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Roman

Obsessions, Jean-Jacques Schuhl

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 06 Février 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Obsessions, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Jean-Jacques Schuhl Edition: Gallimard

 

« …c’était la terre, la terre avec ses bruits, ses passions, ses commodités, ses fêtes ; c’était une terre riche et magnifique, pleine de promesses, qui envoyait un mystérieux parfum de rose et de musc, et d’où les musiques de la vie nous arrivaient en un amoureux murmure » (Déjà !, Charles Baudelaire).

Le Ghost writer est de retour. L’écrivain fantôme, qui n’écrit presque pas, dont la présence est fantomatique, glisse sous nos yeux et y dépose Obsessions, un recueil de nouvelles, que l’on peut lire comme un roman fragmenté. Dandy rêveur, témoin complice d’artistes et d’anonymes qu’il a croisés au hasard de ses escapades romanesques, Jean-Jacques Schuhl se délecte d’associations d’idées, mêle souvenirs, visions, situations, rues et villes mots qui s’ouvrent comme une boite à malices, pour faire naître ses envolées romanesques, un peu comme dans les vieux films de Raoul Ruiz – Entrée des fantômes – avec le même sérieux amusé, la même gourmandise pour raconter des histoires à faire sourire les enfants et éloigner le néogâtisme gélatineux qu’épingle le Pataphysicien Daniel Accursi.

Autopsie d’un père, Pascale Kramer

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 06 Février 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Autopsie d’un père, janvier 2016, 173 pages, 17 € . Ecrivain(s): Pascale Kramer Edition: Flammarion

 

Gabriel, journaliste, s’est suicidé en avalant « neuf morceaux assez gros d’un verre à moutarde ». Clara, sa seconde épouse, en informe Ania, fille unique de Gabriel. Ania a coupé les ponts avec son père depuis plusieurs années. Gabriel, jusqu’à un temps récent, passait pour un intellectuel de gauche. Dans le village de V. où il a une maison de campagne, un immigré comorien a été tabassé à mort sans raison par deux jeunes du coin. Gabriel, qui ne supporte pas ou plus « ce brassage », a pris publiquement la défense des deux meurtriers, scandalisant ainsi tout le monde ou presque. Son émission de radio lui est retirée. Est-ce cela qui l’a poussé au suicide ? La mère d’Ania, il convient de le noter, est d’origine iranienne. Et Ania elle-même a épousé puis divorcé d’un Serbe dont elle a un garçon sourd prénommé Théo.

« Gabriel en voulait à sa génération et à lui-même d’avoir laissé ce monde-là s’imposer, par négligence ou idéalisme. Ania, elle, avait cherché refuge dans ce brassage. Elle y consolait ses insuffisances. Elle avait même un temps fréquenté les mosquées et les hammams… »

Cassada, James Salter

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 06 Février 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Points Seuil

Cassada, août 2015, trad. de l’anglais (USA) Jean-François Ménard, 272 pages, 8,5 € . Ecrivain(s): James Salter Edition: Points Seuil

 

Roman à l’étrange destinée que celui-ci, à la fois deuxième et sixième de James Salter (1925-2015) : publié en 1961 sous le titre The Arm of Flesh, il a été retravaillé par son auteur pour republication en 2000 sous le titre Cassada, ainsi que l’explique Eric Neuhoff dans la préface (très mal écrite, d’un style à l’indigence affligeante surtout si l’on considère qu’elle est écrite pour un roman de James Salter…) à cette nouvelle édition de poche. Pour savoir à quel point le roman a été remanié, de The Arm of Flesh à Cassada, il suffirait de dépenser environ cent dollars et se donner la peine de lire le premier ; oui, il suffirait, et ça ôterait peut-être certains doutes, ça permettrait de mieux comprendre quelle part occupent respectivement le jeune James Salter et son aîné de presque quarante ans dans le second. Ce pourrait être l’objet d’une étude de type universitaire, intéressante aux yeux de qui préfère disséquer la littérature plutôt qu’en profiter. De toute façon, ainsi que l’écrit Salter dans un bref avant-propos, « Cette nouvelle version prétend ainsi devenir le livre que l’autre aurait pu être », étant admis que l’auteur lui-même décrètre que The Arm of Flesh « présentait de graves défauts ».

La carte perdue de John Selden, Timothy Brook

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Février 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Canada anglophone, Histoire, Payot

La carte perdue de John Selden, Sur la route des épices en mer de Chine, mars 2015, trad. anglais (Canada) Odile Demange, 293 pages, 21 € . Ecrivain(s): Timothy Brook Edition: Payot

 

Sur la trace de la carte perdue

« Le livre que vous vous apprêtez à lire s’intéresse à une autre carte, la carte de Selden, ainsi nommée parce qu’un certain John Selden, juriste anglais, l’a léguée à la Bodleian Library d’Oxford en 1654. Cette carte chinoise, la plus importante des sept derniers siècles, représente la partie du monde que connaissent les Chinois de ce temps, c’est-à-dire la superficie qui s’étend de l’océan Indien à l’ouest aux îles aux Epices à l’est, et de Java au sud au Japon au nord ».

Dès la préface, le ton est donné. Il ne s’agit pas d’un roman d’aventure ou d’investigation, mais d’un ouvrage atypique dont le héros principal est une vieille carte longtemps reléguée dans les tiroirs obscurs des bibliothèques. De type essai mais adoptant une trame romanesque, La Carte perdue de John Selden happe l’imagination et la curiosité du lecteur. En effet, l’auteur, en fin chercheur, nous conte les mésaventures de la carte. Mais de quelle carte s’agit-il ? Timothy Brook nous livre l’histoire secrète d’une carte de Chine datant de 1608 et dont le détenteur est un étrange personnage, le sir John Selden.

Un papa de sang, Jean Hatzfeld

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 03 Février 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Un papa de sang, septembre 2015, 257 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean Hatzfeld Edition: Gallimard

 

« Mon enfance ne m’a pas retenu dans ses étourderies comme les enfants de mon âge »

Les faits bruts : « Nyamata, Rwanda, 1994, Avril 14 et 15, massacres à la machette de 5000 Tutsis dans l’église de Nyamata, et de 5000 autres dans l’église de N’Tarama. Découverte mi-Mai de 51000 cadavres sur une population Tutsie de 59000, dans églises, marais, forêts ». 5ème livre-récit consacré au génocide Tutsi par Jean Hatzfeld, Un papa de sang s’attaque à un essentiel du triptyque ; après la face-Tutsie, Dans le nu de la vie, la face-Hutue Une saison de machettes, voici le « rendu dans » les enfants, tutsis, hutus, 20 ans après. La fin du travail des machettes. Pas le moins pire.

« Les enfants hutus et tutsis ne partagent pas du tout la même éducation sur les tueries. Si un enfant tutsi est informé par son papa que sa maman ou sa grand maman a été coupée par un dénommé hutu, à son tour, ce hutu ne va jamais avouer à son enfant qu’il a coupé cette tutsie. Vingt ans après, ose-t-on tout raconter aux enfants ? ».