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Rivages

Sucre noir, Miguel Bonnefoy (2ème critique)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Octobre 2017. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, En Vitrine

Sucre noir, août 2017, 207 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy

 

Ce roman est une intense célébration des sens. Et du sens olfactif en particulier. Les parfums s’y organisent en réseaux serrés, en échos déferlants, en une valse obsédante, enivrante.

L’histoire commence dans un arbre. C’est un vaisseau qui est posé dans un arbre ! Ce qui nous vaut un incipit inoubliable :

« Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt. C’était un trois-mâts de dix-huit canons, à voiles carrées, dont la poupe s’était enfoncée dans un manguier à plusieurs mètres de hauteur. A tribord, des fruits pendaient entre les cordages. A bâbord, d’épaisses broussailles recouvraient la coque ».

Ainsi commence la légende du capitaine Henry Morgan dans les Caraïbes, légende qui s’accompagne – comment en pourrait-il être autrement ? – d’un trésor mirifique enterré quelque part.

Vera, Karl Geary

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 31 Août 2017. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

Vera (Montpelier Parade), 30 août 2017, trad. anglais (Irlande/USA) Céline Leroy, 254 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Karl Geary Edition: Rivages

 

Un livre débordant d’amour, délicat, touchant sans une once de pathos, est un objet rare en littérature. C’est avec un talent exceptionnel et un humanisme sans fond que Karl Geary vient occuper cet espace avec ce roman superbe qui laisse le cœur du lecteur tourneboulé.

Sonny est un jeune garçon né dans une famille très pauvre de Dublin. Il va au lycée et donne des coups de main dans une boucherie le soir et le samedi, ou à son père, maçon, à l’occasion. Geary nous emmène, avec force et conviction, dans un univers à la Ken Loach. La brutalité fruste des relations familiales, les difficultés de la vie, n’empêchent pas un amour profond pour la mère, distante mais aimante, pour le père surtout, géant taiseux qui ne peut cacher, malgré sa pudeur, son affection paternelle. On est là au cœur de ce roman : ce n’est pas l’amour qui manque mais le pouvoir, le courage, l’envie de le dire, de le mettre en mots, de l’annoncer à l’autre. L’amitié de Sonny avec Sharon, petite jeune fille délurée, solitaire, écorchée vive, est le sommet de cette impossibilité de dire l’amour, comme s’il s’agissait d’une faute inexpiable que d’aimer.

Sucre noir, Miguel Bonnefoy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Sucre noir, août 2017, 208 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Sucre noir s’inscrit délibérément dans la continuité du Voyage d’Octavio, ce que l’auteur nous signifie d’une phrase clin d’œil. Et comme dans ce premier roman très remarqué, Miguel Bonnefoy y annonce d’emblée la tonalité fabuleuse de l’histoire qu’il va nous conter. Il réinvente en effet la fin des aventures du cruel capitaine de flibustiers Henry Morgan qui, dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, mena ses expéditions aux Caraïbes où il devint une figure de légende. Echouée sur des cimes feuillues au milieu de l’océan de la forêt, sa frégate naufragée aux flancs empestant la misère et la faim, encore alourdie – malgré l’abandon de nombreux « objets de pillage » hétéroclites – de tout cet or dont il refuse de se délester, « s’effrite comme un morceau de sucre » alors que l’orage s’annonce, puis s’enfonce inéluctablement dans l’abîme en déracinant les arbres, tandis que le capitaine agonise « seul et pauvre, plongeant ses mains dans un trésor qui ne [peut] le sauver ». Une stupéfiante anticipation du naufrage actuel du Venezuela !

Algorithme éponyme, et autres textes, Babouillec

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 27 Juin 2017. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits

Algorithme éponyme, et autres textes, 138 pages, 15 € . Ecrivain(s): Babouillec Edition: Rivages

 

Je viens enfin de terminer un livre de Babouillec. En fait, je ne savais pas exactement ce que j’allais lire mais je savais que ce serait une claque et puis au final c’est une formidable résonance. Je retrouve tellement de mes propres ressentis, de mes questionnements, mes révoltes même, dans ses mots, que je me dis que moi aussi je dois être autiste, camouflée derrière une apparente normalité et que nous sommes même peut-être tous des autistes plus ou moins intégrés dans la normalité, et alors la question s’impose : qu’est-ce que ça veut dire « être normal » ? La question que nous posent, parfois comme un flingue sur la tempe, tous les dits « anormaux », tous les « différents », peut-être pour nous montrer à quel point nous sommes éloignés, coupés de nous-mêmes, de notre être véritable, unique et extraordinaire dans son anormalité.

Qu’est-ce que ça veut dire « être normal » ?

C’est la question qui vient nous remettre en question justement, qui vient nous réveiller. Une question qui dérange notre sommeil, une sorte de sommeil collectif hypnotique.

Canari, Duane Swierczynski

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 21 Juin 2017. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Canari, avril 2017, trad. anglais Sophie Aslanides, 408 pages, 22 € . Ecrivain(s): Duane Swierczynski Edition: Rivages

 

 

Serafina Holland, dite Sarie, étudiante particulièrement brillante, admise à suivre le cursus des « honors students » à la faculté de lettres de Philadelphie, est aussi une belle jeune femme, longiligne et bronzée de type mexicain. Pour son père, Kevin, addictologue, elle est une enfant remarquable, sortant assez peu, ne buvant pas, ne fumant pas, ne se droguant pas, un modèle pour son jeune frère Marty et un soutien pour la famille. Sarie a perdu sa mère, Laura. Elle y pense souvent et a hérité de sa Civic au volant de laquelle elle se déplace dans Philadelphie. Au cours d’une soirée précédant la fête de Thanksgiving, elle va cependant commettre l’irréparable : boire une gorgée de bière et aspirer une bouffée de « joint ». Et, il n’en faudra pas plus à notre étudiante exemplaire pour transgresser ses codes et accepter nuitamment d’emmener « D. », pour qui cette jeune femme pratiquement sobre est une aubaine, à un mystérieux rendez-vous.