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Roman

Trois années-lumière, Andrea Canobbio

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 30 Mai 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Italie

Trois années-lumière (Tre anni luce), janvier 2015, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, 429 pages, 26,50 € . Ecrivain(s): Andrea Canobbio Edition: Gallimard

 

Cécilia, Sylvia, Viberti.

Deux femmes, un homme.

Deux sœurs, un amant.

Deux rivales, un amoureux transi et pusillanime.

Un, deux, trois !

Situation triangulaire classique en littérature, traitée de façon singulièrement intéressante par Andrea Canobbio.

Viberti est médecin, interne dans l’hôpital où Cecilia est elle-même médecin urgentiste. Ils ne se connaissent pas, jusqu’au jour où Viberti s’intéresse au cas clinique d’un jeune garçon anorexique, Mattia, qu’il découvre dans un service de l’hôpital où il passe par hasard.

Le pays de la peur, Isaac Rosa

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 30 Mai 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Christian Bourgois

Le pays de la peur (El país del miedo), avril 2014, trad. espagnol Vincent Raynaud, 329 pages, 20 € . Ecrivain(s): Isaac Rosa Edition: Christian Bourgois

 

Quel est donc ce pays de la peur dont Isaac Rosa entend nous faire le récit ? Quelques pays en guerre ou soumis à une terrible dictature ? Un nouvel avatar du meilleur des mondes, de 1984 ou de Farenheit 451 ? Nullement. Le pays de la peur, c’est celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Le pays dans lequel vivent aussi l’auteur, le narrateur et les personnages. Une Espagne qui devient France par la magie de la traduction et qui pourrait être n’importe quel pays de notre monde moderne, de notre « occident », voire au-delà.

En suivant les pas et les pensées de Carlos, c’est dans nos propres têtes qu’Isaac Rosa nous fait pénétrer, mettant à jour les mécanismes qui peuvent insidieusement et irrépressiblement nous installer dans le pays de la peur. Un pays où le quotidien peut se révéler plein de menaces qui, à force d’être fantasmées et médiatisées deviennent réelles et effectives.

La Sirène à la poubelle, Sabine Huynh

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Samedi, 30 Mai 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Sirène à la poubelle, éd. E-fraction coll. Fugit XXI, mars 2015, 3,99 € (titre disponible à l’achat sur le site d’E-fractions) . Ecrivain(s): Sabine Huynh

 

Qu’on ne s’y trompe pas – cette sirène ne vous entraînera pas dans quelque royaume sous-marin issu des contes d’Andersen ou des films de Disney – ou alors, c’est bien comme pour Shakespeare, parce que « Something is rotten in the state of Denmark » – le monde des contes de fées de l’enfance fait place à la plus brutale des réalités – brutalité des mots et des photos de ce livre, autant que celle des faits – celle du quotidien de l’auteure et de sa fille, Orlane, à Tel-Aviv, pendant la « Guerre de Gaza » de l’été 2014, dont l’horreur nous assaille dès les premières pages :

« A la (merveilleuse) crèche d’Orlane, il n’y a pas d’abri anti-bombes. Quand la sirène retentit, on rassemble tous les enfants dans la salle du fond et on leur lit des histoires. J’aime ça, cette idée que des livres pour enfants protègent ma fille, comme des talismans. Ils ont lu beaucoup de livres ces derniers temps. On n’en lit jamais assez, surtout en temps de guerre ».

Mon âge, Fabienne Jacob

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Samedi, 30 Mai 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Mon âge, septembre 2014, 165 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Fabienne Jacob Edition: Gallimard

Descendre jusqu’au cœur des choses – au profond de soi, tout en restant au bord – plonger dans la matière rugueuse d’une écorce d’arbre auquel on s’enroule et sentir le flux de la vie qui nous déborde – ce roman de Fabienne Jacob est le roman de l’écriture du corps et des sensations, du temps intérieur. Mon âge, ce roman constitue un voyage au fil des reflets saisis impromptus – ou presque toujours par hasard – dans le regard d’un miroir que l’on croise, au courant de l’existence, au cœur d’une irisation troublante où la mémoire refait la traversée/un voyage au fil de reflets de soi surpris…

Comme en boucle le récit avance dans le rythme d’une limpidité interrompue/confondue lorsque le cours de la vie arrête un laps de lucidité la narratrice – lorsque son regard croise ces miroirs d’où remonte le flux éloquent toujours vif d’une mémoire en résurgence d’immersions ou de projections. Des îlots de poésie émergent véritablement par-ci par-là des surfaces de l’eau tranquille des habitudes ou du cours paisible ou inextinguible de la vie conjugale – éclaboussements d’écume et de sel dans le flux cyclique du tempo de la quotidienneté – ainsi cette odeur du sommeil des enfants, ce miracle éphémère qui tremble dans (l’)apesanteur irisée des bulles d’air, ce froissement de papier de soie blanc, papier fin presque translucide faisant courir une première salve de chair de poule sur le bras. Des passages émaillent les pages de cette poésie née du récit dans un flot de souvenirs teints de nostalgie et de fraîcheur :

La Trilogie romanesque. Les Cancrelats. Les méduses. Les phalènes, Tchicaya U Tam’si

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 29 Mai 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Gallimard

La Trilogie romanesque. Les Cancrelats. Les méduses. Les phalènes, Gallimard, coll. Continents noirs, mars 2015, Edition préparée et présentée par Boniface Mongo-Mboussa, 957 pages, 20 € . Ecrivain(s): Tchicaya U Tam’si Edition: Gallimard

 

La collection Continents noirs des éditions Gallimard poursuit la publication des œuvres complètes du grand poète et romancier congolais Tchicaya U Tam’si. Après sa poésie complète l’année dernière dont nous avons rendu compte ici, voici rassemblés en un volume trois de ses quatre romans – près de mille pages – introduits encore une fois avec clarté et maîtrise par le critique et écrivain Boniface Mongo-Mboussa. Une introduction (prévenons le lecteur) placée… à la fin de l’ouvrage.

Tchicaya U Tam’si, ce sont trois vies successives en l’espace de cinquante-sept ans : poète, dramaturge puis romancier. Cette dernière phase de sa vie dure moins d’une dizaine d’années. Quatre romans en sept ans, sans oublier un recueil de nouvelles. En 1977, Tchicaya publie La Veste d’intérieur, Prix Louise-Labbé. Ce sera son dernier recueil de poèmes. Vingt-cinq années de création poétique ont fait de lui un des poètes majeurs de l’Afrique malgré l’ombre écrasante de Senghor. Mais à l’orée de la cinquantaine, il est gagné par le doute quant à sa postérité.