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Hommage à Philip Roth (6) : Ma vie d’homme

Ecrit par Thibaut Losfeld , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard)

Ma vie d’homme, trad. de l'américain par Georges Magnane, 471 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Brillant exorcisme


Après trois livres dans la veine burlesque ou satirique (Tricard Dixon et ses copains, Le grand roman américain, et Le Sein), Roth revient à l’inspiration qui a fait ses premiers succès (Goodbye, Colombus et surtout Portnoy et son complexe) : sa vie. Comment raconter son désastreux premier mariage sans sacrifier le pouvoir créateur de l’imagination ? Roth invente un alter-ego, Peter Tarnopol, jeune écrivain plein d’avenir, auteur d’un premier roman remarqué, confronté au même problème. Celui-ci y répond d’abord par la fiction. Et, incroyable mise en abyme, en se cachant lui aussi derrière un double nommé… Nathan Zuckerman ! (qui n’est pas inclus dans le cycle du même nom).

Casting sauvage, Hubert Haddad

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Zulma

Casting sauvage, mars 2018, 160 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

La rue pullule d’étoiles anonymes

Une danseuse professionnelle était à deux doigts de toucher les étoiles, de concrétiser son rêve suprême lorsque « des meurtriers indélicats ont brisé son élan ».

La vie pour Damya s’arrête le 13 novembre 2015 à la terrasse d’un café. Elle avait un rendez-vous avec le bonheur à l’état pur en la personne d’un « beau garçon au visage franc, sans casier judiciaire » rencontré la veille. Elle ne se doutait pas qu’elle venait de croiser le chemin d’Azraël, archange de la mort, et d’« un tueur potentiel en attente d’un ordre de mission ». Elle mettra du temps à prononcer le nom d’Amir, prince de l’obscurantisme, le salafiste artisan de sa chute. Le mal est irréparable, la victime à la peau blanche comme du lait ne pourra plus jouer Galatée, un rôle mis en scène par Igor, un exilé volontaire de Bosnie et pour lequel elle était faite. Après les attentats, elle avance en exclue, elle dont « la ballerine claudicante donne à rire ».

L’Exil, Çiler İhlan

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Galaade éditions

L’Exil, trad. turc Jean Descat (Sürgün, 2010), 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Çiler İhlan Edition: Galaade éditions

 

Nul ne contestera, a priori, que la Turquie a depuis quelque temps pris largement place dans l’actualité. En tout cas dans l’actualité politique et stratégique. Pour ce qui est de l’actualité littéraire cela reste un peu plus court. Elle nous offre pourtant à entendre d’autres voix que celles de la politique pour découvrir ce monde que nous connaissons souvent bien peu, même si sa place dans notre propre histoire est loin d’être négligeable. Pour ma part, j’avoue volontiers qu’au delà du classique Yachar Kemal et de la plus proche Asli Erdogan ou de Mine Kirikkanat… C’est donc avec une curiosité toute en éveil que j’ai récemment découvert Nazim Hikmet ou Çiler İhlan que les éditions Galaade nous ont fait découvrir dans la foulée d’un prix européen en 2011 pour L’Exil (Sürgün, qui lui a valu des traductions en espagnol, allemand, italien, danois, roumain…).

Plus la neige tombe sur le divan, Marie-Philippe Deloche, Julie Fuster

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Plus la neige tombe sur le divan, Editions Mains-Soleil, 2018, 13 € . Ecrivain(s): Marie-Philippe Deloche, Julie Fuster

 

Ce qui sépare ouvre à tous les vents.

Il existe dans ce livre à quatre mains les émerveillements de nouveaux paysages par effet de déplacement d’une des correspondantes qui a rejoint le corps allongé de l’Islande « dont l’âme inspire l’ombre portée / comme les poissons des gyotakus /aux peintres pêcheurs japonais ».

Peu à peu les jours s’allongent, le temps aussi. Deux vies de (mère et de fille) se tissent en parallèle. Si bien que le silence n’est jamais vraiment présent : un poème (et son « répons ») par mois le cassent. Il y a des mots sur la neige, sur le ciment pour dire – mais à peine, à peine – juste ce qu’il faut afin que la vie se fraye un passage.

Se sentent l’odeur de l’eau et le parfum des violettes. Attendre encore attendre : car la déliaison n’est pas ; le monde avance. Les deux correspondantes aussi dans le pacte biographique qui devient chant d’amour pudique comme on l’est entre une mère et sa fille en âge de le devenir.

Hommage à Philip Roth (5) : Le rabaissement

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard), En Vitrine

Le rabaissement (The humbling), trad. de l'anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier, décembre 2011, 122 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Un livre de Philip Roth n’est jamais un livre parmi ses autres livres. C’est un polygone de plus dans la toile tissée par le maître, une pièce de plus placée dans le puzzle – l’unique puzzle – bâti, pièce après pièce, depuis des décennies. Avec, comme tous les grands obsessionnels que sont toujours les grands écrivains, des thèmes récurrents, des « idées fixes » : ici, dans « le rabaissement », celui probablement qui domine l’œuvre de Roth, la boucle fatale du corps. Autour de l’Arc d’Héraclite : « l’Arc porte le nom de vie, mais son œuvre c’est la mort ».

Aussi « ne pas aimer » un livre de Roth, ou trouver – ça s’est lu à propos de « le rabaissement » - que « c’est un livre moins fort que les autres », c’est simplement passer à côté du projet, de la vie, de la passion littéraire de Roth. C’est aussi et surtout passer à côté de l’unicité d’une entreprise esthétique. Dans un tableau de maître, on ne trouve pas que le coin en bas à gauche est plus faible que le reste : le tableau est un discours indissociable, indivisible. Il en est de même de l’œuvre de Philip Roth : chaque élément constitue le sens esthétique de l’œuvre entière. Chaque élément est synecdoque.