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Roman

Médée chérie, Yasmine Chami (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Actes Sud

Médée chérie, janvier 2019, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Yasmine Chami Edition: Actes Sud

 

La vie est une errance

Mère de trois enfants, Médée est sculpteur marocaine. Son époux Ismaïl est chirurgien. La vie leur était toujours voluptueuse et leur amour platonique. Médée a fait de lui le centre de sa vie et du monde.

Un jour, le couple entame son voyage vers Sidney. A l’aéroport, Ismaïl s’excuse pour revenir dans un instant. Mais il ne reviendra pas. Persuadée qu’elle a été abandonnée par l’homme de sa vie, le sens de son existence, elle se réfugie dans une chambre d’hôtel attenant à l’aéroport et refuse d’entrer chez elle.

Aussitôt, sa vie bascule et tout se métamorphose : son corps, son esprit… Elle devient étrangère à elle-même. Dans cette chambre envahie de laideur, seule la mémoire l’attache par un fil minuscule à la vie ; dans le flux des souvenirs, elle retrouve sa généalogie, son enfance, ses enfants, et tous les liens du passé. Tout a disparu et tout est là. Tout est mort et tout revient à la surface par la mémoire. Seule dans cette chambre,

Rendez-vous à Samarra, John O’Hara (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 12 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Rendez-vous à Samarra, février 2019, trad. anglais (USA) Marcelle Sibon, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): John O’Hara Edition: L'Olivier (Seuil)

« Gibbsville était ennuyeux comme la pluie tout au long de l’année, mais […] tout le monde s’accordait pour dire qu’à Noël, c’était l’endroit le plus amusant qu’on pouvait trouver en province ».

Fin décembre 1930, à Gibbsville, Pennsylvanie, dans le très huppé et puritain milieu des notables de cette petite bourgade de l’Est des Etats-Unis, on fête Noël. En pleine réception, dans le fumoir du Country Club Lantenengro, Julian English, président de la Compagnie des automobiles Cadillac et marié à Caroline, jette le contenu de son verre de whisky-soda au visage de Harry Reilly, propriétaire de la même Compagnie.

Ce portrait d’une Amérique en pleine Dépression après la crise de 1929, figée dans ses conventions et en proie aux gansgters et bootleggers qui profitent de l’économie moribonde, raconte quelques jours de la petite vie provinciale de ses habitants : rapports entre les sexes, adultère, pessimisme, alcool et alcoolisme, relations à l’argent. Le roman a fait scandale à sa parution en 1934. Le titre, quelque peu énigmatique, provient d’une citation du célèbre romancier et nouvelliste William Somerset Maugham, qui s’énonce comme un conte oriental où la peur de la mort finit par précipiter vers elle un serviteur, de Bagdad à Samarra. Comme le serviteur de Bagdad, Julian s’est-il trompé de cible, de lieu de sa colère ? Que cache chez English cette violence qui se déploie quand il a bu ?

Erev. À la veille de…, Eli Chekhtman (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Buchet-Chastel

Erev. À la veille de…, novembre 2018, trad. yiddish Rachel Ertel, 816 pages, 27 € . Ecrivain(s): Eli Chekhtman Edition: Buchet-Chastel

 

« C’est un chef-d’œuvre, achetez-le, faites-vous le offrir, procurez-vous le par tous les moyens légaux et lisez-le ». Voilà ce qu’on a envie d’écrire à propos d’Erev, et la recension pourrait s’arrêter là. On se sent néanmoins obligé d’en dire davantage.

Au moment où ce compte rendu est rédigé, l’encyclopédie en ligne Wikipédia, accueillante aux politiciens de tous bords, si insignifiants soient-ils, aux acteurs du huitième rang et aux peintres du dimanche après-midi, ignore qui fut Eli Chekhtman (1908-1996), écrivain russe d’expression yiddish qui acheva sa vie en Israël ; comme un autre auteur important, Abraham Sutzkever (1913-2010). Bien qu’honorée par un Prix Nobel (avec Isaac Bashevis Singer, en 1978), la littérature yiddish, sa poésie, ses pièces de théâtre, ses journaux (l’épée d’académicien d’Alain Finkielkraut s’orne de l’aleph hébraïque, en souvenir du quotidien yiddish que lisait son père), la littérature yiddish est une Atlantide engloutie, alors que la langue fut pratiquée sur une grosse moitié du continent européen (de l’Alsace à la Russie). Erevest une lumière qui nous vient d’un monde aboli.

Les musiciens du Stalag 1A, Olivier Barli (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les musiciens du Stalag 1A, Editions Jourdan, février 2019, 165 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Olivier Barli

 

Aimez-vous Brahms ?

Hector Berlioz affirmait que « La musique et l’amour sont les deux ailes de l’âme » ; Paulina Szmukler a été dotée très jeune de l’aile de la musique. Son fils, Olivier Barli, raconte dans quelles circonstances elle a rencontré l’amour et son futur mari.

Paulina, née à Kiev d’une père polonais, est une jeune pianiste prodige qui a étudié au conservatoire de Varsovie. Ébloui par ses dons, son professeur, qui la compare au grand Vladimir Horowitz l’incite, en plus des nombreuses pièces de Chopin qu’elle travaille, à apprendre aussi « le deuxième concerto de Brahms, l’un des plus difficiles du répertoire romantique ». En 1937 elle participe au prestigieux concours Chopin de Varsovie où seule sa judéité l’empêche d’obtenir l’un des premiers prix. Après l’invasion de la Pologne en 1939, elle se retrouve enfermée dans le ghetto de Varsovie ; elle parvient à s’en évader à l’aide de la complicité d’un médecin et de faux papiers. Mais elle finit par être dénoncée un jour de 1942, « où une grosse voisine polonaise très pieuse, cultivant avec zèle l’art de la délation, sentit qu’une nouvelle proie pourrait s’ajouter à sa liste ». Elle est envoyée à Treblinka.

Le Murmure des oliviers, Giuseppe Bonaviri (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Italie, Verdier, Cette semaine

Le Murmure des oliviers (La Contrada degli ulivi, 1975), octobre 2018, trad. italien Jacqueline Bloncourt-Herselin, 110 pages, 7 € . Ecrivain(s): Giuseppe Bonaviri Edition: Verdier

 

L’Italie a ce secret précieux de nous délivrer régulièrement des pépites littéraires éblouissantes et peu connues. Et Verdier Poche a ce secret de les dénicher et de nous les offrir. Comme le merveilleux Maison des autres de Silvio d’Arzo, Le Murmure des oliviers est une novella qui prend ses racines dans la vie rude et pauvre des montagnards. Ici, on est en Sicile orientale, parmi les paysans plus que pauvres qui tentent de survivre sur la terre ingrate, caillouteuse et sèche que le ciel leur a donnée.

Massaro Angelo, sa famille, ses voisins scrutent le ciel à longueur de vie, guettant là la pluie, là le soleil, lisant les nuages comme un livre qui leur dirait leur destin pour les mois, les jours à venir. La survie en dépend pour les familles accrochées aux pentes des monts, misérables mais solidaires. Même le petit âne de Massaro Angelo, Grison, scrute le ciel !

D’un versant à l’autre de la petite vallée, d’une maison à l’autre, les hommes et les femmes se saluent, comme dans une symphonie surgie du fond des âges.

« Holà, massaro Angelo ! On ne voit pas un seul nuage. Et les terres réclament de l’eau ! ».