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Roman

Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 09 Décembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Règne animal, août 2016, 432 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Del Amo Edition: Gallimard

 

On pourrait résumer Règne animal en disant que ce roman révèle l’humanité des animaux en exposant la bestialité des hommes qui les ont forcés à vivre avec eux, pour les servir, les nourrir, les faire vivre et les enrichir au fur et à mesure qu’eux-mêmes sont engraissés, transformés. C’est aussi l’histoire d’une famille rurale qui vit à la marge d’un petit village du Sud-ouest de la France, nommé Puylarroque. Une histoire qui couvre un siècle, naturaliste à l’extrême, tout à la fois lyrique et organique, la chair, le sang et tous les fluides possibles que peuvent laisser échapper les corps, animaux comme humains, la merde et la décomposition, étant comme omniprésents.

L’histoire commence au début du siècle dernier, chez des petits paysans, avec un lopin de terre, quelques animaux, une porcherie, un père qui meurt lentement d’une grave maladie tout en continuant à travailler, une survie des plus rudimentaires, la mère que cette rudesse extrême, le dénuement, la frustration, a rendu mauvaise, dure et sèche comme un cal, et une petite fille en qui persiste un peu de rêve.

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 09 Décembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Barzakh (Alger)

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi, Seuil, mars 2016 (éd. Barzakh, Alger, 2015), 178 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Barzakh (Alger)

 

Un pont entre l’Algérie et la France

Des pierres dans ma poche est le deuxième roman de Kaouther Adimi, précédé par L’envers des autres (Actes Sud). Dans ce nouveau roman, la narratrice est une Algérienne trentenaire qui vit à Paris, passant sa vie entre appartement, travail, et discussions avec la « sans-maison » Clothilde. Un jour, elle reçoit un appel de sa mère lui annonçant les fiançailles de sa sœur, moins âgée qu’elle. Désormais, la maman ne cesse de lui répéter cette phrase : il ne reste que toi à marier. Cette nouvelle fait submerger chez la narratrice un essaim de questionnements relatifs à son être et son devenir : pourquoi vivre loin d’Alger, se marier ou rester célibataire, choisir avec minutie l’homme de sa vie ou se caser par tradition avec un inconnu… Ces questionnements affûtent leur urgence et revêtent une dimension existentielle.

« Mes angoisses prennent le contrôle de mon existence. Elles m’assurent qu’il est trop tard… Elles m’agressent » (p139).

La vitre, Fabien Muller

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 08 Décembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Olivier Morattel éditeur

La vitre, octobre 2016, 280 pages, 18 € . Ecrivain(s): Fabien Muller Edition: Olivier Morattel éditeur

 

Hélène, jeune femme de vingt-huit ans, naît de façon prématurée à l’âge de sept mois et commence ainsi son existence dans l’espace protégé d’une couveuse. « J’ai passé les trois premiers mois de ma vie à regarder le monde à travers une vitre dans une petite couveuse où l’on me voyait à peine. J’ai parfois l’impression que cette vitre est toujours là. À l’époque, j’avais une relation plus intime avec le tuyau qui m’entrait dans la bouche qu’avec le sein de ma mère. Cela n’a pas beaucoup changé par la suite.

Le premier jour après être sortie de mon sarcophage en verre, je me suis asphyxiée à côté de ma mère qui dormait. J’ai alors pris une jolie teinte bleue. Du bleu dont on fait le fond des piscines pour les gens qui ne savent pas nager.

Ambulance. D’os d’âne. Vol plané. J’en suis tombée de la boîte en carton dans laquelle on m’avait mise dans la précipitation. Quand les ambulanciers se sont penchés sur moi catastrophés, mon père a dit : “Laissez tomber, elle est morte”. Il avait le sens de la formule.

Romans, récits et nouvelles I, II, Jack London en La Pléiade

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, Récits, La Pléiade Gallimard

Romans, récits et nouvelles I, II, octobre 2016, coffret de 2 volumes, 1536 pages et 1616 pages, 183 illustrations, 110 € (prix de lancement jusqu’au 30 avril 2017), ou 55 € (par volume acheté séparément) . Ecrivain(s): Jack London Edition: La Pléiade Gallimard

 

Les éditions Gallimard nous gratifiaient l’an dernier de la parution très attendue en Pléiade des œuvres – à tout le moins une partie conséquente et emblématique d’entre elles – de Mark Twain dans une édition dirigée par Philippe Jaworski. Un peu plus d’un an après, Philippe Jaworski est encore à la manœuvre pour l’édition des œuvres d’un autre auteur américain emblématique de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle : Jack London.

Pouvait-on mieux commémorer les cent ans de la mort de cet écrivain aux multiples vies et visages qu’avec cette formidable anthologie ? Car en l’espace de deux volumes, ce sont presque tous les écrits de l’auteur de Martin Eden qui défilent sous les yeux du lecteur et autant d’avatars de cet écrivain plongé de plain-pied dans la vie de son siècle que fut Jack London. Et ce faisant, Gallimard éveille en nous plus que des souvenirs de lecture, tout un inconscient collectif bien ancré dans notre culture littéraire occidentale et lié à l’image de cet auteur baroudeur et engagé auprès de ceux qui triment et subissent le capitalisme débridé de l’ère industrielle ou qui se lancent à l’aventure pour trouver une vie meilleure.

Placement libre, Ella Balaert

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Placement libre, Editions des Femmes Antoinette Foulque, août 2016, 123 pages, 13 € . Ecrivain(s): Ella Balaert

 

La couverture est sobre dans ce petit livre blanc : une lithographie de Geneviève Asse, carré bleu-électrique, zébré en son centre d’une ligne blanche en partance pour le rouge. Quand on a fermé la dernière page du livre, on y revient automatiquement, quelque chose nous disant que le propos est – aussi – tout entier, là…

Ella Balaert n’en est pas à son coup d’essai ; elle cisèle de temps à autre, et c’est toujours bienvenu, des écrits/essais/romans – genre habilement mélangé – qui nous parlent de femmes – elle les connaît bien, elle les aime – en prise avec leur époque. Pas cependant à la façon guerrière et militante de récits féministes, ni sous la plume documentariste du quotidien et de ses difficultés socio-économiques, ni tout à fait avec le regard de l’éthologiste silencieux tenant au bout de son téléobjectif la gazelle – de Grant, tant qu’à faire, du safari du soir… Non… quoique… tout ça quand même, mais manière Balaert. Une élégance, une précision du mot, des phrases vraies, drues, pour cerner, piquer au risque de la douleur – dans cette femme-là – ce qui fera sens dans les autres, toutes, et bien sûr, au premier chef, nous.