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Iles britanniques

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Les fureurs invisibles du cœur, août 2018, trad. anglais Sophie Aslanides, 592 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): John Boyne Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les fureurs invisibles du cœur, ce sont d’abord celles de Cyril, le narrateur qui dresse un portrait sans complaisance de la société irlandaise des années 40 et des décennies suivantes.

Dés la première scène le ton est donné : enceinte à 16 ans, la mère de Cyril est publiquement bannie et elle doit quitter sa famille et s’exiler à Dublin sans un sou en poche.

Abandonné dès sa naissance, Cyril est confié par une nonne bossue à Charles, un homme d’affaires qui fraude le fisc, et à sa femme, Maude, romancière qui pense que le succès littéraire est vulgaire, ce qui ne l’empêche pas de passer ses journées derrière sa machine à écrire, noyée dans un rideau de fumée car elle grille clope sur clope.

Maude et Charles Avery élèvent Cyril de façon à ce qu’il ne manque de rien mais ne ratent pas une occasion de lui rappeler qu’adopté, il n’est pas un véritable Avery. Et c’est bien le drame de Cyril, il ne sait pas d’où il vient, qui il est, ni pourquoi, contrairement aux autres garçons, il n’aime pas les filles.

Joseph Conrad en la Pléiade (2)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 27 Août 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Nouvelles, La Pléiade Gallimard

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres et autres écrits, la Pléiade, Septembre 2017, 1216 pages, 59 € . Ecrivain(s): Joseph Conrad Edition: La Pléiade Gallimard

 

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres et autres écrits, trad. de l’anglais par Henriette Bordenave, Pierre Coustillas, Jean Deurbergue, Maurice-Paul Gautier, André Gide, Florence Herbulot, Robert d’Humières, Philippe Jaudel, Georges Jean-Aubry et Sylvère Monod, préface de Marc Porée, présentations et annotations des traductrices et des traducteurs, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, 28 Septembre 2017, 1216 pages, 59 €

 

« Je me fais l’effet d’essayer de vous raconter un rêve – vaine entreprise, car aucun récit de rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, cette mixture d’absurdité, de surprise et d’ahurissement, dans un frisson de révolte scandalisée, cette impression d’être prisonnier de l’invraisemblable qui est l’essence même du rêve… ».

Le bruit du dégel, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

Le bruit du dégel, août 2018, trad. anglais Catherine Richard-Mas, 362 pages, 22 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Burnside continue son exploration des recoins de l’âme. Dans un récit qui n’en est pas vraiment un, mais plutôt un enchâssement de récits multiples recueillis par la narratrice auprès de personnes choisies au hasard, dans le cadre d’une mission que lui a confiée son compagnon cinéaste : poser des questions aux gens, faire du porte-à-porte, afin d’entendre les histoires de chacun(e). Et Kate va ainsi rencontrer Jean, une femme vieillissante, avec laquelle elle va se lier et qui va lui raconter, bribe par bribe, son vécu. Son vécu ? Là est toute la matière de ce roman : pas tout à fait ; un vécu, passé au crible de la narration, devient autre chose, une histoire.

Laurits, le compagnon cinéaste de Kate, est fasciné par la narration et peu importe en fin de compte son contenu. La narration en tant que telle, véhicule d’une histoire, d’une médiation par le narrateur, d’un réel intime qui souvent s’éloigne, involontairement, du réel vécu. Il est convaincu que les lieux, le moment, les circonstances où se tient une narration sont plus importants que ce que raconte cette narration. L’Amérique n’a pas d’Histoire mais pullule d’histoires.

La Confession, John Herdman

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 27 Juin 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

La Confession (Ghostwriting), avril 2018, 184 pages, 20 € . Ecrivain(s): John Herdman Edition: Quidam Editeur

 

Léonard Balmain, journaliste écossais, écrivain sans succès est contacté par Torquil Tod, un personnage trouble, qui le charge contre rétribution de rédiger sa biographie.

Tod raconte sa vie, Léonard prend des notes puis en fait un récit, dont il soumet à intervalles réguliers le déroulement à Tod, ce qui donne lieu à d’intéressantes discussions et interrogations sur les statuts respectifs d’auteur, de narrateur, de personnage, sur leurs interrelations, sur ce qui est dicible et ne l’est pas dans un récit biographique, sur ce que l’individu sujet de la biographie veut bien dire et ce qu’il cherche à cacher, sur les raisons pour lesquelles il décide de mettre sa vie en narration, sur la distance entre le dit et le non-dit, sur les omissions, volontaires ou non, sur les mensonges, sur ce que le narrateur voudrait savoir pour donner à son personnage toute l’épaisseur qu’il considère littérairement nécessaire, sur la limite entre biographie brute, biographie romancée, autobiographie, roman biographique…

Mrs Dalloway, Virginia Woolf

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Mrs Dalloway, trad. Marie-Claire Pasquier, 1994, 368 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Virginia Woolf Edition: Folio (Gallimard)

 

Le roman résume la vie d’une femme du monde londonien, à travers les dix sept heures de son emploi du temps quotidien. Son milieu, mondain, son époque, post victorienne et Grande Guerre sont décrits. Mrs Dalloway restitue la vie animée de la ville que le lecteur découvre au rythme de Big Ben.

Avec en arrière-plan la guerre, la folie et la mort, ce roman initiatique traduit la quête du bonheur et de soi. Et aussi la recherche du temps perdu. La multiplicité des visages nourrit le moi de la narratrice (Virginia Woolf ?). Elle saisit les impressions, banales ou extraordinaires, évanescentes ou violentes, ainsi que les tensions entre l’intérieur d’un personnage et son environnement.

Quand on a lu À la recherche du temps perdu, on peut retrouver  Proust en lisant Woolf qui explore profondément l’intérieur des personnages. Les moments présents sont suivis de retours en arrière. La narratrice brouille la chronologie des vies et des événements : elle définit l’extériorité du réel par rapport à l’esprit de celui qui le reçoit dans son intériorité…