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Les Dossiers

Entretien avec Bernard Pignero

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 14 Janvier 2016. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

 

Embruns paraît aujourd’hui aux éditions Encretoile. Quelle a été la genèse de ce roman ?

 

Quand une nouvelle ne fonctionne pas bien, quand, en particulier, elle appelle plus de développements, je l’utilise pour essayer d’en faire un roman. C’était déjà le cas pour Les mêmes étoiles, c’est à nouveau ce qui constitue la genèse d’Embruns. Quant à savoir ce qui était à l’origine de cette nouvelle dont je n’étais pas satisfait, il m’est impossible de le dire. Une nouvelle peut naître d’un mot, d’une réminiscence, d’un rêve… D’une manière générale, je ne pars pas d’un sujet précis, encore moins d’un plan. Ecrire, pour moi, c’est découvrir ce que je pense, ou plutôt ce qui n’est pas encore pensé et demande à l’être. Il m’est arrivé plusieurs fois de supprimer un premier chapitre qui n’avait plus sa place dans le roman qui était en train de s’écrire. Il m’avait pourtant servi de tremplin pour me lancer. Pour Embruns, les premières pages ont déterminé la suite. Elles étaient assez solidement ancrées dans une nécessité intérieure pour que tout le récit puisse s’y accrocher et se dévider naturellement.

Anne F., entretien avec Hafid Aggoune

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 04 Décembre 2015. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

 

« Après un attentat commis par l’un de ses élèves, qui réveille les plus sombres heures de la vieille Europe, un professeur est au bord de l’effondrement. Rongé par la culpabilité, décidé à en finir, il redécouvre un soir le Journal d’Anne Frank ; bouleversé par son actualité et sa vivacité, il se met à écrire à sa « petite sœur juive » disparue à l’âge de quinze ans à Bergen-Belsen.

Entre ses lignes, la jeune fille vive et courageuse renaît, avec son désir d’écrire, sa volonté de devenir une femme indépendante et forte, et sa vision d’un monde meilleur.

A travers cette invocation qui renouvelle notre regard sur ce symbole universel d’espoir qu’incarne Anne Frank, ce roman poignant interroge notre présent, invite à la réflexion et ravive le courage à résister ».

Quatrième de couverture

Valérie Debieux : Hafid Aggoune, qu’est-ce qui vous a incité à écrire ce récit et à choisir la forme qui est la sienne, soit celle d’une lettre adressée à Anne Frank ? Et pourquoi avoir choisi Anne Frank ?

Entretien avec Frédéric Vallotton, auteur de Journal de la haine et autres douleurs

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 28 Novembre 2015. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

 

Ce qui est perdu est perdu et je suis devenu le « conte de fée » de cet autre chez qui je dors parfois, à Orbe, chez qui je peux observer le « château », la fenêtre de la chambre à coucher, le fameux « château », dans lequel Louis, Lothaire et Charles, les petits-enfants de Charlemagne, ont décidé de diviser l’empire !

Extrait du Journal de la haine et autres douleurs, de Frédéric Vallotton

 

Valérie Debieux : A la lecture de votre ouvrage, au travers des villes que vous décrivez avec un œil aiguisé, il est tentant de vous imaginer vivre à Vienne, à la même époque que celle de l’Empereur François-Joseph Ier. Vous semblez fasciné par la famille des Habsbourg, c’est avec intérêt que vous parlez de « Sissi », et naturellement celle qui l’a incarnée à l’écran, Romy Schneider. Il émane de vos propos une part de romantisme qui contraste avec cette haine que vous cultivez en ce Journal de la haine et autres douleurs. Quel est au fond le sentiment qui prédomine en vous ? Le romantisme ou la haine ?

Les mille veuves, entretien avec Damien Murith

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 21 Novembre 2015. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

« Assises devant les maisons, les femmes raccommodent les mailles déchirées des filets. Leurs doigts sont gercés ; par habitude ils ne saignent plus.

Elles parlent des hommes, de la mer, elles parlent des mains affolées qui s’agitent au bout des quais, des lèvres qu’il faut pincer car au fond de la bouche cogne la nausée des grandes peurs, des tumultes du cœur quand l’attente a le souffle de la cire et de l’encens, elles parlent, elles chantent, et leurs voix comme des brouillards s’élèvent immenses et lasses » (Quatrième de couverture).

 

Valérie Debieux : Damien Murith, après La Lune assassinée et Les mille veuves, vous êtes en cours d’écriture du troisième volet de ce triptyque peu ordinaire. L’évocation du « ciel » va-t-elle ainsi succéder à celle de la « terre » et de la « mer » ?

Damien Murith : Le ciel aura effectivement une présence importante dans les trois volumes. Il est celui qui regarde les hommes, le témoin des drames à venir, celui par qui les saisons viennent, s’en vont. Par contre, il ne sera pas la suite de la terre et de la mer ; le troisième volume aura pour cadre la pierre, plus précisément, la ville.

Bertrand Russell, penser avec et au-delà des mathématiques Épisode 3 : Il faut savoir déraison garder ou Russell philosophe de l’amour

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 12 Novembre 2015. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

En 1900 (il a vingt huit ans), Russell publie La philosophie de Leibniz. Il a en effet repris à son compte le projet que le philosophe et mathématicien allemand avait entrepris dès le XVII° siècle : créer une langue logique universelle qui permettrait de réduire tous les raisonnements à des calculs afin que l’erreur disparaisse. Ne plus se tromper en rationalisant tout, voilà le rêve poursuivi par Russell jeune. Fi de l’intuition, du cœur et autres balivernes. Les mathématiques apparaissent comme le seul havre de vérité digne d’être recherché.

Vingt huit ans plus tard, son admiration pour le penseur allemand s’est tempérée. « Leibniz, dans sa vieillesse, écrivit à un de ses correspondants qu’une seule fois dans sa vie il a demandé à une femme de l’épouser, et alors il était âgé de cinquante ans. “Heureusement, ajouta-t-il, la dame demanda du temps pour réfléchir. Cela me donna également du temps pour réfléchir moi-même, et je retirai ma demande”. Il n’y a pas de doute que sa conduite n’ait été rationnelle, mais je ne dirai pas que je l’admire » (1).

Cette réserve n’est-elle pas étrange de la part de Russell tel que nous l’a montré l’épisode 2, partisan d’une « éthique rationnelle » ?