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Roman

Les Hauts-Quartiers, Paul Gadenne

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 02 Juillet 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Points Seuil

Les Hauts-Quartiers, 800 pages, 11,90 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Points Seuil

 

Paul Gadenne (1907-1956) fait partie de ces auteurs francophones que le temps semble mal servir : il efface peu à peu leur souvenir, et il faut l’un ou l’autre passeur pour avoir envie d’y accéder. Merci donc à Eric Naulleau, qui fut éditeur avant d’être chroniqueur télévisuel, d’avoir persévéré à faire mention de Paul Gadenne à chaque fois que cela lui était possible : c’est grâce à lui que des heures délicieuses ont été passées à lire Les Hauts-Quartiers.

Le roman est préfacé, à sa publication (posthume) en 1973, par Pierre Mertens, admirateur de l’auteur, dont il évoque l’œuvre dans son intégralité et qui avertit, à propos des Hauts-Quartiers, en une formule dont la justesse s’avère exacte au fil de la lecture :

« Seule une réelle exégèse rendrait compte des dimensions d’un univers dont nous n’avons voulu et pu que suggérer l’importance. Son côté solaire et ses perspectives nocturnes ; sa profusion et sa nudité ; son frémissement et sa rigueur ; sa ferveur et sa fragilité, comme une immense fougère saisie par le gel ».

Une idée de l’enfer, Philippe Vilain

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 01 Juillet 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Une idée de l’enfer, avril 2015, 162 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Vilain Edition: Grasset

 

Une enquête de 2013 de l’Autorité de régulation des jeux en ligne définit le joueur type comme un homme de 36 ans en moyenne, niveau Bac+2, vivant en concubinage, n’ayant pas d’enfant et étant locataire de son logement. Par ailleurs, il dispose, dans 64% des cas, d’un niveau de revenu net mensuel supérieur à 1500 euros et compris entre 1500 euros et 2000 euros dans 22% des cas. Etude à laquelle se réfère Philippe Vilain dans son dernier roman, Une idée de l’enfer, pour camper son héros, Paul Ferrand.

Un homme dévoré par la passion du jeu ou plutôt, pour être plus précis, du pari en ligne sur des événements sportifs. Une véritable addiction qui le conduit à mettre sa vie de couple en péril. Paul Ferrand a un bon job d’informaticien, une compagne amoureuse et pleine de qualités, mais il s’ennuie. La réalité de sa vie petite bourgeoise, le confort sentimental que Sara lui procure ne lui apportent pas la dose d’adrénaline, l’excitation des sens, le besoin viscéral d’incertitude ou a contrario d’omnipotence, que sa nature réclame pour se sentir « exister ».

Nous ne sommes pas nous-mêmes, Matthew Thomas

Ecrit par Laurie Nallet , le Mercredi, 01 Juillet 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Belfond

Nous ne sommes pas nous-mêmes, janvier 2015, trad. de l’anglais (USA) Sarah Tardy, 828 pages, 23 € . Ecrivain(s): Matthew Thomas Edition: Belfond

 

Un roman de huit cents pages déroulant avec une simplicité envoûtante l’existence d’une femme sur toute la moitié du XXe siècle, délimitée par les frontières du Queens, juste à côté du clinquant Manhattan dont les symboliques vitrines de Noël de la Cinquième Avenue reviendront au cours du roman comme un leitmotiv plus ou moins sarcastique ou émouvant selon les circonstances.

Eileen est issue de l’une des milliers de familles irlandaises débarquées aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Elle traverse vaillamment une enfance pauvre et sans insouciance, mère alcoolique en prime, et rêve de toutes ses forces d’habiter plus tard l’une des belles demeures de Jackson Heigts, entourées de pelouse sur laquelle il est interdit de marcher.

Dans les moments les moins reluisants de sa vie, nombreux et racontés sans complaisance, on n’oublie jamais ce petit soldat de la vie dopé à l’american dream, non pas pour excuser les travers d’un personnage parfois difficilement attachant – car très matérialiste et d’une dureté qui frôle souvent l’insensibilité – mais pour comprendre le désir féroce et tellement humain qui l’anime. Devenue infirmière, elle mène sa carrière d’une main de fer et épouse Edmund Leary, d’origine irlandaise comme elle et scientifique lunaire entièrement dévoué à son travail de professeur.

N’appartenir, Karim Miské (2ème article)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 30 Juin 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Viviane Hamy

N’appartenir, mai 2015, 83 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Karim Miské Edition: Editions Viviane Hamy

 

Dans quel rayon d’une bibliothèque ou d’une librairie pourrait-on ranger le nouveau livre de Karim Miské, N’appartenir ? Il serait aisé de le classer dans la rubrique des récits initiatiques. En effet, l’auteur s’y met en scène en partant de son enfance pour parvenir à l’âge adulte, mais ce serait trop simple puisque nous chercherions en vain une ligne droite chronologique. Et pourquoi ne pas l’associer à l’ensemble des récits autobiographiques ? Il en a maints ingrédients. L’auteur est le « héros » de cette histoire dont il remonte le cours jusqu’à la troisième génération à travers ce qu’on lui en a rapporté.

Il nous décrit avec précision et sensibilité deux clans, celui de la mère avec tous ses satellites de « camarades » parfois amis, parfois ennemis, et celui du père avec sa famille. Les deux parties s’emboîtent en lui, se complètent et s’affrontent. Tout semble les opposer mais, dans sa quête, il va découvrir qu’ils possèdent bien des traits communs au-delà des apparences, des masques et du faire-semblant. Dans chaque clan, il va constater, à chaque génération, des écarts par rapport à la norme. Des secrets vont se révéler qui parfois le désorienteront.

Le feu sur la montagne, Edward Abbey

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 30 Juin 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister

Le feu sur la montagne, 212 pages, 20 € . Ecrivain(s): Edward Abbey Edition: Gallmeister

 

 

Au départ, ce pourrait être le récit des vacances d’un jeune garçon nommé Billy Vogelin Starr, jeune américain habitant sur la côte est et allant passer ses vacances d’été chez son grand-père John Vogelin, dans le ranch de ce dernier, situé dans l’état du Nouveau-Mexique, aux confins de lieux tels qu’Alamogordo, El Paso, villes proches de la propriété de ce grand-père. Ce dernier, homme solitaire, enraciné dans sa terre, pétri de ses habitudes de cow-boy, proche de ses animaux, les chevaux, qu’il choie avec beaucoup d’attention et d’amour, vit en symbiose avec la nature, au rythme du soleil et des saisons. Il déteste a priori la « civilisation », celle des hommes et des bureaucrates, de l’administration fédérale qu’il voue aux gémonies. Pourtant, il reçoit la visite d’un fonctionnaire fédéral, un certain colonel DeSalius, dont il trouve l’apparence et le maintien ridicules et affectés, lui, l’homme de l’Ouest, le Frontier man, aux habitudes plus endurcies, plus rugueuses.