rochelle que nous livre Gérard Guégan. Non, dans ce livre où apparaît sur la couverture le mot « fable » en-dessous du titre, c’est une apostrophe adressée à l’écrivain, dont les passages en italique peuvent refléter les différents états de conscience de Drieu, ou ceux du rédacteur de la fable, lui-même. L’ouvrage se focalise plus spécialement sur la période 1944-1945. Il débute au moment qui suit la première tentative de suicide de l’écrivain, survenue en août 1944, au luminal. L’ouvrage de Gérard Guégan tente d’éclairer l’attitude de Drieu, face au fascisme, au communisme, à la littérature, et il y parvient en confrontant l’écrivain avec des personnages issus de la Résistance, qui procèdent à son interrogatoire, avant sa mise à mort, que Drieu croit inévitable en raison des circonstances.

C’est le choix, entre fascisme et communisme, qui suscite les propos les plus significatifs, on sait que Drieu a longtemps hésité entre ces idéologies avant de basculer au mitan des années Trente, vers le fascisme : « C’est bien là la faiblesse des fascistes. Il leur faut constamment dialoguer avec d’imaginaires forces invisibles. (…) Tout autres sont les communistes de chez Staline qui dédaignent l’abstraction, qui honnissent le mysticisme. Avec eux, un innocent doit se déclarer coupable dans le seul but d’innocenter le tribunal qui va le rayer de l’histoire ».

Histoires d’amour dans l’Histoire des Arabes, choisies, traduites et annotées par Jean-Jacques Schmidt

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 20 Avril 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays arabes, Sindbad, Actes Sud

Histoires d’amour dans l’Histoire des Arabes, février 2016, 149 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean-Jacques Schmidt Edition: Sindbad, Actes Sud

Remercions et félicitons les éditions Actes Sud pour la publication de cet ouvrage dans lequel Jean-Jacques Schmidt a compilé une somme d’environ soixante-dix contes de longueur très variable.

Ouvrage de référence quand on sait que, ces dernières décennies, maintes thèses d’histoire littéraire ont fait de la littérature arabe une des sources essentielles du roman courtois et de la poésie courtoise qui ont fait florès en Occident du XIe au XIIIe siècle.

On connaît par ailleurs l’influence qu’a eue sur notre histoire littéraire le Livre des Mille et Une Nuits, surtout après la traduction qu’en a faite Antoine Galland au début du XVIIIe siècle, mais déjà beaucoup plus tôt, puisque dès le XIe siècle circulaient en Europe des variantes de certains des récits qui le constituent, transplantés ou greffés dans le corpus des contes des folklores locaux.

Les histoires d’amour ici collectées, rassemblées et classées par grandes périodes (successivement époque préislamique, débuts de l’islam, époque omeyyade, époque abbasside, époque andalouse) présentent, malgré les contextes historiques différents et l’emprise croissante de la religion, une remarquable identité thématique, narrative et dramatique.

Contes étranges, Sade

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 15 Janvier 2016. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Contes étranges, Sade, 384 pages, 5,80 € . Ecrivain(s): Marquis de Sade Edition: Folio (Gallimard)

 

D’un libertinage à l’autre, lecture des Contes étranges de Sade

Pourquoi les adeptes des Infortunes de la vertu ou des Crimes de l’amour iraient-ils lire ces « historiettes » dont l’appellation, quoique choisie par Sade lui-même, convient si mal à sa réputation ? D’autant qu’elles sont en partie des réécritures de certaines Lettres historiques et galantes de Madame Du Noyer.

Mais avant l’invention des droits d’auteur, une histoire n’était à personne, donc à tous ceux qui se l’appropriaient par l’écriture. Ainsi Sade met-il du sien dans des anecdotes comme par exemple celle des Harangueurs provençaux où il situe à Marseille la scène qui se déroule initialement à Versailles pour ridiculiser les magistrats de sa province à cause desquels il est en prison.

Mais en dehors de quelques particularités de ce genre, pourquoi les amateurs de sexe et de violence se plongeraient-ils dans ces historiettes qui font l’économie des termes crus et autres habituelles évocations scabreuses, marques de fabrique de l’écrivain ? La déception ne les guette-t-elle pas dans des détails, comme ces points de suspension pour révéler que La fleur de châtaignier « sent le f… » ?