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Roman

Loin de Douala, Max Lobe (par Grégoire Meschia)

Ecrit par Grégoire Meschia , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Zoe

Loin de Douala, mars 2018, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Max Lobe Edition: Zoe

Avec sa gouaille si particulière, Loin de Douala traite d’un phénomène de société. Il s’intéresse au cas des jeunes footballeurs qui rêvent de faire carrière dans un club européen et qui empruntent pour cela de dangereuses routes migratoires. Ils jouent gros et deviennent la plupart du temps les proies d’un système de traite bien ordonné. Cette situation est si répandue que les Camerounais lui ont donné un nom : faire « boza ».

Le thème choisi par Max Lobe est celui de la fugue d’un adolescent, qui rappelle le personnage d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents coups de Truffaut, mais plongé au cœur de l’actualité camerounaise.

Comme dans Confidences, son précédent roman, Max Lobe choisit la première personne du singulier pour faire ressentir l’intimité d’un pays, vécu de l’intérieur, avec ses réalités propres, ses manières de s’exprimer aussi. Jean, le narrateur, est le bon élève de la famille et le « choupi » de sa maman, adepte fanatique de l’église du Vrai Evangile. Son frère Roger a perdu avec la mort de son père son seul soutien dans la famille. Sa mère l’a toujours dénigré et roué de coups. La passion de Roger, c’est le football. Mais sa mère a toujours refusé qu’il emprunte cette voie. Il est donc réduit à fuguer et à chercher un chemin clandestin pour quitter un pays où rêver n’est pas possible.

La ville en fuite, Roman d’une jeunesse effrénée à Erevan, Jean-Chat Tekgyozyan, par Cathy Garcia

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 05 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est

La ville en fuite, Roman d’une jeunesse effrénée à Erevan, Belleville éditions, octobre 2018, trad. arménien Mariam Khatlamajyan, 176 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Chat Tekgyozyan

 

Pas facile de faire une critique de La ville en fuite, probablement du fait que tout comme la ville, le roman dans son entier semble nous échapper en permanence, quand on en a attrapé un bout et qu’on commence à suivre le fil – bim ! – on se retrouve sens dessus-dessous et il faut à nouveau chercher un bout de fil auquel se raccrocher mais en vain, car tout le roman est un nauséeux mélange de réel et de rêve-cauchemar hallucinatoire, nous sommes enfermés dans la tête des deux protagonistes principaux, Gagik et Grigor.

Le roman est divisé en deux parties, deux versions décousues d’une même histoire, à charge au lecteur d’essayer d’en tirer quelques bribes de cohérence. L’écriture vacille, se pose pour aussitôt réapparaître ailleurs, retourne sur ses pas et on finit par ne plus chercher à comprendre tellement on a le tournis. Alors, on se laisse en quelque sorte malmener, bousculer, l’humour est là et la poésie aussi, notamment dans les magnifiques passages qui parlent de la grand-mère de Gagik et son incroyable chevelure dotée elle aussi d’une vie propre :

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, Zora Neale Hurston (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Vendredi, 02 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Zulma

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, septembre 2018, trad. américain Sika Fakambi, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Zora Neale Hurston Edition: Zulma

 

« L’amour ! C’est juste ça qui nous fait toutes à tirer à traîner à suer à trimer de peut pas voir au matin jusqu’à peut pas voir au soir. C’est de par ça que les anciens d’avant y disent que d’être un imbécile ça va pas jamais tuer personne. Ça va juste de faire à suer » (p.45).

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un roman d’apprentissage, celui d’une femme métisse dans la Floride du début de siècle, qui doit s’affirmer face aux attentes sociales d’autant plus contraignantes lorsqu’on est femme, de couleur, femme du maire par exemple ou approchant d’un certain âge. Janie apprend aussi l’amour, à travers trois mariages lui faisant traverser une palette d’états : de la résignation innocente à la désillusion, de la colère contenue au désespoir, de la jalousie inquiète à l’euphorie.

Ce roman est une réflexion sur la liberté, le libre arbitre n’étant possible qu’avec une dose de curiosité et de courage. A cet égard, Zora Neale Hurston construit un personnage fort, qui brave les croyances et le regard pesant de la société cherchant à lui dicter sa conduite.

Frère d’âme, David Diop (par Dominique Ranaivoson)

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Mercredi, 31 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Seuil

Frère d’âme, août 2018, 176 pages, 17 € . Ecrivain(s): David Diop Edition: Seuil

 

Les quatre années consacrées au Centenaire de la Grande Guerre ont déclenché une véritable fièvre éditoriale et on pourrait en conclure que tout a été réévalué, reconsidéré, que tous les arts se sont déployés pour ce temps de célébration. Or, voici, in extremis, un roman qui ne vient pas se surajouter aux autres puisqu’il réussit à surprendre et subjuguer.

Ce long monologue est la parole d’Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais illettré rapatrié à l’Arrière pour s’être montré plus sauvage encore que ce qui était demandé par une France qui pourtant, dit-il, « a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l’arrange » (25). Au milieu des soldats traumatisés qui hurlent dans la nuit, pris en main par le médecin, il cherche à comprendre comment, dans la boue et la violence, entre « les Toubabs et les Chocolats » (46), il a basculé. Il dit ce qu’il a compris de la guerre, de lui, des autres, de la vie dans un récit traversé par un lancinant « j’ai su, j’ai compris » et par l’invocation « par la vérité de Dieu », comme l’enfant-soldat de Kourouma dans Allah n’est pas obligé (2001).

Seiobo est descendue sur terre, László Krasznahorkai (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 30 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Cambourakis

Seiobo est descendue sur terre, mars 2018, trad. Du hongrois Joëlle Dufeuilly, 410 pages, 25 € . Ecrivain(s): László Krasznahorkai Edition: Cambourakis


László Krasznahorkai, l’auteur de deux des plus grands romans de la fin du siècle dernier, à savoir Tango de Satan (1985) et La mélancolie de la résistance (1989), s’essaie à l’ekphrasis c’est-à-dire la description d’une œuvre d’art enchâssée dans un récit. Seiobo est descendue sur terre (2008), enfin traduit et publié en français dix ans après sa sortie en Hongrie, se compose de 17 récits indépendants, 17 variations sur le mystère de la beauté et de l’âme humaine, 17 réflexions sur l’art et le sacré.

L’écrivain hongrois né en 1954, orfèvre d’une menace apocalyptique dans La mélancolie de la résistance, peintre de la désolation et de la résignation dans Tango de Satan, cette fois-ci saisit la beauté au vol, la traque dans tous les recoins de la terre et à toutes les époques.