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Roman

L’aide à l’emploi, Pierre Barrault (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 01 Juillet 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Louise Bottu

L’aide à l’emploi, mars 2019, 154 pages, 14 € . Ecrivain(s): Pierre Barrault Edition: Editions Louise Bottu

 

Nouveau roman de Pierre Barrault, L’aide à l’emploi succède à l’excellent Clonck et ses dysfonctionnements – tous deux aux excellentes éditions Louise Bottu. On y retrouve, dans cet Aide à l’emploi, toujours cette écriture fine, sobre, nous l’avons déjà éprouvée au travers de Clonck tout construit autour de la figure du déplacement, celui des personnages et des objets ; mais ici, avec ce nouvel opus, c’est plutôt une histoire du mélange à laquelle on assiste.


L’art du mélange

Tout est mélange, tout se mélange, les gens, les sensations, les décors, la narration même ; la première personne alternant avec la troisième. Tout est fondu, ici, en un magma qui se déploie, et nous, comme Altralbur, ce personnage qui est officiellement en recherche d’emploi, ce personnage harcelé par son conseiller d’aide à l’emploi, comme lui nous sommes confondu(e)s par ce monde étrange, on le suit, confuses et confus, dans cet univers à la fois mélangé et strictement hiérarchisé.

La conquête des îles de la Terre Ferme, Alexis Jenni (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 28 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

La conquête des îles de la Terre Ferme, 449 pages, 7,99 € . Ecrivain(s): Alexis Jenni Edition: Gallimard

 

Alexis Jenni a le sens de l’histoire. Cette aptitude à resituer les guerres coloniales de la France dans l’exercice d’un art, illustrée à merveille dans son premier roman L’art français de la guerre, il la met en œuvre dans ce roman La conquête des Îles de la Terre Ferme. Comme le rappelle l’auteur dans son texte d’avertissement précédent celui du roman : « Tout est vrai, donc sauf les imprécisions, exagérations, condensations et menteries, qui sont dues au principe de débordement qui réside au cœur de tout roman ». Effectivement, le lecteur ressent cette vérité de la conquête dans ses aspects humains, économiques, religieux, idéologiques. Sans nous faire éprouver de la sympathie pour ces hommes, Alexis Jenni prend soin de nous rappeler qui ils étaient : d’abord, des individus humiliés à l’origine par leur éducation : « Je m’appelle Juan de Luna (…) Je me souviens parfaitement du jour où je cessais de répondre, ce jour précis où mon père que j’indifférais se mit à me haïr, ce qui est un sentiment plus noble que l’indifférence, car plus intense, et plus propre à générer des prouesses ».

La Maison d’Haleine, William Goyen (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, Cette semaine

La Maison d’Haleine, William Goyen, trad. américain Maurice-Edgar Coindreau, 250 pages, 7,20 € . Ecrivain(s): William Goyen Edition: Gallimard

 

Il faut imaginer un William Faulkner qui serait un pur poète pour se faire une idée de ce roman sudiste, plein d’une nostalgie qui jouxte le désespoir. Un chef-d’œuvre littéraire à placer au plus haut des joyaux du Sud. Et traduit par l’immense Maurice-Edgar Coindreau, autant dire une priorité de lecture absolue.

La Maison d’Haleine est située à Charity, au Texas qui, un temps, a connu le bonheur.

« C’était une grande maison, vaste, vivante, traversée dans toute sa longueur par un long corridor ; et beaucoup de personnes y habitaient : Aunty, l’oncle Jimbob, Tante Malley, l’oncle Walter Warren, Christy, Grand’Maman Ganchion, et tous les cousins et cousines, grands et petits : Swimma, Follie, Barryben, Jessie, Maidie, tous – même miss Hattie Claig qui vint habiter avec nous ».

Sillages, Kallia Papadaki (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Cambourakis, Cette semaine

Sillages, mars 2019, trad. grec Clara Villain, 198 pages, 20 € . Ecrivain(s): Kallia Papadaki Edition: Cambourakis

 

Kallia Papadaki retrace l’histoire d’une famille grecque immigrée aux États-Unis, depuis les débuts du XXe siècle jusqu’aux années 1980. Dans un jeu de flash-back entre les déboires d’Andonis Kambanis, le grand-père, et les difficultés de son fils Basil avec sa fille adolescente Lito, se déroule devant nos yeux un pan d’histoire méconnu, transformé sous la plume de l’autrice en un chant acerbe et mythique.

« Et tandis que la lumière des néons se reflétait dans les flaques d’eau et clignotait à l’extérieur des boîtes de nuit et des cinémas, tandis que les gens faisaient la queue pour s’amuser jusqu’au lever du jour, Andonis Kambanis essayait de comprendre ce qu’il faisait de travers, pourquoi il vivait dans cette saloperie de pauvreté, sans une once d’espoir, pourquoi il n’arrivait pas à payer l’intégralité de son loyer, pourquoi, chaque matin, sa propriétaire se montrait amère et mécontente, pourquoi les dépenses étaient constantes et les revenus insuffisants. […]

La vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère et ma jeunesse de merde à moi, Andréas Altmann (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

La vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère et ma jeunesse de merde à moi, mai 2019, trad. allemand Matthieu Dumont, 336 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Andréas Altmann Edition: Actes Sud

Le livre de son père

Avec Vipère au poing (1948), Hervé Bazin avait écrit le roman autobiographique de la haine maternelle. On se souvient du petit Jean Rezeau, alias Brasse-Bouillon, engageant avec sa Folcoche de mère une guerre des tranchées au sein même du domaine familial, devant le regard impuissant des autres membres de la famille. Plus d’un demi-siècle plus tard, Andréas Altmann nous propose dans La vie de merde de mon père…, la version allemande et père-fils du désamour familial, un anti Livre de ma mère (1) qui célèbre la détestation de la figure paternelle.

Dès les premières pages, l’auteur-narrateur-personnage donne le « la ». Il tiendra la note douloureuse tout au long du récit : « Je suis prêt à témoigner à charge contre mon père, tout ce qu’il faudra. Au cours des cent prochaines pages, si elles suffisent, j’étalerai au grand jour ses infamies, sans éluder aucun forfait ». Ce père, c’est Franz Xaver Altmann. Il a porté l’uniforme SS pendant la guerre et en est revenu « tel un zombie pour repartir de plus belle à la guerre tout au long de la seconde moitié de sa vie. Mais cette fois la zone de combat n’était plus quelque Oural lointain, mais sa propre famille ».