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Roman

La petite galère, Sacha Desprès

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 18 Janvier 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Âge d'Homme

La petite galère, 195 pages, 16 € . Ecrivain(s): Sacha Desprès Edition: L'Âge d'Homme

 

Laura, dite Lo, lycéenne, vit avec sa grande sœur Marie, dite La Jolie, depuis qu’à l’âge de treize ans elle a assisté en direct à la tragédie du suicide de leur mère, Caroline. Elle voit rarement son père, divorcé avant le drame.

Marie est une jeune femme de mœurs très libres, anti-conventionnelles, qui joue sans scrupule de son exceptionnelle beauté.

Marie.

La Jolie.

Cette fille, c’est Frida, Judith, Ophelia. Réunies dans un seul et même tableau. Une bande dessinée pour adultes. Une comptine pour enfants. La Dame Tartine de l’érotisme. Le Miel des poètes…

Entre les deux sœurs, l’union est fusionnelle. Elles partagent un secret dont la nature sera seulement suggérée par l’auteure. Elles sont complices. Laura admire Marie qui veut faire de Laura une seconde Marie…

La peau, l’écorce, Alexandre Civico

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 17 Janvier 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages

La peau, l’écorce, janvier 2017, 105 pages, 16 € . Ecrivain(s): Alexandre Civico Edition: Rivages

 

Gratter jusqu’à l’os

Le deuxième récit d’Alexandre Civico s’inscrit à la fois dans la fable d’anticipation cauchemardesque d’une société en décomposition, et dans l’exploration des liens familiaux, de leur force et de leur violence, comme c’était déjà le cas dans La terre sous les ongles, qui explorait le rapport à l’origine sociale et à la figure du père qui l’incarnait. Deux parties alternent : « l’écorce » qui dresse la chronique du désert et d’une guerre de plus en plus absurde, dans la solitude de la mort et des dunes ; « la peau » qui raconte comment père et fille se réveillent un matin enchaînés l’un à l’autre par un cordon ombilical. Ce qui permet de créer une unité entre les deux récits, c’est à la fois la duplication du narrateur en figure du père, « celui qui est resté », et en soldat déjà à demi mort, « celui qui est parti là-bas », et dont l’un peu à peu oublie l’existence de cet Autre, cet Ecrivain, qui se multiplie en figures absentes et s’efface ; mais c’est aussi la puissance mortifère du lien et de la perte.

Les Nouveaux Mondes, Sylvie Ferrando

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 14 Janvier 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Edilivre

Les Nouveaux Mondes, février 2016, 227 pages (les 2 volumes) 12 € et 13 € chacun . Ecrivain(s): Sylvie Ferrando Edition: Edilivre

 

Deux petits livres, chacun portant son titre-sens ; le Livre 1 (il y a comme du Montaigne dans ce découpage) : « Chronique de la vie antérieure – les années du bonheur » avec une photo de la Côte normande, « ce petit pan de côte entre Cabourg et Trouville ». Le 2 : « jour après jour – les années denses », photo d’un quartier-buildings d’une métropole américaine.

Déroulé tranquille du récit avec l’absence du souci de l’exhaustif, de l’obligation du mot « fin », de telle sorte que quand arrive la dernière page de ces lectures-écritures Ferrando, on suppute qu’il pourrait y avoir une suite, mais qu’il pourrait seulement…

C’est l’histoire (plutôt, on nous raconte l’histoire) d’une famille française, bourgeoise, à l’aise dans cette façon si particulière à ce pays de jumeler les avoirs matériels avec la distance – la décence – qu’on se doit de garder justement avec l’argent, et le devoir, naturel, de préserver les acquis intellectuels et culturels ; les belles études, les bibliothèques, le goût pour les arts, les voyages. La bourgeoisie ici descend d’un XIXème siècle français issu des Lumières ; argent, positions de notables, études des enfants : « être dans la norme, passer les concours prestigieux ; ne pas flancher, surtout ne pas flancher ».

L’Île Bleue, Jean Raspail

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 14 Janvier 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Robert Laffont

L’Île Bleue, août 2016 (première édition 1987), 270 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean Raspail Edition: Robert Laffont

 

Ce n’est pas un grand livre, mais ce n’est pas non plus un mauvais livre. Juste une valeur sûre. Du Jean Raspail. Bien tourné. Pas un style qui dépote, non. Plutôt pépère, plutôt propret. Rien qui dépasse, mais rien qui retient non plus. Lisse comme l’histoire et ses protagonistes. La France pétainiste de juin 1940, celle du pouvoir qui se barre au nom du courage pour sauver ce qui reste soi-disant à sauver sur fond de débâcle, ministres effervescents d’inefficacité dont l’un porte le nom, comme un clin d’œil vachard, du plus célèbre bordel de l’époque où le Tout Paris nazi et collaborateur alla se délivrer studieusement du mal, maîtresses gloussantes de vulgarité et dossiers dont personne n’a plus rien à foutre, croisent d’un château à l’autre la France d’en-bas – comme on dirait aujourd’hui – celle qui s’en fout ou qui a la frousse et sauve ses meubles ou plutôt le peu qu’elle peut emporter avec elle sur les routes de l’exode en direction de nulle part, mais loin de l’envahisseur allemand qui, lui, avance aussi surpris que ravi de rencontrer si peu de résistance sur sa route.

Très chère Ursule, Mano Gentil

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 13 Janvier 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Serge Safran éditeur

Très chère Ursule, janvier 2017, 229 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Mano Gentil Edition: Serge Safran éditeur

 

Mano Gentil a le sens de l’architecture. Et du talent pour disposer du temps comme d’un accessoire. Elle manie les évènements comme elle déplacerait le mobilier dans son appartement ou le vôtre, cette table au centre plutôt que contre le mur, elle sélectionne les tissus, lisse les tentures, coud les ourlets des rideaux, accentue les plis qui confondront les êtres de ses compositions, pire, les mettront en lumière. Elle range, elle aménage.

Les placards de ses personnages.

Elle affectionne la poussière glissée sous les tapis, la laisse volontiers gonfler, prend un malin plaisir à l’éparpiller. Elle a le goût du mécanisme théâtral. Et la correction de ne répéter ni les sujets, ni les tonalités, d’un livre (à) l’autre. « Nous étions jeunes et larges d’épaules », « Dans la tête des autres », « Boucher double », « Le cri du Gecko », entre autres.