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Roman

Sérotonine, Michel Houellebecq (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion, Cette semaine

Sérotonine – 352 p. janvier 2019 – 22 € . Ecrivain(s): Michel Houellebecq Edition: Flammarion

 

On savait Houellebecq sombre et déprimé. Mais avec ce livre, il se situe au-delà de toute forme d’espérance. Il nous offre une traversée amère et terrible de notre monde, une sorte de symphonie funèbre à une humanité défunte. Houellebecq a toujours eu des échos romantiques, ici c’est le Winterreise de Schubert qui résonne, le Voyage d’Hiver. Des vers me viennent en mémoire, ceux d’un chant des gardes suisses de 1793 :

 

« Notre vie est un voyage

Dans l’hiver et dans la nuit

Nous cherchons notre passage

Dans ce ciel où rien ne luit ».

Bacchantes, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages, Cette semaine

Bacchantes, janvier 2019, 106 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Rivages

 

On peut, on doit, commencer en disant que ce court roman – plutôt une novella – est parfait. Parfait comme l’est le stupéfiant braquage qu’il raconte. Minard nous déploie une mécanique narrative dont l’économie et la maîtrise touchent à l’accomplissement absolu.

Un braquage donc, mais comme jamais vous n’en avez lu ni entendu. Trois femmes, tout droit sorties d’un film de Tarantino, ont réussi à pénétrer dans un bunker imprenable, une sorte de Fort Knox plein d’un or rouge et blanc : des centaines de milliers de bouteilles de vin, de flacons de légende, confiées pour longue garde à Coetzer qui a eu l’idée géniale de créer cette caverne hyper technologique à Hong Kong. Cette forteresse contient 350 millions de dollars de vin.

Et dans leur bunker, elles ont pris le pouvoir sur ceux de l’extérieur, policiers et propriétaires du lieu ! Elles tiennent en otages cent mille bouteilles mythiques et tous les « blaireaux » qui tremblent au-dehors. Elles « exécutent », en forme d’avertissement, quelques-unes de leurs « otages » millésimées, les explosent devant les caméras intérieures de surveillance pour mieux boucler encore leur emprise sur la situation.

Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès

Tous les hommes désirent naturellement savoir, août 2018, 264 pages, 19 € . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Jean-Claude Lattès

 

Ce livre est une douceur poétique mêlée à la violence du désir. Dans les allers retours incessants d’une Algérie à la beauté sauvage et insaisissable et d’un Paris nocturne qui permet de consoler le désir frustré du jour, l’auteure nous raconte comment son enfance a façonné les pérégrinations de sa jeunesse. Le style de Nina Bouraoui est si sincère et vif qu’il en devient dérangeant. Elle dépeint avec précision ses angoisses et ses désirs, ses fantasmes tant refoulés qu’elle n’assume pas et qu’elle rejette honteusement dans la boîte de nuit de la rue du Vieux Colombier, le Kat. On vit son impasse, son attachement fusionnel à sa mère, sa sœur, son Algérie indomptable. Ses désirs hors norme sont vécus comme autant d’attentats à son corps.

C’est dans l’Algérie où elle a vécu jusqu’à son adolescence, en 1981, qu’elle pense pouvoir retrouver les morceaux de sa personnalité amoureuse. Sa vraie nature, comparable à la végétation algérienne, est dense et hors du temps. « Les amandiers en fleurs, les brassées de mimosas, les criques de Cherchell, les massifs de l’Atlas, les vagues de dunes sur la route de Timimoune, la beauté dense, insaisissable, éternelle de là-bas ».

L’écriVeine ou comment le virtuel s’allia à la poésie, Véronique Roppe (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’écriVeine ou comment le virtuel s’allia à la poésie, éditions du Rapois, 2018 . Ecrivain(s): Véronique Roppe

 

Deux personnes s’échangent des mots, des phrases, des idées via les réseaux sociaux. La rencontre, forcément fortuite, se précise crescendo suivant les idées qu’ils se font l’un de l’autre, chacun accentuant ses positions en fonction du portrait qu’il/qu’elle s’en fait par claviers interposés :

« H : Toujours en forme ?

V : Oui, j’ai craint un instant d’avoir fait fuir le poète-papillon ».

La réserve de l’un n’a d’égale que la passion progressive et dévorante de l’autre :

« V : J’ai fait le premier pas, je crois, et même les cent suivants. Je ne vous ai pas fait signe tout bas, ce n’est pas dans ma nature, hélas. Je suis en attente de vous, de vos sages réponses à mes mails enflammés. Il est un aspect de ma personnalité que vous devez connaître : j’ai besoin d’aimer, d’être aimée, et ce, dans chaque aspect de l’Amour… ».

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 07 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Voyages

Dans les forêts de Sibérie, novembre 2018, 304 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Folio (Gallimard)


Qui n’a pas rêvé un jour de quitter son univers étriqué pour vivre en ermite dans un espace vierge et retiré, pour jouer au naufragé comme Robinson ? Sylvain Tesson, l’écrivain aventurier né en 1972, l’a fait. Six mois durant, il a vécu dans une cabane de 9 m2 au fin fond de la taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce de la planète. Dans les forêts de Sibérie est le récit de cette aventure : « J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là ».

Pourquoi se lancer un tel défi ? Plus qu’une nouvelle vie ou un nouveau départ, Sylvain Tesson évoque une fugue, une fuite, une retraite. Las de la société et de tout ce qu’elle traîne dans son sillage métallisé, profusion, fracas et confusion, Tesson aspire, par un détour vers l’état de nature, à un déconditionnement, à une mue régénératrice. En s’immergeant dans un contexte radicalement différent et épuré, il tente une expérience susceptible de révéler une autre facette de son être, de faire ressortir ce qu’il a dans le coffre :