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Iles britanniques

Le passage du diable, Anne Fine

Ecrit par Virginie Neufville , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse, L'école des loisirs

Le passage du diable, traduit de l’anglais par Dominique Kugler, janvier 2014, 306 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Anne Fine Edition: L'école des loisirs

 

Liliana Cunningham a décidé de vivre seule avec son fils Daniel dans une grande demeure. Daniel a rarement vu d’autres personnes, et passe ses journées allongé au lit, en reclus, lisant et relisant le peu de livres que lui cède sa mère :

« Ah, les livres ! Sans eux, je serais devenu fou. Je ne pouvais ni nager, ni marcher, alors d’autres remontaient à ma place des rivières infestées de crocodiles et escaladaient des sommets enneigés ».

Ayant eu vent qu’un petit garçon vivait enfermé dans la maison, les voisins ont recours à un subterfuge pour éloigner Liliana et ainsi « délivrer » Daniel. Il est recueilli par le Docteur Marlow et sa bavarde famille. Vivre chez eux est aux antipodes de ce qu’il a toujours vécu, « c’était comme passer d’un monde crépusculaire à une floraison de couleurs ».

De son passé, il n’a gardé que sa maison de poupées, réplique exacte de la demeure de High Gates où jadis sa mère est née et a grandi : « Jusqu’au jour où le Docteur Marlow m’avait pris chez lui, ma vie était une page blanche, comme si je n’avais jamais vécu ».

Tony Hogan m’a payé un ice-cream avant de me piquer maman, Kerry Hudson

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 26 Mars 2014. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Philippe Rey

Tony Hogan m’a payé un ice-cream avant de me piquer maman, traduit de l’Anglais par Françoise Lévy-Paoloni, janvier 2014, 298 p. 19 € . Ecrivain(s): Kerry Hudson Edition: Editions Philippe Rey

 

De l’autobiographie au roman social


« Il pleuvait à verse. J’imaginais les gouttes glissant sur les centimètres de peau nue entre le manteau de maman et ses tennis, mouillant ses chevilles osseuses. Arrivée à la cabine téléphonique, maman cala le landau à moitié à l’intérieur et farfouilla jusqu’à ce qu’elle trouve une pièce de dix pence. Elle s’y prit à deux fois avant de composer le bon numéro ».

Ainsi commence la vie de la petite Janie Ryan. Elle n’avait alors que deux semaines et elle était dans ce landau de fortune à moitié à l’abri dans une cabine téléphonique poisseuse. Mais la fillette puis plus tard la jeune fille n’est pas au bout de sa peine. Elevée par une mère enfant, irresponsable et fragile, elle a connu la violence, la misère et le mépris des autres vis à vis de sa condition sociale.

Trahisons, suivi de Hot-House, Un pour la route, Harold Pinter

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Théâtre

Trahisons, suivi de Hot-House, Un pour la route, et autres pièces, adaptation française d’Éric Kahane, 277 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Harold Pinter Edition: Gallimard

 

Dans ce recueil de pièces, l’on retiendra surtout Une sorte d’Alaska (A Kind of Alaska). Cette courte pièce fait partie de la trilogie Other Places (avec Victoria Station et One for the Road) créée au National Theatre de Londres (en 1982) et reprise en 1985 au Duchess Theatre. Ce n’est que deux ans plus tard que la trilogie sera créée en français, et ce au Festival d’Avignon de 1987, par la Comédie-Française.

Pour l’écriture d’Une sorte d’Alaska, Pinter s’est inspiré de Awakenings (Éveils) du docteur Oliver Sacks, ouvrage publié à Londres en 1973. Ce qui a percuté la toile de son attention au point que les remous prononcés sur le tissu soient suffisamment durables pour qu’ils donnent son impulsion et son cours à une pièce, c’est tout ce qui concerne les effets sur l’organisme de l’encephalitis lethargica, variété rare d’encéphalite virale communément désignée sous le nom de « maladie du sommeil européenne » (même si Pinter semble également s’être inspiré de ce mal qui caressa de son manteau d’ombre et de froid la littérature de la fin du dix-neuvième siècle, à savoir la catalepsie).

Pucelles à vendre, Londres 1885, William Thomas Stead

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 04 Mars 2014. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Alma Editeur

Pucelles à vendre, Londres 1885, 294 pages, octobre 2013, 22 € . Ecrivain(s): William Thomas Stead Edition: Alma Editeur

 

Pucelles à vendre est un livre singulier. Le titre tout d’abord, un titre accrocheur qui laisserait supposer que le texte est consacré à des scènes plus ou moins érotiques pour des lecteurs en mal de sensations ou en déficit amoureux… Il n’en est rien et les contempteurs d’une sexualité débridée ou les adeptes de la « moraline » seront déçus. Ce livre voulait justement aller contre une immoralité qui, à Londres, fit des ravages chez les jeunes filles, ou pire, chez les adolescentes. Qu’on en juge…

Si la prostitution a toujours existé, certains ont semble-t-il affiné leurs désirs en matière sexuelle, la prostitution « classique » ne parvenant plus à les satisfaire. On se tourne donc vers les femmes les plus jeunes, autrement dit les adolescentes, qu’on exige vierges. Et c’est là tout le scandale, puisqu’à une demande il faut répondre, on allait donc fournir des vierges à ces hommes exigeants et dotés d’un réel « pouvoir d’achat ».

Gun Machine, Warren Ellis

Ecrit par Adrien Battini , le Mardi, 18 Février 2014. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Le Masque (Lattès)

Gun Machine, traduit de l’anglais par Claire Breton, janvier 2014, 304 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Warren Ellis Edition: Le Masque (Lattès)

 

Les barrières entre les différentes formes d’écriture s’effritent à l’image de ces trajectoires d’auteurs qui ont allègrement franchi le Rubicon en abandonnant la noble prose pour s’encanailler avec le comics… à moins que ce ne soit l’inverse. Orson Scott Card, Neil Gaiman, Scott Snyder, Joe Hill, Greg Hurvitz, Peter David, Alan Moore, Grant Morrison, Dan Abnett, cette liste, sans être exhaustive est relativement significatrice de cette tendance à varier ou croiser les genres dans l’espace littéraire anglo-saxon contemporain. Dernier en date à abandonner (provisoirement) le monde des collants et autres slips moulants, le génial Warren Ellis, créateur de ces œuvres fondamentales que sont The Authority, Planetary et Transmetropolitan. Après Artères Souterraines paru en 2010 au Diable Vauvert, les éditions Du Masque nous proposent sa deuxième cartouche sobrement intitulée Gun Machine.

Il est plutôt étonnant de retrouver Warren Ellis, plutôt familier des séries estampillées SF ou Anticipation, aux manettes d’un pur polar, un genre auquel il ne vous avait guère habitués dans ses travaux de bande dessinée. Le britannique se coule sagement dans les clous du roman policier et la joue by the book.