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Roman

Quand vient le temps d’aimer, William Nicholson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Mars 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Editions de Fallois

Quand vient le temps d’aimer (All the Hopeful Lovers). Traduit de l'anglais par Anne Hervouët février 2015. 332 p. 22 € . Ecrivain(s): William Nicholson Edition: Editions de Fallois

 

William Nicholson retisse sa toile – après nous y avoir pris dans « L’intensité de la vie quotidienne »*. Et c’est avec délice que nous nous y retrouvons captivés, captifs. Nicholson possède un art exceptionnel de faire du moindre sentiment humain, du moindre acte, de la moindre douleur, un événement notable, voire majeur, et d’en extraire ainsi le matériau d’une véritable « aventure ». Aventure ici est à prendre dans sa polysémie en langue française : procès incertain et qui engage et aventure sentimentale bien sûr, comme annoncé par le titre.

Belinda, Chloe, Meg, Jack, Alice, comme les billes d’un jeu de flipper, vont ainsi tracer des trajectoires erratiques, phalènes hallucinées par le feu, par le jeu de l’amour. Et, comme il se doit aux jeux de l’amour, ils vont s’y brûler les ailes. Passions, mensonges, oublis, trahisons, William Nicholson est un maître pour associer les ingrédients du tourbillon amoureux. Il est cinéaste et scénariste d’abord (il s’agit réellement de ses métiers premiers) et son écriture – à la fois linéaire et palpitante – en est évidemment le produit. Il possède l’art consommé du scénariste pour passionner avec peu de chose, pour faire une histoire avec des bribes – brûlantes certes – de la vie amoureuse.

La Villa du Jouir, Bertrand Leclair

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 04 Mars 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Serge Safran éditeur

La Villa du Jouir, décembre 2014, 262 pages, 17 € . Ecrivain(s): Bertrand Leclair Edition: Serge Safran éditeur

 

Le titre localise le roman et en définit les fondements.

Il s’agit bien d’un récit érotique se déroulant quasiment intégralement dans l’espace fermé d’une villa, dans l’enceinte infranchissable d’une maison fort close, dont la propriétaire, une mystérieuse princesse noire, absolue maîtresse des lieux, jouit… d’une fortune et d’une puissance considérables.

Symbolisme topologique et connotations : la Villa du Jouir est insulaire, isolée sur une île grecque, comme celle où Ulysse rencontra Circé, et porte la même appellation, explicitement hédonique, que la dernière demeure de Gauguin aux Marquises.

Intertextualité : filiation indubitablement sadienne, réminiscences d’histoires d’Ô, inscription dans le réseau textuel classique et moderne des récits de domination-soumission sexuelle et des liaisons périlleuses.

Les innocents, Assaf Gavron

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Moyen Orient, Rivages

Les innocents, juillet 2014, traduit de l’Hébreu par Laurent Cohen, 650 pages, 25 € . Ecrivain(s): Assaf Gavron Edition: Rivages

« Maaleh Hermesh 3, une petite colline au milieu de nulle part, au milieu de partout, avec quelques rochers, des ronces et des âmes ». Une Implantation en Galilée, de nos jours, pas vraiment légale, un peu foutoir des vies des gens, des vies des Juifs, venus, ou revenus du vaste monde, ou bien de Tel-Aviv.

Pas loin de 700 pages pour dire, au fond, tout, ou presque de l’homme. Une gageure ? Plutôt un chef d’œuvre, un encore d’Assaf Gavron.

Livre bâti curieusement, comme si on nous faisait tourner en rond, dans les vies, les trajectoires du petit peuple des « implantés », dans l’Implantation elle-même, dont il copierait le plan mi-cylindrique, mi-labyrinthe. Manège fascinant, qui nous berce, ou nous malmène, selon les moments ; étrange et passionnant voyage au cœur du pays Juif : gens, bêtes, paysages, politiques, évènements macro ou micro. Passages presque épiques : « cette colline, ces vents, ce paysage antique… », en ce territoire dont Aharon Appelfeld dit qu’il n’y a pas au monde de lieu plus naturellement religieux, et la page derrière, vie quotidienne et loupe de l’entomologiste, puis, trois pincées de chapitres plus loin, des moments d’un humour à nous fendre le ventre. Tout est dans Gavron, qui connaît « ses » Juifs par tous les bouts, ne leur passe rien, et les console de tout !

L’Amant de Prague, Monique Ayoun

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Grande Ourse

L’Amant de Prague, février 2015, 176 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Monique Ayoun Edition: La Grande Ourse

 

« Ma vie est l’hésitation avant la naissance. Peut-être que mon enfance a été trop courte, le temps passe et on passe avec lui sans but ni raison… Parfois l’étonnement devant ces nuages incolores et absurdes… Où est l’éternel printemps ? »

Franz Kafka

 

A l’âge de dix-huit ans, Peter quitte son pays, la Tchécoslovaquie, avec toute sa famille, pour échapper aux bolchéviques. Garçon solitaire aux multiples facettes, il a un certain penchant pour l’alcool, la philosophie, la politique et l’histoire, surtout celle de son pays. Quand il rencontre Carla à Paris, c’est le coup de foudre. Toutefois, leur passion se métamorphose rapidement et leur relation devient kafkaïenne. L’admiration que lui voue Carla n’y change rien. L’alcool aidant, il brille en société :

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), A.B. Guthrie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), octobre 2014, traduit (USA) par Jacques Dailly (1955), postface de Bertrand Tavernier, 432 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): A.B. Guthrie Edition: Actes Sud

 

Le lecteur de La Captive aux yeux clairs (Cf. lien de l’article), premier volet de The Big Sky, retrouve Dick Summers, l’un des héros de la saga dans un contexte différent mais tout aussi fascinant : l’ancien coureur des bois accepte de guider et d’accompagner un convoi de pionniers vers l’Oregon. Pas moins de 3600 km de trajet à travers plaines, déserts et montagnes, en terres indiennes, le plus souvent à peine foulées par l’homme blanc depuis Independance dans le Kentucky jusqu’à la Terre Promise de l’Oregon et Fort Vancouver.

« – Je suis émerveillé quand même. Ce pays est si vaste, si varié !

– Il est toujours pareil ! répondit Summers qui pensa que seule la terre ne changeait jamais. Ces montagnes immuables voyaient éternellement se renouveler les fleurs, passer et disparaître les hommes, d’abord les Indiens, puis les trappeurs explorant les rivières encore insoumises, avides de risques et de solitude, et après eux les aventureux à la recherche de nouvelles patries, les chercheurs de fortune, les bâtisseurs d’une nation qu’ils voulaient plus grande, plus riche, prenant la relève de ceux dont le temps était fini ».