Identification

Roman

Le collier rouge, Jean-Christophe Rufin

Ecrit par Virginie Neufville , le Mercredi, 16 Avril 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Le collier rouge, février 2014, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Jean-Christophe Rufin Edition: Gallimard

 

 

Qu’est-ce qu’un héros de guerre ? A travers ce court roman, Jean-Christophe Rufin tente de répondre à cette question.

Morlac, héros décoré de la Grande Guerre, est de retour au pays, mais au lieu de savourer sa liberté et la fin de la guerre, il est sous les verrous. Dehors, son fidèle chien Guillaume, compagnon de tous les combats, attend silencieusement ou hurle à la mort quand il sent le danger.

« De près, l’animal faisait peine à voir. Il avait vraiment l’allure d’un vieux guerrier. Plusieurs cicatrices, sur le dos et les flancs, témoignaient de blessures par balles ou éclats d’obus. On sentait qu’elles n’avaient pas été soignées et que les chairs s’étaient débrouillées pour se rejoindre tant bien que mal, en formant des bourrelets, des plaques dures et des cals ».

Le sang des papillons, Vivian Lofiego

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 16 Avril 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès

Le sang des papillons, mars 2014, 284 pages, 20 € . Ecrivain(s): Vivian Lofiego Edition: Jean-Claude Lattès

 

Peut-on évoquer les horreurs de l’histoire récente de son pays par le biais romanesque ? C’est le choix fait par Vivian Lofiego dans son premier roman, Le Sang des papillons. Nous sommes en Argentine en 1976. Tamara, très jeune enfant, voit son père se faire emmener de force vers un probable lieu de détention ou d’exécution, elle ne le sait pas encore. Très vite, le roman, qui a la particularité de n’inclure que très peu de dialogues directs, s’imprègne du sentiment de la peur, de l’omniprésence de la mort. Après avoir évoqué la situation d’un lieu à Buenos Aires, La ESMA, l’auteure rappelle ce que ce lieu a représenté pour les Argentins qui y furent internés : un centre de torture, d’internement. Vivian Lofiego précise les méthodes de répression :

« Ces terres donnèrent une fleur atroce. Une fois que les prisonniers avaient été interrogés, humiliés, torturés, on les assassinait. (…) En réalité, ils montaient dans les vols de la mort. Endormis, nus on les jetait, on les précipitait en plein vol dans le fleuve. On appela ce crime une forme chrétienne de mort ».

En remontant vers le Nord, Lilyane Beauquel

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

En remontant vers le Nord, janvier 2014, 235 pages, 18 € . Ecrivain(s): Lilyane Beauquel Edition: Gallimard

 

 

La trame est claire et épurée, à l’image d’un conte comme le qualifie du reste le bandeau. Mais c’est une histoire dense, avec des personnages intenses, qu’ils soient principaux ou secondaires. Au point que le lecteur, tout le long, suppose sans cesse un sens métaphorique qui ne se laisse pas aisément saisir.

Un pays nordique, à la fin du XIXè siècle. Sven, le narrateur, a fui sa vallée natale à l’âge de dix-sept ans. Pendant dix ans, il erre à travers le monde, étudie, devient ingénieur ; puis le voici de retour, chargé d’une mission : creuser un tunnel qui désenclavera ces vallées recluses.

Les tout premiers chapitres du roman décrivent avec un surprenant mélange de vigueur et de poésie la fuite de Sven puis ses retrouvailles avec le pays.

Pour quelques milliards et une roupie, Vikas Swarup

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Belfond

Pour quelques milliards et une roupie, traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi, avril 2014, 286 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Vikas Swarup Edition: Belfond

 

Un cocktail savamment ourdi. Ici le conte de fées se conjugue avec le manuel de management, la fable n’oublie jamais sa morale, le picaresque rivalise avec le roman d’apprentissage et l’aventure se décline en sept épreuves initiatiques.

On ne glosera pas sur le chiffre sept mais les symbolistes y trouveront sans doute ripailles.

De qui est-il question ? D’une jeune vendeuse dans la mouise. De quoi s’agit-il ? D’un deal qu’un milliardaire (on se demandera éternellement comment le milliardaire a trouvé cette jeune femme – la vérité romanesque est la fiancée du mensonge romantique) propose à la jeune femme : si vous traversez avec succès les sept épreuves que je vous impose, vous serez la patronne de mon empire industriel et financier…

Bon. La jeune femme, pleine de bon sens, n’en croit rien et elle a bien raison. Sauf que – très vite, roman oblige – l’héroïne, acculée par une série noire de déboires, n’ayant plus rien à perdre, a du coup (bien logique) tout à gagner. Et quand littérature et logique concluent un PACS, la philosophie surgit, diablesse improbable.

Le silence des rails, Franck Balandier

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 14 Avril 2014. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Le silence des rails, février 2014, 212 pages, 12 € . Ecrivain(s): Franck Balandier Edition: Flammarion

Là-bas, au camp de Struthof

Le roman de Franck Balandier relate la terrifiante histoire de vie d’un homme, Etienne Lotaal, qui est déporté dans le camp de concentration et d’extermination de Struthof en Alsace. Son tort ? Il était homosexuel vivant à Paris sous l’Occupation. Pour ce fait, il a d’abord été en transit dans la prison de Fresnes avant d’être mis dans un train à bestiaux pour l’ultime destination : « Le 22 juillet 1942, c’est à mon tour de partir ». Il est inutile de s’attarder sur le voyage vers la mort : la page 39 donne une description qui se passe de tout commentaire. De plus, l’hommage à Primo Levi est perceptible à travers les mots choisis dont le dessein est de mettre en évidence la rencontre avec l’autre, soldats de l’autre camp, kapos ou chiens Cerbère et l’hébétude des déportés :

« Le hurlement des soldats dehors. Le bruit des portes que l’on tire. Des sifflets. L’aboiement des chiens. Et puis le voyage qui reprend. Le cri des rails. On dirait qu’ils pleurent. A cause de nous, peut-être.

Quand on ouvre enfin les portes, c’est l’été. Tout le vert des arbres et toute la lumière. Comme un éclair. Quand on ouvre les portes. Je crois même que les oiseaux. Je crois même que. Je crois ».