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Frida Kahlo. Lettres à Diego Rivera (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 02 Avril 2026. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance

Frida Kahlo. Lettres à Diego Rivera, éd. Rivages, trad., préf., notes, Roland Béhar, 96 p., 2026, 9€ Edition: Rivages

 

Roland Béhar (ancien élève de l’ENS, agrégé d’espagnol, docteur en Études romanes, maître de conférences au département Littératures et Langage), nous instruit du parcours de Frida Kahlo (1907-1954) et des partis pris de la femme artiste, grande épistolière. F. Kahlo épouse en 1929 Diego Rivera, artiste muraliste (1886-1957), présenté ainsi : « avec sa stature monumentale et ses airs d’ogre à face de crapaud ». Les lettres publiées et le Journal ici ne constituent qu’une petite partie de la correspondance de Frida, qui décrit Diego à la manière d’un animal exotique : « un batracien, un animal aquatique (…) un être antédiluvien (…) un spécimen » dont « la forme (…) est celle d’un monstre attendrissant ». Elle le surdimensionne en un personnage fabuleux ou grotesque, et l’enserre ainsi dans un mythe personnel.

Elle défend à la fois le peintre et son engagement politique de gauche. Frida emploie un vocabulaire communiste issu de la lutte des classes, sans doute sous l’influence de Rivera et de Trotsky (avec lequel elle a une liaison et auquel elle a dédié un tableau, Autoportrait dédié à Léon Trotski). Rivera est un peintre à succès, un collectionneur qui se veut bâtisseur de la mémoire indienne.

Le nid, Shirley Jackson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 12 Mars 2026. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Le nid, Shirley Jackson, trad. De l’américain par Clément Martin, 320 p., éd. Rivages/Noir, 2026, 22€

 

Shirley Jackson, née le 14 décembre 1916 en Californie, est une pionnière du néo-gothique et du roman d’horreur moderne. Très vulnérable, elle subira de graves problèmes de santé, dus à des états dépressifs, des addictions et aux maltraitances de son mari, homme rétrograde et jaloux. Elle mourra prématurément à l’âge de 48 ans le 8 août 1965.

Shirley Jackson campe le portrait d’une jeune femme esseulée, migraineuse, vivant avec sa tante, employée d’un musée, sorte de nid archéologique, menacé de s’effondrer à cause du poids de ses collections, et du poids du passé. La jeune Elizabeth, mutique chez les amis de la famille, souffre d’une personnalité diffractée. De très beaux passages mentionnent son état : « Depuis sa place, Elizabeth voyait son image sur la surface lustrée du piano à queue, de brefs reflets de son visage dans la coupe de cristal pleine de fruits en cire et, lorsqu’elle bougeait la main, des éclats scintillants dans le miroir au cadre doré sur le manteau de la cheminée, dans les perles de verre sur l’abat-jour, sur les boutons de manchette de M. Arrow et sur le bocal peint et toujours rempli de dragées posé sur la table ». Au sein de ce décor douillet mais immuable, s’immiscent le trouble, le malaise dans un climat oppressif.

Dans les rêves, Delmore Schwartz (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 20 Mars 2025. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie

Dans les rêves, Delmore Schwartz, Rivages, octobre 2024, trad. anglais (USA), Daniel Bismuth, Préface Lou Reed, Postface Thierry Clermont, 432 pages, 10 € Edition: Rivages

 

Séries métropolitaines du « poète des poètes »

Dans les rêves est un recueil de plusieurs nouvelles du grand poète et romancier Delmore Schwartz, né à Brooklyn en 1913 dans une famille juive originaire de Roumanie et relativement aisée. En 1959, il est le plus jeune auteur américain à se voir décerner le Bollingen Prize. Au début des années 1960, Schwartz sombre dans l’alcoolisme et une forme aggravée de dépression, vivant reclus dans un hôtel à Manhattan où il décède en 1966.

Ses récits, sous la forme d’instantanés parfois cruels, sont sûrement en grande partie autobiographiques. Les évocations du passé de Delmore Schwartz se déroulent, se brisent puis reviennent pareilles aux « vagues [qui] prennent leur élan de loin et se dressent lentement ». Il s’agit principalement de recréer des liens filiaux, sociaux, d’amitié « dans l’immense aliénation de la vie métropolitaine ».

Le rêve du jaguar, Miguel Bonnefoy (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 20 Février 2025. , dans Rivages, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Le rêve du jaguar, Miguel Bonnefoy, Rivages, août 2024, 304 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Ce roman flamboyant, baroque, touffu comme une généalogie, est un hommage rendu au Venezuela par l’un de ses fils, qui vient de là-bas.

Il est impossible de relater l’intrigue de ce livre tant il brasse nombre d’histoires, de lignées, de paysages et de faits historiques. C’est toute l’histoire d’un siècle de Venezuela, avec ses révolutions, ses dictatures, ses faits d’armes, que nous lisons, page après page.

Antonio, Ana Maria, Venezuela, Cristobal, entre autres personnages d’une véritable saga centrée autour du lac de Maracaibo, portent l’histoire complexe d’une famille. De l’abandon d’Antonio sur les marches d’une église, jusqu’au retour au pays de son petit-fils Cristobal, le roman regorge d’événements notoires : les deux premiers sont devenus médecins dans une région qui n’en avait jamais connus.

La Part du feu, Norman MacLean (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 10 Décembre 2024. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La Part du feu, Norman Maclean, Payot & Rivages, mai 2024, trad. anglais (États-Unis) Jean Guiloineau, Laure Jouanneau-Lopez, 396 pages, 23 € . Ecrivain(s): Norman MacLean Edition: Rivages

 

C’est le genre de catastrophe qui n’est la faute de personne : les circonstances forment un enchevêtrement tellement compliqué que toute responsabilité directe est diluée. Le 5 août 1949, un groupe de pompiers-parachutistes (smokejumpers) fut lancé au cœur d’un feu de forêt, dans le ravin de Mann Gulch, État du Montana. Si l’on se rappelle de leur intervention (il suffit de taper Mann Gulch dans un moteur de recherches), c’est parce que quelque chose a très mal tourné.

Ces pompiers avaient été « projetés » à proximité du feu sans disposer d’eau ou de pompes et sans autre solution pour arrêter l’incendie que de creuser des tranchées à coups de pelle et de pioche. Parachutée séparément, la radio s’était écrasée au sol (cette impossibilité de communiquer n’est pas sans évoquer ce qui se produira le 11 septembre 2001 : la police de New York et les pompiers de New York utilisant des fréquences radio distinctes et incompatibles, les pompiers opérant à l’intérieur des tours en savaient moins que les journalistes à l’extérieur).