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Roman

Une maison en ses murmures, Charles Duttine (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Jeudi, 11 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Charles Duttine, Une maison en ses murmures Éditions Versions courtes 02/2026, 113 p., 15€

 

Il se dit que la maison est vieille,

les matériaux travaillent ou peut-être,

pense-t-il en riant,

la maison lui parle-t-elle ?

Aurait-elle des choses à lui dire ?

Charles Duttine, Une maison en ses murmures


Dans Une maison en ses murmures, Charles Duttine ne se contente pas de nous livrer une novella dont l’intrigue se déroule dans une maison : si le récit est bien construit autour d’un personnage principal (auquel l’auteur prend plaisir à n’attribuer d’autre dénomination que « notre personnage », comme pour mieux le vider de sa substance), c’est surtout le décor, à savoir une demeure des bords de Loire, qui devient le véritable protagoniste du récit.

Baumgartner, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 10 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, En Vitrine, Babel (Actes Sud), Cette semaine

Baumgartner, Paul Auster, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud Babel, 200 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)


Lire l’ultime roman de Paul Auster est un moment étrange, qui s’inscrira forcément dans la mémoire d’un lecteur qui a vénéré le chantre new yorkais. Faire la part de l’affectivité à vif et celle de l’objectivité nécessaire du critique est un exercice périlleux, peut-être impossible. Alors décrétons que l’on peut aimer Auster et néanmoins parler librement de ce livre. Enfin, essayer.

Avec un humour incroyable (du destin ? De Paul Auster lui-même ?) la situation narrative est une inversion radicale de ce que nous savons de la vie de l’auteur : dans le roman, Baumgartner est un homme vieillissant, veuf de sa femme depuis quelques années (emportée par les vagues en bord de mer) et qui vit seul dans son appartement duplex de Brooklyn. Pour qui vient de lire le livre de Siri Hustvedt sur la mort de Paul Auster, c’est donc une inversion parfaite des rôles.

On laisse entendre ainsi que Baumgartner est Paul Auster. La littérature nous oblige à dire non, c’est le héros du livre mais c’est évidemment largement Paul Auster : Juif new yorkais, habitant Brooklyn, écrivain, marié avec une femme plus jeune que lui.

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Livre de Poche, En Vitrine, Cette semaine

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Marina Boraso, Le livre de poche . Ecrivain(s): Anthony Doerr Edition: Le Livre de Poche

Si toute littérature est fantasmatique, si toute littérature est invention en rapport avec un manque ou un désir, alors le troisième roman d’Anthony Doerr (on laisse de côté des récits brefs bien que non négligeables) est un objet littéraire d’une eau rare, comme on parle d’un diamant, puisqu’il naît d’un fantasme autour d’un livre dont ne nous est parvenu qu’un écho, restreint et frustrant : Les Merveilles d’au-delà de Thulé, d’Antoine Diogène. Un résumé par Photius byzantin, un érudit du IXe siècle, et c’est tout – et peut donc s’enclencher la machine fantasmatique de Doerr, qui fait revivre cette œuvre perdue mais redécouverte « grâce à un scanner à balayage électronique » qui a permis de visualiser les « fragments du texte d’origine » copié sur un petit codex bien endommagé : « les ravages de l’humidité, les moisissures et le passage du temps s’étaient ligués pour agréger ses pages en un bloc illisible » - qui ne rêverait de semblable découverte ?

Il fait revivre le texte d’Antoine Diogène dans la structure même de son roman, divisé en vingt-quatre chapitres pour autant de livres dans l’œuvre du deuxième siècle de notre ère (croit-on…), chacun de ces chapitres s’ouvrant sur un extrait de la traduction de cette œuvre par Zenos Ninis, l’un des personnages du roman de Doerr.

Le soldat remémoré, Anjet Daanje (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 08 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Gallimard

Le soldat remémoré, Anjet Daanje, Gallimard Du monde entier, roman traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, 729 pages, 28€ Edition: Gallimard

 

Un chassé-croisé, une tentative de reconnaissance, ce roman partagé, brimbalant, en faisant la part des choses fait la part belle à la vie rêvée versus la vie réelle, le vécu versus l’invention, le souvenir versus l’amnésie : « C’est comme si son corps appartenait à un autre… » (p.40).

Un soldat sans mémoire cantonné dans un asile pour ceux qui, revenant du front, ne sont plus réclamés, attendus par personne. Amand, c’est son prénom, symbole de douceur et d’affection, « aimé par Dieu », vit depuis la fin de la guerre dans cet asile. Apparemment le moins touché d’entre les « malades de guerre » il fait le lien entre eux, les apaise.

Amand, que l’on appelait Noen à l’asile où il séjourne depuis cinq ans, reçoit comme les autres des visites de femmes-épouses qui n’ont pas renoncé à retrouver leur mari.

Siloé, Paul Gadenne (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Points, Cette semaine

Siloé, Paul Gadenne, Points, 671 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Points

 

Bien sûr, il y a d’abord l’ombre de Thomas Mann et de La Montagne Magique. Un sanatorium niché au cœur des pics alpins, un jeune homme qui y découvre – paradoxalement - la vraie vie et l’amour, des discussions sans fin entre les patients. Mais le roman de Paul Gadenne brille néanmoins de mille feux par les thèmes abordés et son écriture bouillante.

Les deux romans partagent le cadre du sanatorium de montagne et le motif de la maladie comme expérience du temps et de la conscience, mais Siloé est un itinéraire spirituel personnel tandis que La Montagne magique tisse une vaste allégorie historico‑idéologique de l’Europe du début du XXᵉ siècle.

Néanmoins le projet qui porte les deux romans est très différent.

Siloé est centré sur la conversion intérieure d’un individu, la maladie « rend le monde enfin visible » à Simon et mène à une forme de réconciliation avec le réel, l’amour et le temps.