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Iles britanniques

1984, George Orwell (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 12 Décembre 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

George Orwell, mai 2018, trad. anglais Josée Kamoun, 372 pages, 21 € . Ecrivain(s): George Orwell Edition: Gallimard

 

On ne peut rendre compte d’une œuvre publiée il y a près de soixante-dix ans (1949) et devenue un classique comme on recenserait un « roman de la rentrée ». La bibliographie des études consacrées au chef-d’œuvre de George Orwell est immense. Peter Davison a publié les œuvres complètes de l’écrivain, en vingt volumes, totalisant 9000 pages. Il est désormais impossible de lire 1984 de manière « innocente », comme on l’aurait fait au moment de sa parution. Entre le roman et nous s’interposent non seulement la masse opaque des commentaires, mais encore sept décennies de déplaisantes expériences politiques. Comme d’habitude, toutes les interprétations proposées, parfois contradictoires, n’ont pas épuisé les significations de cette œuvre. Tout paraît avoir été déjà dit et tout reste encore à dire.

En situant en 1984 (année qu’il n’avait aucune chance de voir et il le savait) une intrigue écrite en 1948, Orwell se plaçait dans un avenir à la fois proche et lointain. Arthur C. Clarke remarquait qu’un roman d’anticipation ne cherche pas à prédire l’avenir, mais à l’empêcher de se produire. De ce seul point de vue, 1984 est un échec flagrant.

La Maison Golden, Salman Rushdie (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 05 Décembre 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La Maison Golden, août 2018, trad. anglais Gérard Meudal, 416 pages, 23 € . Ecrivain(s): Salman Rushdie Edition: Actes Sud

 

Un millionnaire arrogant et ses trois fils, émigrés d’une ville mystérieuse puisqu’il leur a formellement enjoint d’en taire le nom, viennent s’installer dans les « Jardins » cossus de Greenwich Village, à New-York. L’arrivée soudaine de cette famille et de sa livrée haute en couleur sidère et inquiète le voisinage. Chacun observe, commente, suppute et conspire à l’édification du mythe de ceux qui se font appeler : Néron, Petronius, Apuleius et Dionysos Golden. René, le narrateur, un jeune cinéaste ambitieux, se passionne plus que tout autre pour cette intrigue familiale qui vient à point nommé se jouer et se dénouer sous ses yeux, et dès lors constituer une mine d’inspiration inestimable pour son prochain film. Aussi va-t-il se frayer, à force de persévérance et d’ingéniosité, un chemin équivoque dans l’intimité énigmatique du clan Golden, jusqu’à occuper auprès de chacun de ses membres une place aussi singulière que périlleuse et audacieuse. Car à mesure qu’il perce le secret d’un ancien potentat de la mafia indienne ou qu’il spécule sur les ombres de son passé, il prend part, à son insu, à l’effondrement d’une dynastie familiale dont le destin tragique est inscrit dans les noms d’emprunt des principaux protagonistes. L’équilibre du monde est ainsi préservé : à l’arrogance d’un empire gigantesque et malhonnête répond la chute vertigineuse.

Le Petit Sapin de Noël, Stella Gibbons (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 05 Décembre 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Le Petit Sapin de Noël, novembre 2018, trad. anglais Philippe Giraudon, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Stella Gibbons Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Un titre peut en cacher un autre. Ce recueil de nouvelles aurait peut-être mérité, pour être plus conforme à son contenu, une traduction littérale de son titre anglais Christmas at Cold Comfort Farm and other Stories, car le « other stories » est de loin beaucoup plus intéressant que la première histoire assez convenue, Le Petit Sapin de Noël. Un texte qui fait écho au premier roman de Stella Gibbons publié en 1934, Cold Comfort Farm, roman qui valut à l’auteure le Prix Femina-Vie Heureuse, la même année (prix créé en 1904 pour contrebalancer le prix Goncourt jugé trop misogyne).

Sans bouder les aventures de Miss Rhoda Harting, vieille fille romancière de trente-trois ans, qui s’apprête à fêter en célibataire dans sa campagne anglaise le réveillon du 24 décembre, on se passionne davantage pour les quatorze autres récits dont le sujet principal est la vie de couple ou plutôt l’incroyable et récurrente difficulté de vivre une vie de couple épanouie.

Écrites dans l’entre-deux-guerres et publiées en 1940, ces nouvelles reflètent un moment de l’histoire des femmes particulièrement complexe et soumis à de multiples influences contradictoires.

Conservatisme, Roger Scruton (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 04 Décembre 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Albin Michel

Conservatisme, mai 2018, trad. anglais Astrid von Busekist, 234 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Roger Scruton Edition: Albin Michel

 

« Le conservateur, c’est l’homme qui accueille le donné comme une grâce et non comme un poids, qui a peur pour ce qui existe et qu’émeut toujours la patine du temps sur les êtres, les objets ou les paysages », écrit Alain Finkielkraut (Nous autres, modernes, Ellipses, 2005, p.269-270), qui ajoute un peu plus loin que le conservateur est devenu l’homme à abattre, qu’on le mette en joue depuis la gauche aussi bien que depuis la droite. Vu de la gauche, le conservateur est accusé de vouloir maintenir les privilèges et donc les injustices hérités du passé ; vu de la droite, on lui reproche de défendre les avantages acquis. Le conservateur ne sera, par exemple, pas enclin à considérer le statut des cheminots comme un archaïsme qu’il faut faire disparaître, mais comme un progrès social qu’il conviendrait d’étendre à d’autres catégories professionnelles. Surtout, le conservateur est l’ennemi absolu du bougisme, cette variante dégradée du progressisme identifiée par Pierre-André Taguieff, selon laquelle tout doit tout le temps changer et les êtes humains s’adapter au changement défini comme sa propre fin. Il ne s’agit plus de changer pour améliorer, mais de changer parce qu’il faut « bouger », réformer, être « en marche », ne pas demeurer immobile, crispé, etc. Le capitalisme consumériste y trouve son compte, qui pousse à remplacer des produits fonctionnant très bien par des produits ne présentant qu’un nombre restreint d’authentiques perfectionnements.

La Princesse légère, George MacDonald (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 27 Novembre 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, Libretto

La Princesse légère (The Light Princess), George MacDonald, octobre 2018, trad. anglais Pierre Leyris, 112 pages, 6,70 € . Ecrivain(s): George MacDonald Edition: Libretto

 

Dans ce conte, daté de 1864, du pasteur calviniste George MacDonald (1824-1905), les présages sont suivis aussitôt par la prescription, laquelle invalide la joie des naissances, ternit le bonheur des parents, parents sur qui pèse une menace. Au-delà de la trame archétypale de l’histoire, transparaissent les hantises propres à une époque (particulièrement caractéristiques d’une société protestante), ainsi que leurs résultantes stigmatisantes : par exemple, le fait d’être une femme stérile, de surcroît une reine. En effet, la reine devient mère relativement tard, et de plus, met au monde une petite fille, un événement mineur, qui va déclencher une punition (l’admonestation des géniteurs), perpétrée par une espèce de double menaçant, une vieille fille, la princesse, sœur du roi, redoutable sorcière. Les yeux de « la vieille princesse Onsenrpentira » sont « caméléons » comme ses humeurs et ses pouvoirs supranaturels. Il y a une similitude entre le conte de La Princesse légère et celui de La Belle au bois dormant (écrit en 1697), notamment en ce qui concerne les enfants, lesquels, dès leur naissance, sont marqués du sceau de puissances maléfiques (ou bénéfiques) par les Parques ou les Fées, qui vont les affubler d’un handicap, atrophie ou incapacité, malheurs devant être combattus par des épreuves, ou guéris par un élu, magicien ou futur souverain.