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Contes

Contes de Nouvelle-Zélande, Pascale Fontaine, Émilie Géant (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 20 Août 2021. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Contes de Nouvelle-Zélande, Pascale Fontaine, Émilie Géant, éditions Cipango, Coll. Tamtam, juin 2021, 96 pages, 16,50 €

 

Aotearoa

Pascale Fontaine a collecté une série de contes de la Nouvelle-Zélande, contes perpétués de façon orale, qu’illustre Émilie Géant, née en 1980, diplômée de l’École Émile Cohl de Lyon, et qui vit dans ce pays d’Océanie, appelé en maori : Aotearoa. Ce continent situé à 2000 km de l’Australie est très isolé géographiquement, situation qui a permis le développement d’une flore et d’une faune riches et variées, comme les kauri géants, les insectes weta, les kaponga et le kiwi (deux oiseaux symboles nationaux). Les Maoris sont arrivés entre 1050 et 1300 tandis que les Européens eux ont débarqué en 1642.

Ainsi, dans ce livre à la forme d’un carnet de voyage, en couverture au format 16x24 cm, l’on voit un jeune Maori, Tinirau, chevaucher une baleine, Tutunui, au milieu de vagues tourbillonnantes. Les allégories et les coutumes sacrées de ce peuple océanien, les noms propres et les noms communs désignant des objets et des lieux, des chants et des incantations, rythment le récit de la théogonie de la Nouvelle-Zélande.

La Patte du chat, Jacques Cazotte (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 26 Mai 2021. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages poche

La Patte du chat, Jacques Cazotte, avril 2021, 96 pages, 7,60 €

 

Complexe histoire que celle de Jacques Cazotte (1719-1792), pourfendeur des mœurs de son temps, et pourtant fidèle à un esprit « Ancien Régime » au point d’avoir dit, en montant sur l’échafaud : « Je meurs comme j’ai vécu, fidèle à mon Dieu et à mon roi ». Pour lui, à la fin de sa vie, alors qu’il est entré dans les ordres, le Bien est incarné en la cause royaliste, et la Révolution, c’est le Mal en action. Le Mal est déjà au cœur de son récit le plus célèbre, Le Diable amoureux, publié en 1771, cette « nouvelle espagnole » qui valut à son auteur le titre de « père du fantastique » français.

Du Diable amoureux, rien ne sera dit ici, car c’est un récit paru trente années auparavant qui retient notre attention, actualité éditoriale et curiosité littéraire obligent : La Patte du chat. L’expression « curiosité littéraire » n’est pas vaine : ce bref récit, par un tout jeune homme, est dans la veine parodique de son époque, à mi-chemin entre le conte de fées remis au goût du jour à la fin du siècle précédent (d’Aulnoy, Perrault) et l’orientalisme dans l’air du temps depuis qu’Antoine Galland a refondu en français Les Mille et une nuits.

Kalila et Dimna, Conflits et intrigues, tome 2, Ramsay Wood (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 18 Décembre 2020. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie

Kalila et Dimna, Conflits et intrigues, tome 2, Ramsay Wood, éditions Desclée de Brouwer, octobre 2020, trad. Lucette Dausque, 360 pages, 8,80 €

 

Parole orphique

Kalila et Dimna sont des fables écrites en sanskrit à partir du Pañchatantra, anciennes de 2000 ans, traduites en arabe au VIIIe siècle, en moyen-persan et en syriaque au VIe siècle, et passées de l’Éthiopie à la Chine puis à l’Europe. Esope s’en inspira sans doute et La Fontaine y puisa la matière de son œuvre. Ces successions d’histoires s’entrecroisent, s’enrichissent de références mêlant des traditions culturelles, religieuses, profanes, de légendes populaires de l’hindouisme polythéiste et du bouddhisme monothéiste. Maints calligraphes et artistes de cour en ont révélé la beauté, spécialement à l’aide de sublimes miniatures. Les animaux dotés d’attributs humains se présentent comme des humains déguisés, les agents de la doctrine de la métempsychose, à divers états de la réincarnation. Il se trouve dans cette épopée la préfiguration de l’enfer, qui est aussi le territoire d’un dieu. Le recueil présent est accompagné de dessins en modèles réduits de G.W. Whitworth.

Le Sens du calendrier, Nathalie Léger-Cresson (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 08 Décembre 2020. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Le Sens du calendrier, Nathalie Léger-Cresson, Ed. des Femmes Antoinette Fouque, octobre 2020, 171 pages, 15 €

 

Se méfier de l’eau qui dort

Nathalie Léger-Cresson, dans ce qui pourrait être pris pour une autofiction – tant elle se dit « transparente » – crée de fait une « surfiction » poétique, ou au minimum une traversée des apparences dans un réalisme magique très personnel, où les calendriers perdent leurs jours ou en possèdent trop par effet lunaire.

Ecrivant, voire au besoin « médisant », et ce « à la lumière de ma lampe à huile de thon en boîte », l’auteur met dans sa poche – mais ce n’est qu’une façon de parler – des amants de passage, tout comme ses rêves et ses cauchemars encore plus lumineux, dans le noir, là où les lapins levés n’ont pas d’oreilles, et où de l’amour une chose se retient – à savoir la technique.

Le Cœur révélateur (Contes), Edgar Poe (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 25 Novembre 2020. , dans Contes, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA, Flammarion

Le Cœur révélateur (Contes), Edgar Poe, Flammarion, Coll. bilingue Aubier, 1966, 375 pages

 

L’artiste défie le moraliste, une parodie de Platon

Poète maudit, auteur de célèbres contes fantastiques et policiers, critique littéraire implacable, très apprécié en France depuis les traductions de Baudelaire et de Mallarmé mais écrivain mal-aimé dans son pays natal, l’Amérique puritaine, où il déplaît pour sa vie dissolue (ivresses, mariage avec une cousine de 13 ans, dettes de jeu, mort d’éthylisme dans le caniveau de Baltimore), sa critique de la démocratie américaine et son esthétique aux antipodes de la pensée positive. Fasciné par la folie, le crime et le mal sous toutes ses formes, il appartient à un genre littéraire équivoque, le romantisme noir, et met en scène des monstres pervers aux passions sombres et destructrices dans des atmosphères lugubres et angoissantes.

Le Cœur révélateur, publié en 1843, illustre bien la formule de Mallarmé : « Poe, c’est le cas littéraire absolu » : entre maîtrise artistique et folie, jeux ambigus du réel et de l’imaginaire, polysémie et ironie, symbolisme subtil, l’histoire du cœur révélateur voile et dévoile. Défenseur de l’art pour l’art dans ses Principes Poétiques, Poe réfute le didactisme de convention et, avant Nietzsche, réhabilite le poète chassé de la cité par Platon.