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Roman

Scalp, Cyril Herry

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Seuil

Scalp, février 2018. 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Cyril Herry Edition: Seuil

 

Hans a neuf ans, il a grandi avec sa mère, Teresa, et celui qu’il pensait être son père, Stan, bien qu’il aurait préféré que ce soit Jean-Loïc, son père, le compagnon de Léa. Ils ont tous vécu ensemble, dans une région de vastes plaines qui pourrait être la Beauce, sans relief, sans forêt, à huit en colocation plus ou moins joyeuse, adultes, enfants, animaux, potager.

« Avant que Stan, le faux père de Hans se fasse la malle en douce avec Léa, et que Jean-Loïc (…)quitte la colocation dix jours plus tard pour aller se jeter d’un des plus hauts viaducs de France ».

Alors Teresa a pensé que c’était le moment de parler à Hans de son vrai père et de l’emmener le voir, dans la forêt, là où il vivait, retiré du monde. Une adresse et une photo avaient permis de situer le lieu sur Google Map : Layenne. Étang des Froids. Un campement avec une yourte au bord de l’étang. Une adresse d’où Alex avait envoyé des lettres auxquelles Teresa n’avait jamais répondu.

Les ombres de Montelupo, Valerio Varesi

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Italie, Agullo Editions

Les ombres de Montelupo, traduit de l'italien par Sarah Amrani, 309 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Valerio Varesi Edition: Agullo Editions

 

Retrouver le commissaire Soneri, ses doutes, son humanité profonde, ses agacements devant les errements moraux de ses congénères, ressemble à un rendez-vous attendu avec un ami de toujours. La proximité affective qu’éprouve ici le lecteur est d’autant plus forte que Soneri nous emmène cette fois sur les lieux et les traces de son enfance, de sa première jeunesse. Un village des Apennins, adossé à un mont brumeux (ah ! Les brumes de Varesi !), le Montelupo, et ses habitants, presque tous vieux après la désertion des jeunes vers les villes. C’est la fin de l’automne et les premiers froids viennent ajouter au silence, à l’isolement, à la peine.

Soneri n’est pas là pour une affaire policière. Il revient pour arpenter les pentes du Montelupo, à la recherche de champignons, pour quelques jours de repos. De champignons (spoiler !) il n’en trouvera guère mais on s’en doute, une affaire bien mystérieuse lui tombe dessus dont il ne se mêlera en aucun cas ! Enfin un peu, peut-être, ou beaucoup en fin de compte.

Le Jardin d’Orléans, Catherine Saulieu

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Le Jardin d’Orléans, mars 2018, 344 pages, 22 € . Ecrivain(s): Catherine Saulieu Edition: Editions de Fallois

 

Histoire d’un nain (de jardin)

Catherine Saulieu a retrouvé les mémoires de son grand-père, Joseph Magloire, et se fondant sur ceux-ci, elle raconte sa vie. Il est issu d’une famille bourguignonne qui a dû s’exiler en Algérie à la fin du 19esiècle à la suite d’une faillite frauduleuse.

Une famille de tradition royaliste, qui déteste les francs-maçons et revêt des habits de deuil le 14 juillet, date funeste. Et naturellement, viscéralement antisémite. « Ceux-là, on les haïssait. Malheureusement, ils étaient fourrés partout, et même en classe de grec où il n’était pas rare qu’ils confisquent le prix d’excellence » note l’auteur avec ironie.

Le failli s’appelle Adrien Legros, il a signé un blanc-seing à un prêtre qu’il a chargé de construire un orphelinat. Mais l’abbé est un mauvais gestionnaire et Adrien se trouve rapidement ruiné. Loin d’en vouloir à l’église catholique, Adrien élève ses enfants et petits-enfants (dont Joseph Magloire grand-père de l’auteur) dans la foi chrétienne avec un discernement proche du néant.

La Revenue, Donatella di Pietrantonio

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 04 Avril 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil, Italie

La Revenue, janvier 2018, trad. italien Nathalie Bauer, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Donatella di Pietrantonio Edition: Seuil

 

La romancière de Mia madre è un fiume(2011) a placé son troisième roman, paru en Italie en 2017 sous le titre L’Arminuta(Einaudi), sous la bannière épigraphique de la grande Morante. La mémoire, en effet, celle des étés perdus, court dans ce roman qui trouve chœur et résonnance dans les Abruzzes natales de l’auteur. L’argument est tout simple : une adolescente de treize ans, placée en famille d’accueil, « revient » dans le nid familial, au village. « La revenue », entre deux familles, deux mères, deux pères, se met à apprivoiser doucement ce milieu nouveau, ce réseau familial dont elle a été retirée, découvre ses frères, Vincenzo, Sergio, Giuseppe (attardé), sa sœur Adriana. La plongée est radicale pourtant : d’une famille (d’emprunt) à l’autre, le fossé est large, tant à propos des usages qu’à celui de la culture. La pauvreté a ici valeur ancrée, et elle vient d’une « mère » des villes, soignée, délicate. Elle réapprend la mesquinerie, l’étroitesse des vies, les bouts de vie raccommodée. Adalgisa, la mère qui a élevé l’enfant, poursuit, même de loin, l’aide qu’elle a toujours accordée à cette petite parente, accueillie pour de bonnes raisons. Fratrie trop grande, misère du village… et d’autres motivations que la chute du roman éclairera.

La classe verte, Benjamin Pitchal

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 03 Avril 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

La classe verte, février 2018, 304 pages, 21 € . Ecrivain(s): Benjamin Pitchal Edition: Gallimard

Benjamin quitte le lycée, le baccalauréat en poche. Alors que ses parents rêvent de le voir s’enferrer dans des études supérieures, il n’aspire qu’à la liberté, celle des voyages, de la poésie, de la Grande Vie, qu’il conçoit de bohème mais sans les désagréments du « sans-le sou ». Il trouve auprès de son grand-père biologique, Alain Gheerbrant, une oreille attentive et bienveillante, ainsi qu’un allié précieux dans la voie qu’il s’est choisie : tumultueuse, chaotique, constellée de toutes les promesses que la jeunesse entrevoit, et avant tout libérale pour ne pas dire libertaire. Explorateur et homme de lettres, le vieil homme espère bien transmettre à ce petit-fils tombé du ciel sa passion pour la littérature, ainsi que toutes les ficelles de son ancienne profession. Fasciné par le destin exceptionnel de celui qui explora l’Amazonie et fut l’éditeur d’Antonin Artaud, Benjamin voue à ce grand-père charismatique une réelle et tendre admiration, et se laisse bien volontiers enivrer par ses récits, conseils et anecdotes distillés au cours de déjeuners gastronomiques bien arrosés, et qui, toujours, convoquent d’illustres personnages, tels que Paulhan, Gide, Breton, Bataille ou encore Césaire. Si Alain lui prodigue sa propre conception du surréalisme et l’encourage dans sa vocation poétique (« Quelles que soient les circonstances, il faut toujours prendre le parti de la révolte. Tel aurait dû rester le principal enseignement du surréalisme »), Benjamin s’aventurera malgré tout dans des voyages beaucoup plus périlleux que l’engagement intellectuel prôné par son grand-père.