Identification

Roman

Sexe, Christophe Donner

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 05 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Sexe, janvier 2018, 272 pages, 19 € . Ecrivain(s): Christophe Donner Edition: Grasset

 

A la fin de L’Image fantôme, Hervé Guibert eut cette jolie formule : « Il faut que les secrets circulent » (1). Elle pourrait résumer à elle seule le projet littéraire de Christophe Donner, initié avec Petit Joseph (Fayard, 1982) il y a 36 ans. Celui qui avait signé un essai intitulé Contre l’imagination (Fayard, 1998) n’a jamais eu pour sujet, à quelques exceptions près, que lui-même, sa famille et ses proches (et les proches de ses proches), non pas par narcissisme béat (loin de là), mais tout simplement parce que sa vie a souvent été plus romanesque que ne le sont beaucoup de romans qui se présentent comme tels. Christophe, le narrateur de Sexe, le remarque lui-même : comme dans toute bonne autofiction, « la réalité finit toujours par écraser la fiction ».

Sexe, c’est le roman que le narrateur tente d’écrire depuis plusieurs années, mais dont les différentes versions ne le satisfont jamais. C’est un peu le roman de Christophe Donner qui contiendrait tous les autres, qui les lierait, qui ferait de ses histoires passées une histoire, son histoire. Bien sûr, il n’est jamais question que d’amour. De la relation avec son amant mexicain, Moïse, avec qui il visite les backrooms du bar gay La Casita de Mexico, de sa difficulté à échanger avec lui autre chose que du sexe…

Paix à Ithaque !, Sandor Márai

Ecrit par Gaëlle Cauvin , le Vendredi, 02 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Le Livre de Poche, En Vitrine

Paix à Ithaque !, Sandor Márai, traduit du Hongrois par Eve Barre, 448 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Sandor Marai Edition: Le Livre de Poche

 

Connaît-on vraiment le héros aux mille ruses de L’Iliade et L’Odyssée ? Avec Paix à Ithaque ! Sandor Márai, enfant du XXe siècle, né en 1900 à Budapest, poursuit le mythe du héros grec et rend un hommage plein d’humour à « l’aïeul des poètes », Homère, vingt-huit siècles après.

Pénélope, Télémaque et Télégonos, chacun leur tour, en trois chants successifs, prennent la parole pour cerner la personnalité du héros. Cela donne une dimension « intertextuelle » au roman, où les points de vue et les avis, sur Ulysse, sur Homère, se mêlent, se croisent, divergent. Le roman et le mythe sont mis en abyme, l’écriture est considérée comme une activité d’esclave, et les vrais poètes, selon Pénélope, Circé et Hélène, ne peuvent que la mépriser et lui préférer le chant. Rappelons que pour ces femmes, écrire est un signe d’impuissance et de vanité. D’ailleurs, jamais Ulysse n’écrivit une ligne, à l’inverse de Ménélas très soucieux de ses mémoires et de sa postérité.

Philibert Merlin, apprenti enchanteur, Gwladys Constant

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Philibert Merlin, apprenti enchanteur, ill. Juliette Barbanègre, janvier 2018, 128 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Gwladys Constant Edition: Le Rouergue

 

Philibert est le petit dernier de la famille Merlin, le septième rejeton d’une impressionnante fratrie. En effet, dans sa famille, tout le monde est génial, brillantissime ! Car chez les Merlin, on est enchanteur sans exception depuis des générations. Le seul problème : Philibert ne trouve pas son don, sa propre voie parmi tous les talents possibles du monde de la magie.

« Philibert aimerait bien ne pas être jaloux ! C’est facile à dire, quand on a soi-même un don ! Mais quand on n’a rien, rien de rien, que peut-on ressentir, à part l’envie d’être comme les autres membres de sa famille ? Parfois, l’enfant se demande si, à la maternité, on ne l’a pas échangé par erreur avec un autre bébé. Est-il vraiment le fils de ses parents ? Physiquement, il leur ressemble, il a bien les yeux verts de son père, les cheveux noirs de sa mère, et la marque des enchanteurs à la base du cou, un petit croissant de lune, comme une cicatrice. Mais au fond, cela ne prouve rien. Seul le don est une preuve ».

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Gallimard

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson, trad. Philippe Mikriammos, 303 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Eric Miles Williamson Edition: Gallimard

 

Dans un bar, avec un narguilé et des Angels… sa mère le présente à son oncle de père : « Nous aurions même pu nous croire ailleurs qu’à Oakland » (p.16). T-bird est un « pupil » et ne recherche pas les cours ni son « père », sauf peut-être dans la figure protectrice de Fat Fred. Qui est l’oncle Ray ?

T-bird alterne les sentiments de peur et de violences (ambivalence psy) : « Je pris alors la décision de créer le Club des Ennemis des Filles » (p.25). « Sa » mère – après un violent accident de « trike » sur un accotement défoncé, « elle ne lui manquait pas, il est vrai » (p.41) – l’abandonne régulièrement pour être en compagnie de « toutes les variétés de merde humaine d’Oakland » (p.41).

Il assiste à des scènes pédopornographiques glauques et « je pris mon paquet de Pall Mall sous mon lit » (p.47) quand il ne fuit pas pour appeler Fat Fred à la rescousse.

Taqawan, Éric Plamondon

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Quidam Editeur

Taqawan, janvier 2018, 208 pages, 20 € . Ecrivain(s): Éric Plamondon Edition: Quidam Editeur

 

« Dans l’Ouest, l’homme blanc a réussi à éliminer les Indiens en éliminant les bisons. Dans l’Est, il y avait des saumons. On les a pêchés à coups de barrages, de nasses et de filets jusqu’à l’épuisement des stocks. Les Indiens aussi sont épuisés ».

Taqawan est le roman de cet épuisement, l’épuisement des Indiens Mi’gmaq. Taqawan est aussi le roman de la Gaspésie, des descentes de police dans la réserve de Restigouche, des haines et de la résistance. Roman de la nature complice et des saumons salvateurs, roman où les sauvages sont les nouveaux venus sur cette terre sacrée. Taqawan est le roman d’une histoire Indienne qui s’insinue dans l’Histoire des Indiens du Québec, terrifiante et surprenante, troublante et fascinante, comme le sont les légendes qui surgissent de la mémoire Indienne et de celle de la forêt. La violence couve sous les phrases en feu du roman d’Éric Plamondon, celle qui se voit et celle qui se dérobe, celle qui éclate lorsque le sang des Indiens trouble la clarté des eaux de la rivière. C’est un roman où chaque mot compte, chaque situation, où les réflexes anciens sauvent de la mort, où le combat engagé et son issue fatale seront sans merci et sans regrets.