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Contes

Dragon, ange et pou, Trois burlesques, Christian Cottet-Emard

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 19 Avril 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le pont du change

Dragon, ange et pou, Trois burlesques, 75 pages, 12 € . Ecrivain(s): Christian Cottet-Emard Edition: Le pont du change

Les quatorze anges de Conques

Le petit volume blanc nous accueille drôlement : un curieux cortège de trois créatures sorties de l’imaginaire, de la pierre, et de dame Nature, nous invite donc à sourire, à plaisanter, à goûter aux facéties (burlesques) de l’auteur qui avec malice (« les autres malices ») nous les présentera en dés/ordre : le dragon Hafner, le deuxième ; l’ange curieux pour finir et un pou d’orgue pour ouvrir le bal. Trois nouvelles, trois contes ou trois fables, selon notre humeur. Le premier récit, le plus ample est affaire d’insecte : bref, est affaire de littérature (pensons à l’ami Aristophane).

Le héros, un improbable Alastair Bang, qui, malgré son prénom britannique, ne ressemble pas heureusement au patibulaire vieil ami de la mort, aux yeux blancs, est un J.H Fabre moderne, célibataire en mal d’amour. Il a « un humour particulier ». Nul ne saurait remettre en cause ses compétences scientifiques : il pourra débarrasser la petite ville française d’un énorme pou, « un monstre » accroché aux tuyaux de l’orgue de l’abbatiale. Il nous faut une caution raisonnante en matière d’histoire fantastique. Les dignitaires du lieu, du pharmacien rival, Adolphe Hénol, à la vieille fille au nom de fleur, Jacinthe, en passant par Cafardo, le bien nommé, tous mettent leur espérance en Alastair Bang. Ce dernier identifie la bête. C. Cottin-Emard s’amuse lui à nous perdre dans notre lecture, tantôt souriante, tantôt rêveuse, tantôt plus mélancolique.

Les déterreurs de trésors, Washington Irving

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA

Les déterreurs de trésors (The money diggers) Trad. de l‘anglais (USA) et présentation Thomas Constantinesco et Bruno Montfort. Ed. Rue d’Ulm 15 mars 2014. 125 p. 13 € . Ecrivain(s): Washington Irving

 

Ce petit livre de contes, qui compte deux siècles d’âge, est un bijou parfait de noirceur, d’écriture gothique mais aussi de finesse d’esprit et de drôlerie. Un authentique chef-d’œuvre.

Cinq Récits enchâssés – un personnage d’un récit narre le récit suivant – cinq perles qui prennent place avec une autorité magistrale dans la grande lignée de la littérature américaine. Fils spirituel de Thoreau, nourri d’influences baroques européennes (il rencontra Mary Shelley et Walter Scott lors d’un voyage de jeunesse en Angleterre), on découvre dans cette œuvre que Washington Irving est aussi le père spirituel de Nathaniel Hawthorne ou Edgar Poe.

Récits fantastiques ou à la limite du fantastique – le genre est tenu à distance par l’humour d’Irving (« mais ce sont histoires de bonnes femmes » vient toujours démystifier l’irrationnel) – ces contes sont d’une richesse extraordinaire.

Trois Légendes, Richard Millet

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Lundi, 03 Mars 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pierre Guillaume de Roux éditeur

Trois légendes, octobre 2013, 96 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

 

Un séducteur, cordonnier de son état, musicien par vocation, charme les loups en jouant du violon, avant de disparaître. Deux frères, partis à la guerre de 40, reviennent dans la ferme familiale à cheval, l’un vivant et l’autre décédé, cadavre décomposé attaché à sa selle, comme dans la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable. Aidé par une enseignante esseulée, un bûcheron isolé décide de partir en fumée en haut d’une cabane perchée sur un arbre, au milieu des bois, drakkar échoué de quelque océan oublié.

Saturnienne, nocturne, chaque légende célèbre, à sa manière, les hautes terres d’enfance. Monts granitiques, forêt plus profonde que le cœur humain (p.28). Villages lointains : le plateau de Siom semble effectivement être le principal, sinon l’unique, personnage, de ce mince recueil, sombre et lumineux. Éloges du pays perdu limousin cher à Jourde (1), ces trois histoires évoquent, pour une part, la manière qu’a Pierre Michon de décrire de minces existences, de pittoresques inconnus, en de longues phrases classiques, amples et hugoliennes, à travers les Vies minuscules (2) ou Le Roi du bois (3). Écrit dans une langue superbe, poétique, l’ouvrage procède lui aussi d’une sorte de mythologie secrète, nervalienne, et non d’un quelconque régionalisme corrézien, plat et niais :

Les exploits d’un jeune Don Juan, suivi de Les Onze mille verges, Guillaume Apollinaire

Ecrit par Frédéric Aribit , le Samedi, 08 Février 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages poche, petite bibliothèqye

Les exploits d’un jeune Don Juan, suivi de Les Onze mille verges, 2013, préface de Christelle Taraud, 284 p. 7,65 € . Ecrivain(s): Guillaume Apollinaire Edition: Rivages poche, petite bibliothèqye

 

Rien n’est aussi contagieux que le sexe. Les moralistes de tout poil, qui n’ont souvent été à cheval que sur les principes, le savent bien qui, siècle après siècle et de quelque bénitier qu’ils se réclament, se sont acharnés à interdire ces « livres qu’on ne lit que d’une main » dont parlait Jean-Jacques Rousseau. Qu’il y ait là, dans ces pages, quelque chose qui plonge au plus profond de l’indicible, qui nous ramène au fond de ces désirs aveugles, informulables, inavouables, et où l’on retrouve le corps immédiat de l’autre, dans cette disponibilité réciproque où l’on pourrait mourir, bref qu’il s’agisse d’une liberté d’être à laquelle personne n’est jamais obligé, mais où l’humanité entière se donne toujours son rendez-vous nocturne, de quelque façon qu’elle l’accepte ou qu’elle le refuse, tout cela n’y aura jamais rien fait. Les interdictions continuent de tomber comme des couperets.

Le Bel Otage, Zayd Muti’Dammaj

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 10 Janvier 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Editions Zoe

Le Bel Otage (Al Rahina), traduit de l’arabe du Yémen par Nada Ghosn, 157 pages, 18 € . Ecrivain(s): Zayd Muti’Dammaj Edition: Editions Zoe

 

Au cours des années de troubles et d’agitation permanente qui préludent à l’assassinat, en 1948, de l’imam-roi Amir al-Mumenin al-Mutawakkil ‘Ala Allah Rab ul-Alamin, Imam Yahya ben al-Mansur Bi’llah Muhammad Hamideddin (sic), de nombreux fils de chefs rebelles ont été enlevés à leur famille et retenus comme otages dans les forteresses des gouvernorats.

Le héros de ce surprenant conte-roman est l’un de ces jeunes captifs. Après une période de forteresse, il est transféré au palais du gouverneur comme duwaydar, affecté au service particulier, aussi longtemps qu’il n’est pas devenu pubère, de la belle Sharifa Hafsa, la jeune sœur du gouverneur, divorcée, oisive, capricieuse, sensuelle, agitée de pulsions qu’elle ne parvient pas à brider.

L’otage, narrateur à la première personne, découvre peu à peu les règles arbitraires et archaïques d’une société de palais hypocrite, fermée sur elle-même, où les duwaydars, valets le jour, sont la nuit les jouets des femmes du sérail qui se les disputent.