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Roman

D’ombres et de flammes, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 09 Juillet 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Série Noire (Gallimard)

D’ombres et de flammes, mai 2016, 299 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Il y avait eu cette Fille de la pluie, que la CL avait beaucoup aimée, déjà grandement marquée du sceau de l’originalité, et voilà ce D’ombres et de flammes. Pierric Guittaut n’écrit visiblement pas les polars de tout le monde ; fussent les impeccables productions de la Série noire Gallimard. Cet homme écrit de forts beaux et prenants romans, à part entière et constamment à part ; il se trouve qu’en plus, ce sont des polars.

L’homme vit en Berry, versant solognot ; pays des « jeteux de sorts ». Solitudes forestières, landes, bruyères, eau d’étangs improbables, et brume jusqu’à pas d’heures. Légendes et nature hautement inquiétantes, imbriquées forcément ; bêtes – peut-être, esprits – sans doute ; sorciers – toujours…

Le titre – sonorités d’un bon vieux western, ce qu’est aussi ce livre – aurait pu être un simple « part d’ombre », résumant le héros, major de gendarmerie, Remangeon, qu’une mutation quasi disciplinaire (et déjà maléfique) rabat pile dans son village natal de Sologne : « Treize années depuis sa dernière visite ; treize, comme pour confirmer le sort mauvais qui s’acharne sur moi… »

Purity, Jonathan Franzen

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 07 Juillet 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Purity, mai 2016, trad. l’anglais (USA) Olivier Deparis, 750 page, 24,50 € . Ecrivain(s): Jonathan Franzen Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Les romanciers anglo-saxons ont, par tradition, le sens du récit et de la narration, voilà une assertion que le nouveau roman de Jonathan Franzen ne dément certes pas. Dans cet ouvrage, chacun des personnages se fraye une voie difficile vers le succès, l’amour, la justice, le bonheur et toute forme d’épanouissement qui lui semble accessible et acceptable. Ce cheminement est aussi géographique : nous sommes transportés de la Silicon Valley à Manhattan, en passant par le Berlin-est de la Stasi, un journal d’investigation de la ville de Denver et une ONG, le Sunlight Project, fondée en Bolivie par le célèbre hacker et lanceur d’alerte Wolf.

Les trajectoires des trois personnages principaux, Purity ou Pip Tyler, Andreas Wolf et Tom Aberant, connaissent des similitudes troublantes : dans leur jeunesse, Andreas et Tom tissent une passion amoureuse avec deux femmes aux prénoms parallèles, Annagret et Anabel, dont les déséquilibres s’accordent un temps à ceux de leurs amants ; les mères de Pip et d’Andreas sont un fardeau pour l’un comme pour l’autre, bien que ces relations névrotiques et conflictuelles ne soient pas de même nature. Ainsi, les rapports de Pip avec sa mère sont « totalement pervertis par l’aléa moral, une expression utile apprise en cours d’économie à l’université. Elle était comme une banque trop essentielle à l’économie de sa mère pour faire faillite, une employée qui peut tout se permettre parce qu’elle se sait indispensable ».

Le Lagon Noir, Arnaldur Indridason

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 07 Juillet 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Métailié

Le Lagon Noir, mars 2016, trad. islandais Eric Boury, 319 pages, 20 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Voilà sans conteste un livre qui offre la garantie de passer un bon moment de lecture.

La première qualité de ce roman noir est de faire voyager le lecteur. L’action se déroule en effet dans un pays dont on parle peu, la mystérieuse et brumeuse Islande.

Son second atout est de mettre en lumière un épisode historique intéressant. L’Islande fait partie de l’OTAN. Dans ce cadre, de 1951 jusqu’en 2006, une importante base militaire américaine était installée à Keflavik, l’île étant considérée comme occupant géographiquement une position stratégique de premier plan dans le contexte de la Guerre Froide.

C’est cette base américaine qui est le lieu principal du roman.

Radieuse Une croisière en Adriatique, Claire Fourier (Article 2)

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 07 Juillet 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de la Différence

Radieuse Une croisière en Adriatique, juin 2016, 223 pages, 17€ . Ecrivain(s): Claire Fourier Edition: Editions de la Différence

 

Un récit alerte et incisif où les pronoms personnels sujets disparaissent souvent au profit du rythme et de la prosodie ; une écriture « blonde et ronde » comme les boucles des cheveux de l’auteure, Claire Fourier – ondulations toutes maritimes qui rappellent sans cesse l’élément salin d’une croisière de luxe. Après l’escale décevante à Split, voici une île : Korčula. Claire Fourier se délecte – nous délecte poétiquement : « Une chaloupe fera le va-et-vient toutes les heures entre l’île et le bateau. On y monte comme dans un bus. La mer est de satin bleu, la chaloupe ondule. A peine un liseré d’écume : la proue soulève un duvet » (p.64).

Claire Fourier récite un grand rêve baltique désavoué mais transformé en moment antique où Eole et Dioclétien retiennent le souffle de l’histoire adriatique ; l’érudition historique de l’auteure nous permet d’apprécier la mélancolie de l’écrivaine intérieure : « Ecrire est mon lever d’ancre (…) je raconte la sensations que {les choses} me firent » (Stendhal, p.59).

L’Ombre animale, Makenzy Orcel

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 06 Juillet 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Zulma

L’Ombre animale, janvier 2016, 352 pages, 20 € . Ecrivain(s): Makenzy Orcel Edition: Zulma

 

« Entre Toi et l’enfant mal élevée, l’insoumise, il y avait un monde, que dis-je une éternité, j’appartenais à la musique du vent, elle au songe, à un lieu sans raison d’être ».

 

Ne serait-on pas plus vivant mort que vivant en silence dans le monde des hommes ?

C’est à cette question que Makenzy Orcel souhaite répondre, dans son très beau poème, « vers la lumière » à la fin de son texte :

« … je ne suis pas morte, je vais à ma rencontre, je t’avais prévenu, ça n’a absolument rien à voir avec une histoire, je ne ferai toujours que vomir, crier, pour ne pas m’étouffer, la parole des morts est une parole solitaire, car les vivants sont des vases vides, ils n’ont d’écoute que pour eux-mêmes… »

Un texte qui aborde la narration sans une ponctuation comme pour clamer sans s’arrêter cette histoire violente, noire et qui libère son trop-plein à chaque virgule, à chaque secousse.