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Roman

Billy le menteur, Keith Waterhouse (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 12 Mars 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Editions du Typhon

Billy le menteur (Billy Liar, 1959), janvier 2019, trad. anglais (Angleterre) Jacqueline Le Begnec, 242 pages, 17 € . Ecrivain(s): Keith Waterhouse Edition: Editions du Typhon

 

Le problème, quand on ment, c’est qu’il faut avoir de la mémoire. Il faut se rappeler à qui on a raconté une histoire à coucher dehors. Par exemple, à qui on a fait croire que sa sœur est à l’hôpital, gravement malade, alors qu’on n’a pas de sœur. Ou bien à qui on a dit que son père était officier de la marine et à qui d’autre qu’il était cordonnier. Les mensonges peuvent embellir la vie. Ils peuvent par exemple servir de munitions pour se faire valoir auprès des jeunes femmes. Mais quand on les additionne, ils peuvent aussi compliquer l’existence et obliger à gérer des situations de plus en plus périlleuses.

Quelques années après la deuxième guerre, dans une petite ville du nord de l’Angleterre. Billy Fisher n’est plus un enfant, mais pas encore tout à fait un adulte. Il a un travail, mais habite encore chez ses parents – et avec sa grand-mère – qui ont toujours le droit de lui interdire de sortir. C’est un peu un « Tanguy » des temps anciens. Billy a des ambitions qui pourraient être qualifiées de mesurées. D’un autre point de vue, on peut dire qu’il prend le temps de vivre.

Nos vies suspendues, Charlotte Bousquet (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 12 Mars 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

Nos vies suspendues, éditions Scrineo, février 2019, 350 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Charlotte Bousquet

Cela aurait dû être l’été le plus génial, le plus drôle, celui de la libération à la sortie du lycée, bac enfin en poche, celui d’avant la nouvelle vie et la séparation des uns et des autres, envolés vers leurs projets et leurs formations respectives. Ce fut l’été du cauchemar, répété et répété encore, les réveillant la nuit, les poursuivant le jour.

Il y a trois ans, Anis et Nora ont été violées ; Steven a fermé les yeux ; Milan n’a rien pu faire ; Maël et Enzo se sont laissés entraînés ; Matis et Laurent sont devenus des monstres. Pour chacun.e d’entre eux, leurs vies sont restées suspendues, lors de cette nuit d’été où tout a basculé.

Dans ce roman contemporain, Charlotte Bousquet ne donne pas la parole à un personnage privilégié, elle cible au contraire l’un après l’autre les différents protagonistes, mettant sur la table les ressentis et les points de vue de tous. Victimes et bourreaux sont ainsi convoqués et éclairent de façon crue et toujours juste les faits qui se sont déroulés et qui sont délivrés avec suspense. Elle montre avec précision comment chacun a survécu au drame, quelles stratégies ont été mises en place pour fonctionner encore, quitte à être vide ou figé à l’intérieur.

Le Dernier Amour d’Attila Kiss, Julia Kerninon (par Christian Massé)

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 11 Mars 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Babel (Actes Sud)

Le Dernier Amour d’Attila Kiss, mai 2018, 140 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Julia Kerninon Edition: Babel (Actes Sud)

 

Budapest, 2007-2008.

Théodora : la dernière des Habsbourg, orpheline de l’un des plus grands chanteurs d’opéra de Vienne, dont elle touche les « royalties ». Enfant, elle grignotait du caviar à la petite cuillère avec des imprésarios, ambassadeurs… sur des toits d’hôtels de la Riviera française.

Attila : après l’échec de son mariage, au cours duquel son épouse perd un bébé en couches, il craque et commence une double vie avec une serveuse de café dont il aura trois filles en cinq ans. Parti en volant la voiture de son beau-père, riche entrepreneur dont il a été le larbin silencieux, il passe plusieurs mois dans la Puszta, entre Carpates et Balkans. Là, son travail consiste à repeindre des bâtiments de ferme. Il a 40 ans.

« … mari, amant, père, contrebandier, gendre, menteur. Á présent, je suis simplifié. Simplifié ».

Julia Kerninon insère dans son roman les pensées-clé d’Attila et de Théodora à la première personne.

Le Pays des petites pluies, Mary Austin (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 08 Mars 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Mot et le Reste

Le Pays des petites pluies, février 2019, trad. et préface, François Specq, 190 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Mary Austin Edition: Le Mot et le Reste

 

La pionnière

Les éditions Le Mot et le Reste nous donnent à lire l’ouvrage lumineux de Mary Austin (1868-1934), Le Pays des petites pluies, dans lequel le paysage est le sujet du récit, « pays des frontières perdues » soumis l’été à « un intolérable éblouissement solaire ». Et pourtant il y pleut. Il y a des couleurs, des plus claires aux plus obscures, des formes, des plus élevées aux plus abyssales. Des accalmies et des tempêtes. De la chaleur intense et du gel. Et l’Indien veille, résiste, fier, dans la Vallée de la Mort. L’essence même de la vie sur terre trouve son accomplissement dans ce « véritable désert ». C’est une leçon de nature, presque une parthénogenèse dans laquelle certaines espèces s’auto-multiplient, s’épanouissent, non dans le chaos mais dans l’ordre primordial. Mary Austin identifie chaque arpent de cette terre de l’Ouest américain, l’inventorie, en confectionne un herbier vivace. Elle décrit avec délicatesse les vibrations de la végétation, les plantes adaptées à la sécheresse ou aux milieux aquatiques, les végétaux d’altitude, leurs types biologiques, le pelage des petites bêtes de cette région ; d’où un amour et une compassion à l’égard des espèces du monde végétal et animal.

Ce que cela coûte, Wilfred Charles Heinz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mars 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Monsieur Toussaint Louverture

Ce que cela coûte, février 2019, trad. anglais (USA) Emmanuelle et Philippe Aronson, 384 pages, 24 € . Ecrivain(s): Wilfred Charles Heinz Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Monsieur Toussaint Louverture continue à nous surprendre avec des œuvres oubliées et plus stupéfiantes les unes que les autres. Avec ce roman – est-ce un roman, un récit fictionnel ? – nous sommes dans le monde âpre et mâle de la boxe dans les années 1950. Un journaliste sportif Franck Hugues, va suivre pendant trois semaines la préparation, l’entraînement minutieux d’un superbe boxeur, Eddie Brown, avant son prochain match où se jouera le titre de champion du monde des poids moyens. Nous suivrons ainsi avec lui la vie quotidienne dans un hôtel-restaurant spécialisé, à quelques kilomètres de New-York, avec salle d’entraînement équipée. Eddie Brown n’est pas le seul boxeur en préparation pour des rencontres, même s’il est le plus grand espoir de la boxe de son temps. Ces boxeurs sont entourés de leurs coaches, leurs médecins, leurs sparring-partners – c’est donc une petite colonie que le narrateur Franck Hugues va observer pendant cette période. Observer au détail près, comme le ferait un peu un anthropologue devant une étrange peuplade.