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Roman

Dialogue d’été, Anne Serre

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Mercure de France, La rentrée littéraire

Dialogue d’été, septembre 2014, 151 pages, 15 € . Ecrivain(s): Anne Serre Edition: Mercure de France

 

Jeux de miroirs, dialogue avec soi-même, passage du seuil entre présent et passé, réalité et imaginaire…, ce n’est pas tant l’imaginaire de l’écrivain que sa remise en place sur les lieux du passé, ses petites scènes de crime intimes, confidentielles et révélées, à l’image de ces bains révélateurs, où décante le souvenir :

« – N’as-tu jamais honte de raconter tant de secrets ?

– Si, d’une certaine manière. Mais dès que c’est passé de l’autre côté, dès que c’est dans le livre, ceci ne me concerne plus, n’a plus à voir que de très loin avec ma vie. Je raconte quelque chose qui passe en moi et n’est jamais fixé » (p.23).

Dialogue d’été, c’est avant tout la quête de la mère, mais aussi du personnage qu’elle aurait dû incarner pour l’auteur, sa fille, et dont elle a démissionné par sa mort prématurée, lorsque l’enfant avait dix ans.

Loin d’eux, Laurent Mauvignier

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Loin d’eux, suivi de Le poids des silences par Michèle Gazier, collection de poche « double » n°20, 128 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Laurent Mauvignier Edition: Les éditions de Minuit

 

Le silence qui bruit…

Un fait-divers, ç’aurait pu être un simple fait-divers, comme on en retrouve, tous les jours, dans la presse, sur internet. Un fait omnibus (1) raconté pour faire frissonner dans les chaumières. Loin d’eux est loin, oui loin de tout cela. « Il faut peindre bien le médiocre » dit Flaubert, Mauvignier s’exécute, relatant ce drame, un suicide, avec le style pour seule fin, usant du monologue intérieur, flux, ininterrompu, de pensées, qui nous plonge dans les tréfonds du suicidé et de sa famille. Des flux poignants et mélodiques ; des monologues puissants, vrais.

Ce premier roman de Mauvignier « n’est » qu’une succession de phrases, plus ou moins longues. Chaque personnage tisse la sienne, nous fait entendre une musique, un rythme qui lui est propre, chaque personnage y déroule son être et sa vie. Une polyphonie à cinq voix, chacune séparée d’un espace, comme pour marquer l’incompréhension, la distance qui sourd de ces voix. Et, à travers cette coulée de pensées, il faut percevoir le silence, les silences recouverts d’une boue logorrhéique…

La chute des princes, Robert Goolrick

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, La rentrée littéraire, Editions Anne Carrière

La chute des princes, Robert Goolrick, Ed. Anne Carrière, traduit de l’anglais (USA) par Marie de Prémonville, août 2014, 231 p. 20 € . Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Editions Anne Carrière

 

Splendeurs et misères des courtisans modernes

Lorsque le roman commence, la chute est déjà consommée. Les premières lignes qui ouvrent le roman sont sans appel :

« Quand vous craquez une allumette, la première nanoseconde elle s’enflamme avec une puissance qu’elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L’incandescence originelle ».

Et puis, c’est fini. La flamme devient forte et vivace. Elle monte dans l’air et illumine les espaces sombres. Mais elle a déjà perdu de sa splendeur. Insérée dès le début du texte, voici une métaphore qui en dit long sur le parcours de notre personnage. Elle sonne comme le glas.

En effet, le narrateur, revenu de ses années folles, se pose pour nous conter son histoire. Il a tout perdu et il est ruiné. Son récit, rédigé à la première personne, est sans pathos. Il ne cherche pas à s’amender : « Je ne le dis pas avec fierté. Je ne présente pas d’excuses. Je décris des faits irréfutables ».

Un mort de trop, Alexandra Appers

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Un mort de trop, Editions Ring, avril 2014, 263 p. 19,95 € . Ecrivain(s): Alexandra Appers

 

Époustouflant. On en sort – à regrets – de ce roman-rock qui nous tue les oreilles avant que de nous subjuguer, nous happer.

La séduction s’installe, s’imprime plutôt, « à tout jamais sur nous » comme un tatouage – sujet absolu, et ô combien complexe de ce livre étrange, sur ce qui fait mal, marque à vie, et manie hautement l’imaginaire. Mais – ultime et remarquable tactique littéraire de ce premier roman – ça ne vient pas d’emblée. Progressif… un tatouage, vous dit-on !

Pendant quelques chapitres, on s’immerge – du bout de l’œil, dans un bled apparemment côté montagnes, où tout le monde croit connaître tout le monde. Un bar, pour routiers, et sa tenancière – la mère du héros, typée bien vulgaire ; pas de père en vue. Le jeune, paumé, mal dans sa peau, sous la coupe, en geignant. Copain : un malabar, un peu juste en équilibre ; une fille : Ella, apprentie coiffeuse peut-être, rêvant de gloriole à gagner sur le « Télé 7 jours » de la semaine ; évidemment, pas farouche.

Chems Palace, Ali Bécheur

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Chems Palace, Ed. Elyzad (Tunis), avril 2014, 263 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Ali Bécheur

 

Chems Palace tient à la fois du conte féerique, des rêveries d’un solitaire érudit et du récit allégorique. La féerie s’opère en plein Paris, transformant un va-nu-pieds de Djerba en un magnat de l’hôtellerie. Un roman dans le roman ; le tout raconté depuis une oasis, au Pays des Palmes ; et cette oasis, sans doute, n’est pas qu’une… oasis.

Le narrateur, c’est al-moâllem – l’instituteur. Il est à la retraite. C’est ici, dans cette oasis qu’il a débuté sa carrière. Puis il a été ballotté au gré des affectations, passant d’un village perdu à une banlieue grise de Tunis.

« L’heure de la retraite ayant, bon an mal an, sonné (…), recru de la fureur des villes, j’étais en quête d’un lieu où, sans hâte mais sans appréhension, attendre le générique de fin d’un film qui, somme toute, ne m’avait pas semblé palpitant ».

Où se poser enfin, lui qui est sans véritables attaches familiales ?